07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




31/12/09

courir l'Ourcq











rêve que je suis en train de noter ce rêve.

rien vu - mais dans une même parcelle de temps court - qu'un vieil Hôtel des Postes et une Avenue Montgolfier.

à savoir que lorsqu'un arbre tombe à Rowan Oak, la tradition veut que l'on en débite une clôture.

plus tard courir l'Ourcq et passer les villes en compagnie du marinier - encore partir au petit jour - passant la Darse du Fond de Rouvray, les Grands Moulins et la Blanchisserie Elis - continuant ce qui reste de nuit, comme avec le père Jules, Jean et Juliette, dans l'Atalante de Vigo.

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31/12/09

30/12/09 nuit

vue sur les rhumbs











le matin à Tolbiac. 14 secondes d'ascenseur pour le 18è étage de la T1. je longe les baies vitrées en me collant aux petits pans lamellés jaune. face à la banlieue Nord-Est. Les Mercuriales, Bagnolet. la Tour Hertzienne, Romainville. perspective. deux lignes y menant. d'une part la très légère passerelle Simone de Beauvoir. d'autre part le massif ministère de l'économie (on dirait une barrière d'octroi. est-ce qu'on y prélève encore la fumure? est-ce qu'on peut y apprécier un tableau du douanier Rousseau?). dans la pénombre deux halogènes 3200 k. au centre, un dessin d'Erté, posé à plat sous le Nikon F2 avec optique Micro-Nikkor 55 mm. à l'époque on achetait une histoire, me dit-il. un Pentax 6/7, ça a une histoire. une chambre Sinar, ça a une histoire. puis de me raconter la Pieta de Fouquet, à Nouans-les-Fontaines. il fait -4 dans la chapelle. il a froid. ça ne lui arrive jamais. il n'est pas frileux. mais aujourd'hui il a froid. le conservateur, délicieux, lui propose d'aller manger quelque chose. il ne peut pas. il lui faut d'abord installer son matériel, s'inquiéter des émulsions, s'inquiéter de l'éclairage. il fait froid mais il a la fièvre. il y aura sept vues. à chaque fois il y a un test et un double. pas plus. ensuite il me prie de le laisser avec les Erté. voilà pour ma rencontre avec un dinosaure, aujourd'hui où toutes marchandises dévalent la pente en se mordant la queue. l'après-midi à Richelieu. Christophe photographie une Torah ayant appartenue à Louis XIV. Alain me montre comment il s'y prend avec les portulans. à deux on place la peau de mouton sur une plaque aspirante. une exposition pour l'ensemble. puis l'envers. puis l'ensemble découpé en dix parties.

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30/12/09 nuit

29/12/09

Aquazone











passé côté Domus, mall central dédié à la décoration d'intérieur, comme chacun sait. Rosny-sous-Bois. je ne sais pas comment ils se débrouillent avec leurs études d'impact, mais je ne connais pas de ville plus défigurée, mangée par les pôles attractifs et autres multiplexes de la compétition marchande. P. me dit que ces paysages ont déjà mal et on leur assène encore des coups. aussi, voir ces immeubles haut standing qui ont un air d'HBM, coincés qu'ils sont entre le cimetière et l'A86. ça tient combien de temps sous ces apprêts? aujourd'hui, trois ans après l'implantation du paquebot, passant sous l'A3 et voulant la rejoindre à tout prix, je me perds dans le quartier du Londeau, Noisy-le-Sec, où toutes signalisations se mélangent pour s'annuler littéralement. impasse interminable. je rebrousse chemin et longe les pans cache-misère sur lesquels on peut lire le programme détaillé plus photo-mosaïque des prochaines infrastructures collectives, piscine, parc Musicoland, golf (mais il y en a déjà un à Rosny et ça vaut le détour d'aller voir les frappeurs de balles parcourir tout cet espace vert entretenu aux pieds de tours HLM qui en sont coupées par un simple filet protecteur), ne manquera plus que des passerelles saute-mouton des voies d'autoroute, et pourquoi pas un train aérien filant de Rosny 2 au quartier d'affaires Domus 2, avec arrêt Aquazone.

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29/12/09

28/12/09

marcher les beaux quartiers











marcher dans les beaux quartiers. aucune gaieté à cela. pensé aux longues marches qui m'attendent, celles qui creusent, vident les creux, des fois qu'on ne sache plus quoi faire de ses après-midi. prendre liberté du dehors qui est un peu comme lire Michaux poussant des univers improbables avant qu'on s'aperçoive qu'il y a là un champ de signes qui fait sens, une écriture grande ouverte aux déplacements.

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28/12/09

27/12/09

Tout qui passe











repérer, à repérer, les petites choses qui changent, ou s'obstinent, bougent, s'avancent dans le paysage, invisibles zones en bascule, en sursis, bouts de réel envahis des ouvrages d'art, motifs d'architecture, murailles de béton, comme ils vivent, les inscriptions dans la ville, comme ils écrivent, les foules, les fouilles de l'INRAP les chantiers à errer les ravines à descendre plus bas dans la ville, tout lieu à photographier, les modes qui passent les nouvelles fringues, et machines, et marchandises, et mécaniques létales, tout qui passe, les rumeurs, les tumeurs, les manières de se parler, les manières de se nommer, les noms génériques des habitats lotissements phœnix chantiers de cloisons modulables, les mots sur les murs, les vieux murs, les vieilles portes, les garde-boues des vieilles motos rallye roulant sur le périph, les motards roulant sur deux roues avant et une roue arrière, les feux de signalisation pour tram, le tram desservant la multinationale, les usagers du tram, les usagers de la multinationale, ceux qui lisent dans le tram, les chiens écrasés, les péages abandonnés, les melonniers du bord de route, les tournées du boulanger, les promotions exceptionnelles, les jours fériés, les jours de fête, les jours de cirque, les jours vide-grenier, les débarras de prothèses, les tout-à-1-euro, les antiquités à la benne, les boîtes à fricot, les membranes en teflon, les mamelons hexagonaux, les laines de verre, les fibres de roche, les câbles optiques, les jouets en bakélite, les projos de cinéma, les bobines cylindriques, les bandes magnétiques, les chiffons d'annuaire, les minitels de récup, les rétro-télécrans, tout accastillage électronique, les plantes récurrentes, les cimetières des chrysanthèmes, les souches suburbaines, les lamas évadés du cirque, les rassemblements d'oiseaux lointains, les vautours chassefiente, ce qui disparaît, reparaît, le ciel, les nuages, l'heure de la tombée de la nuit, la nuit toujours, l'effeuillement, la fenaison, l'occupation des sols, les changements de propriétaires, ceux qui vivent dehors, les dépôts de poussière, le pourri, le caduque, l'inhabité, les déviations par l'autour, les publicités mange-tout, les enseignes colorigènes, les photomatons proposant non plus 4 photos d'identité pour 4 euros mais 5 photos d'identité pour 5 euros, le glaneur d'images devant le supermarket place, le nouveau-né dans sa poussette devant la caisse du supermarket place, le caddy qu'un locataire a laissé dans la cage d'escalier de son immeuble.

