07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




30/11/09

écrire ce peut être











écrire, ce peut être - suivre une vibration, quand écrire devient vibration, qu'on sache ou non par où ça passe, comment commencer, tisser et se taire dans le même temps.

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30/11/09

29/11/09 nuit

Les manines











je vais rarement au cinéma. ça ne dépasse pas une main par an et c'est plutôt moins de quatre doigts. et puis il y a cette phrase du père Faulkner sur sa préférence pour un bon livre avec un bon verre pour la soirée - mais je vous laisse entreprendre Big Google. soit j'entre en qualité d'accompagnateur, soit je m'invite seul à affronter le grand écran. on m'a offert une place pour Amarcord, et comme je sais que je serai de retour pour la soirée. et puis Lionel m'a parlé toute cette semaine du silence religieux des cinéphiles de la salle Langlois. il y a deux jours il a vu Histoires extraordinaires. pendant le premier sketch signé Roger Vadim il se sentait pas bien. avant le début du deuxième sketch signé Louis Malle il s'est précipité aux toilettes et il a dégueulé de l'eau en chemin. il a eu le temps de passer à la pharmacie et revenir pour le troisième sketch signé Fellini. ensuite il est allé au théâtre. je dois aller chez le coiffeur. ce n'est pas parce que je vais au cinéma, c'est parce que ça fait un mois que je repousse, et sans jeu de mots. je vous raconte j'ai donc pris la première rue passante et j'ai attendu de croiser une enseigne avec des prix raisonnables et pas trop d'attente. mais je n'en ai trouvé que des chères avec ou sans attente. alors je suis rentré chez moi et j'ai réfléchi qu'il n'était pas si urgent de les couper ces cheveux, ils ont pris un beau tour, du volume, il serait dommage de ne pas les laisser encore batifoler un peu là-dessus, je peux attendre d'ici que la pousse ralentisse d'elle-même. et je suis allé dépenser mon argent pour la banque alimentaire. ils me disent qu'ils sont également en manque de dentifrices, savonnettes, brosses à dent, lingettes et couches bébé. au cinéma il y a 415 places. derrière moi il y a un type concentré dans un livre de François Bon, Rock'n Roll, un portrait de Led Zeppelin. à côté sur la gauche il y a le père son fils et le copain du fils. chacun tripote son téléphone portable puis le père laisse son téléphone au fils mais le copain du fils il est complètement dans le sien comme s'il contrôlait quelque chose du monde avec ses deux petites mains crispées dessus. devant, une vieille dame lit sa feuille de soins puis des relevés bancaires. une prof d'art plastique fait mine de chercher une place, la salle encore à moitié vide, et elle demande à la vieille dame si elle ne peut pas se décaler d'une place. la vieille dame range son courrier et se décale de deux places la prof d'art plastique lui dit non juste une place suffit la vieille dame dit tant qu'à faire. le père a les bras croisés. il va commencer à raconter le film mais les deux gosses ont l'air plus concentrés à résoudre de grands problèmes le visage tout écarlate face aux mini-écrans de leurs portables. la prof dit que de toute façon ce sera plein de toute façon on va être obligé de se toucher. elle va chercher son ami à l'entrée et demande à la vieille dame de bien vouloir garder sa place. elle revient avec son ami et redit que de toute façon ce sera plein et on va être obligé de se toucher. la musique du film en fond sonore. un agent de la sécurité vérifie que les portes latérales sont bien fermées. les gens s'affairent de plus en plus. et s'affaissent. depuis les escaliers une femme lève le doigt dans ma direction et dit là là vous voyez il y a deux places. un homme sort de l'issue de secours de droite et marche jusqu'à l'issue de secours de gauche. la musique de Nino Rota continue et il y a aussi cette belle langue italienne, ce grain particulier qui préfigure l'image qui va bientôt nous être dévoilée. et nous submerger. on va bientôt nous descendre l'écran. on va bientôt nous éteindre et nous allumer tout ça. et tout va s'allumer. et je vais enfin pouvoir entendre ce silence dont Lionel m'a parlé toute cette semaine. ils ont rangé leurs portables. il répète à nouveau l'histoire. il reste une place à ma gauche. je lève la main pour le signaler aux ouvreurs. ils lèvent leurs mains et alors je relève à nouveau la main. l'écran ne descend pas. quatre bords tranchants se disjoignent un peu comme l'obturateur à rideaux d'un appareil photo et voilà l'écran dévoilé jusqu'à son terme. le film. on rit. on applaudit. on sort sous la pluie. le ciel d'un gris vert-bleu comme cette couleur cendre sur la peau des oranges pourries. je rentre chez moi. il est dans l'arbre et il crie je veux une femme je veux une femme. ils ont pris leurs barques tout le bourg veille sur l'eau ils s'assoupissent et voilà le Rex le grand paquebot des grands voyageurs qui est notre Italie nouvelle on est en 32 et il s'en va pour New York. c'est la fin de l'hiver on le sait avec l'arrivée des manines ce sont ces folioles vernales tout le bourg se retrouve sur la place devant la façade de l'église toute en marbre de Carrare qu'on doit aux carriers qui hier encore pratiquaient la lizzatura on fait alors un immense feu et on danse et on danse pour fêter le printemps. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. je raconte il lui a bouffé les miches et il soufflait dessus et elle lui disait qu'est-ce que tu fais suce et il lui disait je sais pas c'était sous le profil dessiné du grand poète dont on a scié toute la calotte crânienne c'était la buraliste. ils dansent la Gradisca se marie ils dansent. le prête de notre province comment je vais lui confesser que je me touche comment il ne se touche pas lui-même quand il y a toutes ces croupes la buraliste la Gradisca la Volpina. tout le bourg fête la Gradisca. on a pris oncle Téo on est partis à la ferme il a dit qu'il voulait sortir on s'est arrêté grand-père est allé avec lui mais il a pas ouvert sa braguette ça tombait sur ses grolles et puis quand on est arrivé il s'est réfugié dans l'arbre et à chaque fois qu'on voulait aller le raisonner il nous jetait une pierre faut croire qu'il avait tout prévu alors on a fait semblant de s'en retourner du côté de notre vieille province mais ça a pas marché alors quand le soir a couché ses vieilles ombres grand-père il pleurait et il dit y a de quoi qu'il veuille une femme à 42 ans mon père est mort à 107 ans il disait qu'il faut manger à 11h quand le soleil est bien en haut et à 16h car après le poison agît mon père il me fout de ces torgnoles quand je l'ai rencontré ton père il était manoeuvre il a toujours été manoeuvre quand il t'a embrassé comment c'était ton père lever son chapeau c'est bien tout ce qu'il pouvait faire en présence d'une femme ensuite mon père a gueulé qu'il fallait appeler les infirmiers et c'est la soeur naine qui s'en est chargé oncle Téo il s'est laissé faire on l'a regardé il rigolait il disait qu'on voyait bien le pays de Gigino de là-haut. ils sont venus et on a levé les bras les troupes couraient la rue principale et on levait les bras puis ils ont levé le serviteur c'était son portrait fait tout de fleurs rouges et blanches et on s'est tous mariés avec le portrait de notre serviteur et puis ils ont pris le père et ils lui ont fait boire de l'huile de ricin et à deux heures du matin maman attendait toujours et elle l'a porté jusque dans la bassine d'eau chaude je n'avais rien compris je passais et je lui rigolais à la face qu'est-ce qu'il puait mais lui il savait pas quoi leur répondre il savait pas qui avait mis ce foutu gramophone jouant l'Internationale tout en haut du clocher jusqu'à ce qu'ils le trouent avec leurs balles et que la fête s'arrête avec le gramophone éclaté par terre mais nous nos pétards quand on fête le retour du printemps sur la place où on déflore la Volpina pour la millième fois autour du grand bûcher ils pètent aussi forts que leurs fusils quand on saute dessus même que la Gradisca elle s'en est cassé un talon. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. au cinéma on mime les actes d'amour. au cinéma tout notre bourg se rue. au cinéma on rugit comme les lions sur l'image. au cinéma je raconte j'étais au balcon j'ai pissé sur le chapeau du notaire j'aurais pas dû on était à table quand il a sonné père était déjà bien remonté à nous traiter d'assassins pendant que maman pleurait on ne fait pas trop attention ça se passe tout le temps comme ça le grand-père lui il simule l'acte d'amour avec son poing d'avant en arrière tout en sifflotant et de s'en reprendre un verre en tâtant les fesses de la Titine pendant que maman menaçait de se tuer d'une telle vie et il répliquait qu'il se tuerait avant et il ouvrait la bouche et essayait de la déboîter avec ses deux mains maman était dans la salle de bain quand il a sonné père s'est levé on en a profité pour piquer dans le poulet comme des affamés et comme oncle Patacca quand père est revenu il m'a demandé ce que j'avais vu au cinéma je lui ai dit l'histoire des américains et des indiens et la pourchasse fantastique et je rigolais et il rigolait puis il a pris sa serviette et j'ai fait trois tours de maison avant qu'il m'attrape mais il est revenu parce que maman lui a fait comprendre en trois mots qu'ils ne méritaient pas d'être la risée de tout le voisinage parce que lui il voulait ébouillanter les couilles de son assassin de fils. au cinéma je raconte j'ai suivi la Gradisca elle était seule à entrer et elle était seule dans la salle j'ai changé de place et je me suis rapproché j'ai encore changé de place et je me suis rapproché puis j'ai encore changé de place et j'étais si prêt de la Gradisca qui était seule et fumait devant le grand écran que j'ai à mon tour voulu y goûter et j'ai mis ma main sur sa cuisse elle était fraîche sous les doigts et elle ne disait rien alors j'ai senti la légèreté de la robe blanche de la Gradisca elle a fini par tourner le visage elle a vu la main elle n'était pas surprise elle m'a dit qu'est-ce que tu cherches et elle a continué de tirer sur sa cigarette et lancer la fumée vers l'écran. c'était plus tard encore avec la buraliste elle fermait tout juste boutique et je lui ai dit qu'il me fallait un paquet de cigarettes je lui ai dit que je pouvais la soulever elle a baissé le rideau métallique jusqu'à terre elle s'est retournée et elle m'a jeté alors vas-y c'est ce qu'on va voir j'ai pris la gironde elle était énorme je l'ai reposée puis je l'ai soulevée une deuxième fois je n'en pouvais plus la gironde s'est ruée vers moi qui ahanais avec ses énormes seins elle a pressé ma tête jusqu'au mur où il y avait l'image de Dante avec tout le haut du cerveau sectionné ensuite elle m'a filé un paquet j'étais soufflé je me suis senti mourant durant une semaine maman venait me porter de la soupe au lit. puis à son tour elle est devenue pâle. on est allé la voir avec père et c'est là qu'elle m'a raconté comment ils s'étaient rencontrés dehors il neigeait père a dit que c'était beau ce manteau de neige dans le jardin qu'elle était bien là à rester au lit par un temps pareil. quand on me l'a annoncé je me suis enfermé dans ma chambre. à l'église oncle Patacca il pleurait tellement que père après que je lui ai rappelé de faire le signe de la trinité et pour ne pas changer sa manière de pester sur tout père m'a glissé qu'il fallait emmener oncle Patacca aux bordels bien sûr qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. on a fini par fêter les noces de Gradisca on a fêté son départ avec ce militaire tout le bourg dansait et on dansait tout le bourg parmi les manines de cette nouvelle année.