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27/12/09

26/12/09

où on en est











sur le trottoir le mendiant le nez dans ses nourritures, ou ses vêtements? à vingt mètres de là le flic faisant du bouche à bouche à sa radio portative. et à côté, mais comme s'il lui tenait la manche, un résidentiel qui vérifie que tout se déroule bien.

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26/12/09

25/12/09

Mikrokosmos












roulant, écoutant les Mikrokosmos de Béla Bartok.

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25/12/09

24/12/09










sur le périph à la mauvaise heure. sortie Porte de Bagnolet. on voit la sculpture d'Ipousteguy en haut de la butte Jean Moulin. après le tronçon recouvert de l'A3 niveau Romainville (les travaux sont finis), on passe une station service BP, puis on peut voir dans la descente, avant la sortie Rosny 2, les enseignes colorigènes de Domus, grand mall central dédié à l'espace décoration d'intérieur et construit comme une forteresse face aux tours du Londeau, Noisy-le-Sec. quelque temps que je ne suis pas revenu photographier mon Terrain des Guillaumes où on a planté le Hameau de Diane. mais aujourd'hui, en plus des maisons phœnix, définitivement prêtes à l'emploi et pour la majorité habitées, je peux voir qu'il y a trois immeubles phœnix qui se construisent en surplomb. il aura fallu que je m'absente moins d'une saison pour qu'ils apparaissent dans le paysage. j'y cours l'année prochaine.

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24/12/09

23/12/09










pauvreté en lumière, marchant au dehors.

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23/12/09

22/12/09

grandes espérances dans le train











ce matin dans le RER, d'habitude c'est dans le métro que ça se passe, mais il devait rejoindre le métro comme tout le monde, il branche sa boite à musiques, chante un boléro mexicain, seul entre les deux barres d'acier inoxydable où tout le monde se tient, nombreux, parfaitement immobile à côté, parfaitement sourd chacun rentré dans ses écouteurs, il arrête, Pip dansait à côté, pliant et dépliant ses jambes, faisant des moulinets avec ses petits bras, il lui fait signe que c'est fini maintenant, il le prend sur ses épaules et commence sa quête, mais très exactement au même moment une femme crie s'il vous plaît Monsieur, Monsieur, qui s'évanouit sur elle qui dormait, je le saurai après, il tombe de tout son poids, elle dira j'avais les yeux fermés heureusement que vous êtes pas tombé sur les marches est-ce que vous avez bien dormi asseyez-vous je vous en prie avez-vous bien mangé prenez une barre chocolatée un jus je sais pas, tout d'abord il refuse de s'asseoir, je suis tombé comme ça, achetez un truc buvez un quelque chose arrêtez-vous là, si on peut aider on aide, merci merci, ça fait drôle vous savez, je dormais, je sais pas ce que j'ai eu ça va aller non ça va merci non en ce moment non, regardez-vous comme vous êtes pâle, merci, non en ce moment non, je sais pas ce que j'ai, pas dormi pas mangé, vous voyez, je vous le dis c'est pas pour moi c'est pour vous, si on peut aider on aide.

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22/12/09

21/12/09

par où ça passe?











on commencerait un livre en décrochant un à un tous ses fils de retenue. un enfant passe. par quels territoires passe un enfant? on ne le sait pas encore. ce n'est pas encore un livre. mais il a commencé. mais il ne connaît pas encore ses mesures mœurs peaux mues suites d'animaux et itinéraires précipités dans la nuit. c'est un gosse perdu dans un grand hôtel. c'est un des commencements du livre qui en comporte d'innombrables. c'est un grand dédale. la cour est déserte. on entre. pour sortir il nous est proposé d'autres entrées. on commencerait un livre là où l'ombre oblique sur le visage. on va dégrossir ce visage. il est fait d'innombrables ombres. ce n'est pas encore un livre. mais c'est un grand hallope. mais il fait tomber le masque qui tenait par deux lacs de parchemin. on entre à découvert. il y a ce gosse. il ne dit rien. on ne peut pas davantage lui parler. il y a un grand escalier de velours. aussi on se demande s'il va commencer. on se demande s'il va monter l'escalier et suivre la horde et nous avec. toute vue se perd. on reste en bas où est l'ombre qui bifurque comme l'œil noir animal du nouveau-né. l'enfant est un vieil homme avec chapeau à bords larges relevés aux trois bouts par des tranchefiles d'appoint.

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21/12/09

20/12/09

Définition du point aveugle











à l'aube repris un texte daté décembre 2008. je commence par le lire. puis je le recopie méthodiquement. maintenant je peux commencer à le disséquer. à mesure que je le vide, et que les heures passent, plus interruption ballade, je comprends que je me bats contre une bête morte. je suis ailleurs maintenant. l'entreprise est fallacieuse car atemporelle. ça ne vaut rien. j'efface la totalité et sors de la chambre froide. l'écriture exige un éloignement. j'ai vu tout ce qui m'aveuglait quand je pensais voir quelque chose. je pourrais recommencer depuis un autre angle d'attaque maintenant. mais l'écriture exige aussi un autre éloignement. si elle se manifeste, c'est uniquement à mille lieux d'elle-même, séparée, sans moyen, dans la marge. c'est la machine de fond la plus inhumaine, mais elle a ça de bien qu'elle broie instantanément toute mauvaise vanité, toute intention ne cadrant pas avec l'objet initial. bref tout se passe comme si on ne devait pas se préoccuper d'écrire. pour commencer il n'y a qu'un très vague projet, dit Claude Simon dans sa préface à Orion aveugle. en écriture les choses se passent en dehors, où est la ville, ses mouvements, ses formes, ses couleurs, ses passages. tout réel qui pour finir - regarde et définit notre réel.

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20/12/09

19/12/09

faux revolver











un petit vieux sort de la rame, courbé, pardessus gris, se grattant le visage couvert de plaques rouges, sur le quai il ramasse un revolver qui vient de lui tomber de la gabardine, on voit tout de suite que c'est un faux revolver, léger dans sa main, calibre premier âge, plus comique est sa manière de le camoufler ni vu ni connu et de s'enfuir, courbé, comme s'il allait courir la rue Watt, qui n'est plus la rue canaille qu'il a pu traverser, enfant.

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19/12/09

18/12/09

virée blanche











un pays de neige, sur la ville. je dois me rendre à l'Observatoire. je n'ai pas pris mes précautions et la Maison se trouve fermée aux visiteurs. mais que je sache, les randonnées en cercles progressifs ne sont pas encore à compter au nombre des délits susceptibles de poursuite en justice. voici que le temps est immobile. l'Ermitage a toujours ses vues sur nos petites villes et hautes tours. j'invite une personne à me suivre. nous voici tous deux pleins d'insolence, dévalant les secrets urbains. de grandes bâtisses inventent une rêverie qui ailleurs nous est refusée. on passe des collines de moulins à vent qui sont d'anciens attributs du fleuve. on suit des murs et des parcs invariables sur d'importantes distances. on voit des chantiers où passer la nuit. encore des rues opaques et des bruits sourds. le ciel est clos, la résolution pour bientôt, mais le Temple des blanchisseurs encore ouvert. assez de phrases! j'entre dans les réseaux de la Grotte.

Musée du Louvre, Peintures, Écoles du Nord.

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18/12/09

17/12/09

histoires consécutives











on m'avait accompagné. la famille m'attendait à l'intérieur. je ne savais plus ce que je devais faire. alors j'ai fait comme la première fois. c'était la deuxième fois. j'ai compris qu'il n'y avait pas lieu de faire quoi que ce soit. en somme venir ici était inutile. j'ai donc fait semblant, et tout le temps que j'ai continué ils étaient dans la voiture. j'ai ouvert la porte et je suis allé jusqu'au boxe de l'immeuble. là j'ai cherché un nom qui me revienne sur l'ensemble des noms étiquetés sur les boites aux lettres. encore une défaite à mon compte. à mon arrivée j'avais une enveloppe à communiquer. on m'avait cueilli au sortir de la voiture et je n'avais même pas eu besoin d'aller jusqu'à la cage d'escalier. en échange on m'avait donné des clefs, ou autre chose qui déterminait la suite de mon séjour. quand je me suis retourné il y avait trois types, des adolescents, comme une suite de personnages en miroir, attachés par le bout des pieds et des mains aux doigts arqués. j'ai poussé la porte vitrée et j'ai passé mon chemin, plantant une mine imperturbable. qu'est-ce que je craignais? quand je suis revenu à la voiture, il manquait des personnes.


alors que je photographie la rue, quelqu'un ramasse une bague devant mon nez, me la montre, oui c'est une bague, puis il me dit qu'il n'en voit aucun usage pour lui personnellement, me répétant plusieurs fois le mot évangéliste, je crois qu'il me demandait si je n'étais pas évangéliste, tout en se persuadant que j'étais évangéliste, ni une ni deux je me retrouve avec l'objet dans les mains, il s'en va, mais de retourner d'un quart de tour à mon endroit, me demande d'estoc si j'ai quelque argent, maintenant que c'est mon jour de chance dit-il tout de gaieté de cœur, grâce à moi, grâce à lui, comme je refuse catégoriquement il me met en demeure de lui rendre la bague, cette fois-ci d'un ton sec, plus du tout jouasse et sans lever la tête, j'ai perdu mon bonhomme de chance, je ne me suis pas fait prier une seconde fois, c'était le bâton de bois que je risquais maintenant, mais quel naïf je fais, à croire que dans la rue on me trouvera toujours le plus vulnérable des hommes.

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17/12/09

16/12/09

porté disparu











journée au calme. à la fin avoir noirci un morceau de papier. pour faire le geste avant tout. et après tout m'apparenter par le seul fil de l'écriture à ce que vu - un chien couleur écailles de tortue, sa course fauve sur les voies de la ligne 7, traversant le noir, disparaissant dans le chaos des formes.

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16/12/09

15/12/09

pigeon-voyageur











le pigeon urbain est issu des pigeons domestiques ayant retrouvés l'usage de leurs ailes mais descendant eux-mêmes des pigeons sauvages qui sont une espèce rupestre.

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15/12/09

14/12/09

l'éteignoir











aucune compensation, la libération est transparente.

seulement demeurer sous l'éteignoir de la nuit.

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14/12/09

13/12/09

Carnet du glaneur de nèfles











L'ouvreur de la Pinacothèque.

L'empailleur de la Ménagerie.

Le rempailleur Place du marché.

Le passeur de Saint-Denis.

Le montreur d'ours.

Le moine sac de toile.

Le caviste des Beaux-Arts.

Le valet de chambre des Cartes et Plans.

Le taulier du Coin Terrible.

L'éclusier du dimanche.

Le peintre de Bagnolet.

Le sculpteur Ipousteguy.

Le prote du code d'Hammurabi.

Le savetier Papyrus.

Le perchiste transcaucasien.

L'oiseleur de Pech Merle.

L'éclaireur des voies navigables.

Le docker de La Pallice.

Le débiteur du canal de l'Ourcq.

L'ostréiculteur de l'Île Madame.

Le permaculteur du Jardin des Plantes.

Le maître de chapelle de la Pitié-Salpêtrière.

Le projectionniste des Sept-Îles de Montfermeil.

Le père Vivonne.

L'argus de l'Hôtel Canin.

L'éleveur d'escargot des Bois.

Le scaphandrier du Nil.

Le cafetier de la Civette des Pavillons-sous-Bois.

Le pendulier de l'Horloge astronomique de Strasbourg.

Le vendeur de marrons de la Cité Rouge.

Le zoneur des Limites.

Le cartographe des Zones.

Le géographe hollandais peint dans le tableau.

Le gardien des Olérons.

Le jardinier des Courtillières.

L'estampilleur des Archives.

Le séparateur des douanes.

Le photographe du Pont-de-Pierre.

Le viseur de paralaxe.

Le musicien du Chat-qui-Pêche.

Le pêcheur d'Aigues-Mortes.

L'empêcheur de méditer en cercle.

Le flâneur du Vieux Carré.

Le guitariste des Instants Chavirés.

Le saunier de Port des Barques.

Le mendiant de La Fourche.

Le serveur du Coquibus.

Le chasseur d'octopus.

Le morutier de Cosqueville.

Le coq du Batillus.

Le chroniqueur anachronique.

Le gabelou de la Porte d'Allemagne.

Le pompiste de Saint-Loup-de-Saintonge.

L'organiste de Saint-Jean d'Angély.

L'archéologue des Tumulus de Bougon.

Le garde champêtre de la Forêt de Bondy.

Le porteur d'eau du Pré Saint-Gervais.

Le joueur d'échecs du Parc des Prés-sous-la-Ville.

Le chef de gare du Raincy-Villemonble.

Le banlieusard en Pays de Valois.

Le bougnat des Lilas.

Le barbier errant.

L'assommeur de spectre.

Le mangeur d'entonnoir.

L'avaleur de sabre.

Le grand'goule d'Echillais.

Le planteur de septième zone.

Le biffin de la Porte Saint-Ouen.

Le buveur de Cervoise.

Le saboteur supposé.

Le député relégué.

Le marcheur déboussolé.

Le veilleur des télécentrifictions.

Le surveillant des géo-positionnements satellitaires.

Le litier de la Cité-jardin de la Muette.

Le sismographe lunatique.

Le pierrot lunaire.

Le sauteur de pont élastique.

Le muet somniloque.

Le moinillon bavard.

L'insomniaque du Noctambus.

Le métallo des Tubes Pouchard.

Le convoyeur de bas-fonds.

Le poseur de bombes dernière génération.

Le trappiste de Notre-Dame des Neiges.

Le fil-de-fériste Boulimique.

L'acrobate Malagauche-et-droit.

Le docteur Abuse.

Le pape Châteauneuf.

L'abbé tête-en-bas-jambes-en-l'air.

Le videur des Magasins Généraux.

Le toasteur du Grand Hôtel.

Le souffleur d'humour noir.

L'architecte Honegger.

L'envoyé toujours ailleurs.

Le sonneur du Val-de-Grâce.

Le mâcheur du roi.

Le boucher de la reine.

Le prince Gudéa.

Le sourcier de la Forêt d'Aulnay.

Le guetteur du Mont Valérien.

Le piaulier des Mercuriales.

L'hôte de la Tour Olympe.

Le scribe milliardaire.

Le fabricant de pipe de la banlieue de Bruxelles.

Le tabagiste mélancolique.

Le machiniste de la Cinémathèque.

Le nostalgique des Halles.

Le chevillard de Rungis.

Le rêveur de Jacopolis.

Le colleur d'affiches Villéglé.

Le vieillard de la Ludothèque.

Le bibliothécaire des Estampes et de la Photogaphie.

Le laborantin de la Tour des Nombres.

L'affabulateur Faubus.

Le chercheur introuvable.

Le traducteur désœuvré.

Le paysan Laferme.

Le faites-vos-jeux Plus-rien-ne-va-plus.

Le voyageur des longitudes.

Le défricheur de méridiens.

Le pèlerin de la pierre innommable.

Le suceur de crayon gras.

Le représentant en machines à écrire.

Le commis-voyageur de Mondial Moquette.

Le colombophile de La Devinière.

Le lanternier du Périphérique.

Le cabaretier de la Route des Flandres.

Le poète d'Agrigente.

Le goliard itinérant.

L'archipoète vagabond.

L'avant-courrier de l'Office du Tourisme de Bobigny.

Le tubard du métro Bobigny-Pablo Picasso.

Le portier de la Porte d'Ivry.

Le touriste de la Porte d'Orléans.

Le guincheur de la Seine.

Le trimardeur d'Aubervilliers.

L'artificier d'Ostende.

Le seigneur des Rings.

Le coiffeur des 4000.

Le compositeur tintinnabulant.

Le collectionneur Prinzhorn.

Le patient O.T.

Le cloueur de fondation.

Le constructeur De Dion-Bouton.

Le funambule Porte de la Villette.

Le dompteur d'once de l'Enfer.

L'illusionniste du cirque Diana Moreno Bormann.

Le frère Thelonious Sphere Monk joueur de piano.

Le pensionnaire du Prytanée de La Flèche.

Le briquetier des Rairies.

Le liftier de l'Hôtel Suite-Home Pantin.

Le banquier des Grands Moulins.

Le fripier des Quatre-Chemins.

L'imprimeur de la rue Cartier-Bresson.

L'apprivoiseur de phacochère.

L'arménien d'Ermenonville.

Le philatéliste d'Oxford.

L'étudiant du Yoknapatawpha.

Le ramasseur de fermentescibles.

Le falsificateur des données fausses.

Le penseur Pas-de-vis.

Le parieur Pas-de-bol.

Le copiste Pas-de-sou.

Le restaurateur du Musée de l'Homme.

Le libraire du Musée de l'Air et de l'Espace.

Le portefaix de Roissy CDG.

L'as des as de Bonneuil-en-France.

Le rapin du Maître du Livre de Raison.

Le maçon de la rue Watt.

L'écrivain à l'estomac.

Le lecteur à table.

Le philosophe à l'escalier.

Le calotypiste à l'auberge.

L'entraîneur à domicile.

Le promeneur à perte.

L'aventurier à Chappaqua.

Le baigneur à Berck.

Le reporter à Fos-sur-Mer.

L'alchimiste à Flamanville.

Le russe à San Michele.

Le pirate à la Double Figure.

Le pilote à la diable.

Le coolie de Phnom Penh.

Le chiffonnier d'Alexandrie.

Le marin d'Anfouchi.

Le visiteur de Santa Maria Formosa.

Le gondolier éconduit.

Le colistier dégueulasse.

L'antiquaire Porte de la Chapelle.

Le conservateur du Musée de l'Erotisme.

L'augure des Catacombes de Paris.

L'haruspice de la Haute Tour.

L'herboriste de la Porte de Montreuil.

L'ornithologue de l'île Bonaventure.

Le pince-sans-rire du contrôle technique.

Le transporteur déménageur toutes distances.

Le dépanneur de la N3 passage Jean Lolive.

Le locataire des Faubourgs de Seine-Saint-Denis.

L'historien des Abattoirs.

Le mémorable Funes.

Le nomade Honoris Causa.

Le marbrier funèbre.

L'apprenti sorcière.

Le biographe inconnu.

L'interprète ventriloque.

L'insomniaque à tête d'hibou.

Le marchand de sommeil du 7 rue du Faubourg-Montmartre.

Le propriétaire du Mas des Vergers.

Le capitaine Alexandre de Céreste.

Le visuel de la Maison de Salses.

Le postier de Clichy-sous-Bois.

Le facteur Cheval.

Le fils de Vitalie.

Le conducteur somnambule.

L'homme caché.

Le manœuvre de nuit.

Le glaneur de nèfles.

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13/12/09

12/12/09 nuit

postulat











quand on est seul on peut très bien se représenter la fin de toutes choses. le monde va disparaître comme il a commencé. mais cette imminence chagrine et crève les yeux aux côtés des quelques amitiés que le temps nous a laissées et qui escortent et désabusent le corps solitaire de son trouble. là réside notre joie, toute ambivalente soit-elle. le monde vaut le coup.

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12/12/09 nuit

(en accompagnement le mystérieux Thelonious Monk)

11/12/09

le gosse sans crainte révérencielle











ce matin dans la rue alors que je rejoignais calmement l'entrepôt où on m'avait donné rendez-vous, un petit hargneux assis sur un banc et qui veut probablement en imposer à la meute, m'accoste sans aucune forme de politesse et avec cet ascendant malsain de celui qui ouvre le premier la bouche pour vous mettre plus bas que terre car c'est ainsi qu'il a appris à employer tous les mots comme garde-chiourmes de ses idées pauvres, et de me lancer - de quel pays tu viens?, que je m'attarde, et lui réponde sans feinte - un pays inconnu, je sais qu'il ne me croira pas sur parole, non, il boira ces mots comme une nouvelle insulte à laquelle il se devra de riposter avec plus grande violence à faire disparaître les couleurs.

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11/12/09

10/12/09

apprentissages











au lever réminiscences de choses non pas insignifiantes, serait beau d'être au plus près de chaque rêve, chaque fait visible, mais il n'est pas non plus indiquer de courir les dissemblances, c'est un peu comme en photographie, je dois faire un choix, exclure du cadre les vues qui ne me parlent pas, ou dans un premier temps les mettre en attente, non loin de la table de travail.

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10/12/09

09/12/09

retours de lumière











quelques élans de lumière depuis la chambre, cette après-midi, mais uniquement apparus dans l'écart où je me trouve sans rien voir.

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09/12/09

08/12/09 nuit

Fragments











dans la nuit une voix.

descendant les parois de ma chambre comme le monologue d'un fou qui dérive devant sa tête noyée dans l'étang.

que cherche-t-il autre que sa tête que voit-il autre que l'étang?

et d'abord pourquoi ce fou apparu sur ma paroi interne?

fou me jetant ses logorrhées comme des sacs de sable à vouloir boucher l'étang.

...et qui cherche, et cherche, et cherche et cherche et cherche, et cherche, et cherche, et cherche...

coulée interminable du type sur son radeau à moi allongé dans le lit et qui n'en peut plus de retenir l'embarcation.

les entendre ramer si proches mots sans épaisseur mais comme sa main froide frottée sur ma joue.

...et qui cherche, et cherche, et cherche et cherche et cherche, et cherche, et cherche, et cherche...

aussi dans la nuit tout s'arrête.

je reste dans le repli et il y a le visage d'une femme.

ou seulement sa voix blanche sans échos.

ou seulement on l'entend gesticuler derrière un voile tenu par une rouette.

et je ne veux pas qu'elle commence je ne veux pas la faire parler comme si je pouvais passer la voix sous silence comme si je pouvais.

elle parle.

je m'oppose en soulevant les bras au-dessus de la couche les tournant dans le noir pour attraper le visage et l'essouffler le repousser dans sa trappe.

comme si ça allait changer quelque chose comme si ça allait mettre un terme aux incantations.

c'est un voile tout est blanc je n'y vois rien je veux seulement appeler quelqu'un crier tais-toi elle ne peut pas elle ne peut pas.

personne d'autres.

dans la nuit tout s'arrête à nouveau.

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08/12/09 nuit

07/12/09

La vérité sur Foselev











tu me trouveras division levage, derrière les remorques il y a notre atelier, tu verras c'est écrit, ne t'embête pas du désordre, cela fait vingt-trois ans que je travaille pour Levefosse, et vrai, plus les jours avancent, plus j'entrevois le bien-fondé de cette entreprise, quand tu t'en vas, mais je te redirai tout ça, n'oublie pas de faire un saut à l'espace exposition, là sont les dernières réalisations plus visionnage finitions en temps réel via la chambre des contrôles, passage obligé pour l'acheteur potentiel, mais il y a aussi nos premières maquettes en fer blanc, il est pour nous essentiel de savoir que le visiteur a pu jeter un œil furtif sur ces bonnes vieilles casseroles qui puent la sueur, enfin, comme tu sais la fin couronne l'œuvre.

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07/12/09

06/12/09

Quelque chose du pied











maintenant que le paysage contient la première empreinte - que tu t'es mis lointain - et lointaine ta maison - et tes pompes - parce que probablement tu ne les as pas aux pieds - probablement elles sont à côté du poêle - empiétant sur le mur - probablement que plus tu marches plus elles sont loin et on dit nous que tu refroidis - à l'inverse si tu reviens on dit nous que tu chauffes - mais qu'est-ce que tu as aux deux pieds - j'ai connu un type il partait en charentaises - et jusqu'en Italie tu pouvais le croiser il avait des charentaises aux pieds - et il continuait - et c'était un représentant en machine à rouler dont je ne pourrai pas te dire grand chose - j'y connais rien en moteur - t'y connais plus - dis pour voir - je reconnais ceux qui me décortique un moteur c'est pas mal à entendre - je connais un type dès qu'il voit un moteur sur sa route il peut pas s'empêcher de vérifier et décortiquer - il te dit les pièces rapportées - il reconnaît les marques et moi je l'écoute - toi tu pars dans quelle direction sans chaussures - parce que je peux pas appeler ça des chaussures - c'est pas que c'est davantage mon rayon - quand je pars comme t'as l'air de faire - quand je pars pour ne pas revenir de si tôt - quand je pars ça m'arrive aussi - quand je pars j'ai au moins des chaussures au pied - c'est vrai que je sais pas ce que c'est voyager sans chaussures - mais t'es pas obligé de m'écouter puisque tu t'en vas - mais t'as pas l'air de me suivre - t'as l'air de partir - t'as l'air d'être déjà parti et moi je vois pas ce que je fais alors je vois pas si je dois continuer ou partir - tu pars pour la Belgique - tu pars pour une trotte d'ici là-bas - tu pars pour t'enferrer et t'embourber - et suivre les chemins mouillés et les rigoles - tu vas pour suivre les canaux et tu ne peux pas te tromper tu vas longeant les palplanches - suivant les chemins de halage - et tu dérives d'un bief à l'autre - moi j'aime comment tu t'en vas - tu te va-t-en chemin le long de - le temps que le ciel décline son arc - le temps que le bleu et - le temps que ça descende - le long de ce cours d'eau tirant sous les ombres des arbres - sous le ciel des régions traversées d'ici la Belgique - tu t'en vas chercher quelques poudres à broyer sous le ciel - là où l'eau remonte les fossés - le ciel agrandi - qui donne l'impression de voir les horizons tapis derrière les murailles de béton et leurs alèses - et les vallons - on change de voix - écarte toi pour voir - je m'écarte à mon tour - c'est bon là - elle est pas mal ta voiture - j'ai garé la mienne plus en amont - je t'écoutais mais je ne disais absolument rien - mais je t'écoutais bien et je suis content de pouvoir te le dire maintenant - maintenant je sens que je suis plus écouté mais je garde mon être de silence - à moi de t'écouter - à moi de ne plus rien dire - pour toi je t'écoute - je suis garé dans le sentier qui dépasse le panneau du lieu-dit barré - j'ai pris la route des vals - jusqu'en Belgique je crois - j'ai un quignon de pain et je me débrouille avec les communaux - ça m'arrive de me dépouiller le pantalon dans le cours d'eau - j'avance jusqu'à toi qui me parles - t'as dû voir ma voiture garée en amont - quand la ville finit il n'y a plus rien que des palplanches en tôle ondulée au-dessus de la ligne de flottaison - et je suis sous les ombres des arbres d'eau - je regarde pas trop le ciel mais ça fait partie du trajet que je restitue après et ça compte - après je revois le ciel - et ça compte - et je t'entends parler du ciel par-ci du ciel par-là - je n'ai qu'à avancer pendant ce temps que tu parles - je n'ai qu'à avancer et tu parles pendant - que j'avance et tu parles - je vois la maison de l'éclusier - tu vois comme moi - le chemin se réduit - je ne crois pas que je pourrai voir la Belgique avant quelques coupes de nuits - normalement c'est trois nuits de cinq heures que j'expérimente - je suis sorti de la voiture - j'ai ramassé tout ce qu'il y avait de fougères et frondes qui s'envolent pas des mains - je suis revenu camoufler la voiture avec tout ce tas pressé comme un bandonéon entre les mains du musicien - entre mes mains - mais il n'y en avait pas assez - j'ai déblayé encore un fossé mais ça ne suffisait pas encore alors j'ai déblayé un autre fossé et ça ne suffisait pas encore - quand ça a suffit en terme de fossés à déblayer j'ai arrêté de me mettre à pied d'œuvre dans ces fossés - de toute façon il y en avait plus - j'ai repris le chemin et tu étais là tu avais l'air d'un franc poulailler - non - d'un épouvantail - jusqu'à ce que je remarque que tu n'étais pas un épouvantail - encore moins un poulailler - tu as tout de suite compris que j'irai tout courbe jusqu'en Belgique - tu as tout de suite vu que je n'avais pas mes pompes aux pieds - ça m'a plu tout de suite ce détail que tu as remarqué sur moi parce qu'il n'y était pas - la première fois que je suis allé en Belgique je les avais - je peux te le dire maintenant - j'ai donc voulu faire un autre voyage - le même voyage sans les pompes - peut-être que je me suis dit que je verrai plus de pays comme ça - allant plus lentement - m'embourbant où il faut pas - ça n'a pas été difficile il a fallu que je laisse mes pompes du côté du poêle - du côté du mur là où il est le moins humide dans mon rez-de-chaussée - j'avance le corps voûté - comme le pied - et ça n'arrête pas - je dérive d'un bief à l'autre - quelques nuits comme ça et j'ai calculé me retrouver en Belgique - demandant conseil à l'éclusier - il fait nuit - c'est tombé d'un coup - tu continues de marcher - tu continues de m'écouter en silence - tu t'arrêtes et tu mets tes yeux dans le lac - qui rapetissent jusqu'à repêcher les astres sombrant et les autres petits points brillants dans l'arène liquide à côté de cette gelée de terre forte où l'aube s'étend pleine d'images - il fait jour - tu dois reprendre ta voiture où tu l'as garée - tu dois retrouver le chemin initial - tu dois abandonner et recommencer avec la rive d'eau et tous les phototrophes plantés sur les bas-côtés - tu vas me laisser rapetisser dans le paysage - je te ferai des signes comme ça de la main - quand à ton tour tu ne seras plus qu'un point je saurai que ça ne sert plus à rien - attends sans plus attendre jusqu'à ce moment - je me retournerai vers le chemin - je ne m'attendrai plus à te rencontrer - mais peut-être qu'il vaille mieux que je revienne aussi sur mes pas - peut-être que je ne verrai même pas que je te rencontre à nouveau dans le rebours - continuant voûté sur mes vieux pas moulés dans le paysage - peut-être qu'il faille simplement se chausser ou pas mais ne pas abandonner l'idée d'arriver où que l'on soit.

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06/12/09

05/12/09 nuit

Kafka à Zürau











à Gare de l'Est, rentré par le RER de 00h04. nuit, regarder la ville, ses veilleuses.

dans la rue. un corps ratatiné. seulement une couverture? non, il y a quelqu'un, même si dans la fuite instantanée je mets du temps à m'apercevoir que le corps est là, tapi, et qu'il n'a pas coulé telle une ombre. aussi dans cet instantané il y a un temps infinitésimal où je peux dire que ma pensée a lutté instinctivement contre la vision d'un corps sans tête, avant de la trouver intacte sur le corps. rassuré et effrayé.

guerre intérieure de Kafka, à Zürau par exemple, 1917-1918, cahier G, ténacité à tenir le monde en son écriture, alors qu'il sait les pires diagnostics, à ce moment probables lectures du Quichotte, qu'il réinvente de toute manière, Van Gogh, Kierkegaard, Saint Augustin, Prométhée, Poséidon, Ulysse et Abraham.

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05/12/09 nuit

La conscience de moi-même est bien misérable, comparée par exemple à la conscience que j'ai de ma chambre.
(...)
De l'extérieur on va toujours imprimer victorieusement des théories au monde et tomber du même coup dans la fosse, mais seulement de l'intérieur le maintenir calme et vrai.
(...)
Comprendre la chance que le sol sur lequel tu te tiens ne peut pas être plus grand que les deux pieds qui le couvrent.

Cahier G
Kafka, Cahiers in-octavo, Rivages 2009

04/12/09

24 jours après, écrire, rage explosante, l'écouter











Bonjour oui Bonjour/
on vous écrira On vous écrira oui/
Pauvre/
hy-Perprécaire oui/
je vais Passer/ Propre oui/ Café du matin/
monsieur Viital oui/ Viital/
je vais Passer/
'Peu d'aide oui/ 'Pô d'aide.

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04/12/09

03/12/09

VIDAL ET CHAMPREDONDE











dans le RER de retour, étrange de ne plus voir ce vieil entrepôt VIDAL ET CHAMPREDONDE, que je ne lirai plus dans le paysage, répertorié dans plusieurs carnets, et que j'avais rétrospectivement photographié, il y a un an, au hasard d'une balade des plus vagabondes, depuis le boulevard dit du Chemin des Vignes, Bobigny, jusqu'à cette zone indéterminée qu'est la Gare de triage de Noisy-le-Sec, passant donc sous le hangar VIDAL ET CHAMPREDONDE, lieu comme abandonné, mais autour il y avait déjà un cribleur faisant le mort (et une montagne de gravier (j'y monterai)), jusqu'à ce qu'une alarme retentisse, énorme et interminable, je courais pour me mettre à l'abri derrière un bidon situé dans le hors-champ, là, je mettais la main sur ma bouche, et j'attendais accroupi.

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03/12/09

02/12/09

Rêve foré











dans la nuit tu te réveilles, sourd et insondable, le visage enflé, la joue de travers, l'œil lourd, sous une paupière scellée, les lèvres paralysées, en cul-de-poule face à la voûte, dans la nuit tu te réveilles insondable et sourd, le visage travesti, le cerveau vandalisé, l'écoulement de tes pensées comme prises dans la glace, dans la nuit ta main palpe le dessus de la couche, ta main trouve une tarière abandonnée, un rasoir jetable, d'autres bricoles pour l'instant indéchiffrables, et dans la nuit tu découvres finalement que tu es de l'autre côté, c'est ainsi, monde à l'envers, c'est une vaste mer, tu remontes et remontes mais à la fin la surface est gelée, tu as très peu de temps devant toi, pourtant tu te laisses placidement glisser le long de la paroi, cherchant le trou, cherchant l'air, tu sais que tu ne retrouveras jamais le forage par où tu avais initialement plongé.

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02/12/09

01/12/09

Cycles











dans la nuit tu te réveilles irrésolu, dans la nuit tu te réveilles avec l'image comme sentence là au détour du chemin réversible, dans la nuit tu te rendors la gorge contractée face à la voûte tu laisses s'échapper un souffle court, dans la nuit tu te réveilles avec ce même rapport angoissé au temps, qui survient, rabâche, fait sa spirale, descend le cycle, remonte, image sentence deux fois, non-obscurcie, débile, maladive, dans ce surplace, qu'on ne tient pas du regard, l'œil blanc révulsé dans la nuit, l'ombrière à l'ombre indélébile, où le masque n'est pas loin qui fait sa toupie, fatigue encore l'œil, en reprend une part, dans la nuit on rétrocède son corps pour rien, vendu, la gorge nouée quand plus rien ne respire dans l'image qui souffle l'irrespirable, le corps tout en quinte, qui tente de se lever, et s'adosse au mur, incapable de résoudre une énigme qui tombe verticale, blancheur debout avec masque, qui fait joujou, à n'y rien comprendre, on te lève, nuit transfigurée, comme des boules que tu éclates une à une réapparaissent, à n'y rien comprendre, tu respires difficilement, coincé dans le creuset aux ombres éclatées, des blancheurs une à une s'éteignent à côté, l'image se contracte, tirent sur d'innombrables sangles, on te rendort et on te relève, on te rendort, calvaire, l'image est derrière, multiple, toute une carrière, on tranche des blocs d'image aussitôt mis en sacs, encore une pierre dégringolée, tu te soulèves, le buste vertical dans le noir l'œil est blanc révulsé, tu récupères un peu et ça se suit, spirale, cycle, on ne suit plus, l'image transperce, attaque comme un chien, ça mord quand on se sait endormi, on tourne un bras et quelque chose s'abat sur le ventre ou c'est le ventre qui s'abat pour s'étouffer seul, plus rien, l'image transperce, qui se poursuit, qu'on ne suit plus, nous traîne, qui avale le principe, on te lève, tu sais ce qui te somme, masque à ombre noire et blanche, porteuse du joujou, on t'endort, tu n'as rien vu, il s'est goinfré et tu n'a rien vu, on te met face et maintenant tu dois faire les mêmes gestes, nouvelle gestuelle, nouvelle nuit, stop, tu dois te barbouiller de rouge à lèvres, tu dois embrasser la face, stop, tu dois monter sur le toit de la voiture et danser dans cette longue robe rouge, stop, tu as perdu l'objet et tu dois revenir au lieu, il y a une courbe dorée, c'est la mer, tu es seul dans une cabine de train, c'est le lieu et la parentèle va te gonfler les oreilles et tu ne peux plus les repousser et quelque chose te file dans l'oreille, l'objet a disparu, stop, quelque chose égaré, il n'y a plus le lieu, tu te souviens, quand on te réveille, tu t'endors, quand revient l'image oubliée, ombre irrésolue qui joue au joujou comme le masque qui est debout quand tu dors et tu le sais, tu l'oublies, tu te lèves et c'est le masque que tu reçois dessus, le masque que tu revois dessous, plus bas d'un degré où on t'endort et d'un degré tu dois tourner le bras et abattre ton ventre sur l'objet qui n'est plus dans la corbeille à côté de tes valises, tu es sur le marchepied, on te repousse sur la courbe dorée, c'est un orage, sur la grève, tu marches dans un sable, tout a toujours été jaune, il y a un piquet au loin, tout en haut il y a le masque que tu dois décrocher pour le rendre à la parentèle, qui est à côté, qui t'attend, qui attend qui tu fasses les gestes, qui te reproche tous tes gestes, pourquoi as-tu perdu l'objet, pourquoi as-tu disséminé l'objet sur toute la courbe, pourquoi le train ne marche plus, on te lève dans ce questionnement on te laisse, tu te rendors dans ce questionnement on te relève, sangles plus serrées, quelqu'un tire au bout, quelqu'un fait des gestes à reproduire, on te gonfle les joues et le cou, c'est une lutte, où on te mène quand tu dors, lutte sans nom que cette bouche avec rouge à lèvres y débordant sur quoi tu te rues mais qui n'est plus qu'un objet que tu as perdu, un de plus ils te disent, ton bras penche du lit, tu te relèves et lui tord le bras, rien à faire, le pantin est toujours là à côté, qui rit, déployant son rire dans la nuit, tu n'as pas bougé, ton souffle est coupé quand tu tentes de rejoindre le lit, ils te disent repose, derrière ton dos derrière ton cou gonflé ils te disent repose, et tu es éveillé debout la face dix millimètres à distance du pantin, et tu reposes le ventre abattu, plus rien, plus rien ne souffle, plus rien ne gonfle le masque noir et blanc debout, et tu attends ton tour, dehors, à proximité, dans la couche inchangée, autour tu entends, autour le silence comme jamais dans la nuit, il t'attend au tournant pour que tu sois le premier à laver sa bouche, avaler son écume, le premier tu marches jusqu'à la fenêtre, il y a de petits animaux volants, en dispersion, et plus tu t'approches plus ils se dispersent, et dispersent une pluie de sons acides qui s'infiltrent mats dans ton oreille, parfois des mandibules s'accrochent aux parois, disparaissent dans la spirale, cycle infernal, toujours dans le train, tu es assis et tu portes un masque à air, tu fais le geste de le porter à la bouche, et d'inspirer beaucoup, ceci te sert pour parler, tu insuffles fortement mais toujours rien ne sort, souffle blanc qui va effacer ton visage au dessus du lavabo où il y aura leurs visages serrés dans le compartiment, derrière, tu veux reprendre ta place dans le lit mais tu aperçois ton bras sanglé, et cette tête masquée, à côté, tu te demandes à qui elle appartient, et tu fais le geste de mettre ta main sur ton visage, retour à l'image initiale.

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01/12/09