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29/11/09 nuit

28/11/09

toporama











ce matin un homme, dans un bus, le bus est seul, non, plutôt l'homme est seul, dans le bus, non pas comme tout le monde est seul dans un bus, mais seul comme il n'y a personne d'autres de seul dans le bus, il se tient debout, au centre de l'appareil, se tient à la barre en acier inoxydable, regarde en direction du chauffeur pris dans sa coque de verre.

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28/11/09

"Cette région secrète, cette solitude où les êtres - les choses également - se réfugient, c'est elle qui donne tant de beauté à la rue, par exemple : je suis dans l'autobus, assis, je n'ai qu'à regarder dehors. La rue descend que l'autobus dévale. Je vais assez vite pour n'avoir pas la possibilité de m'attarder sur un visage ou un geste, ma vitesse exige de mon regard une vitesse correspondante, eh bien, pas un visage, pas un corps, pas une attitude qui soient apprêtés pour moi : ils sont nus. J'enregistre : un homme très grand, très maigre, voûté, la poitrine creuse, lunettes et long nez : une grosse ménagère qui marche lentement, lourdement, tristement, un vieillard qui n'est pas un beau vieillard, un arbre qui est seul, à côté d'un arbre qui est seul, à côté d'un autre... ; un employé, un autre, une multitude d'employés, toute une ville peuplée d'employés courbés, tout entier rassemblés dans ce détail d'eux-mêmes que mon regard enregistre : un pli de la bouche, une lassitude des épaules... chacune de leurs attitudes, à cause peut-être de cette vitesse de mon oeil et du véhicule, est griffonnée si vite, si vite saisie dans son arabesque que chaque être m'est révélé dans ce qu'il a de plus neuf, de plus irremplaçable - et c'est toujours une blessure - grâce à la solitude où les place cette blessure dont ils ont à peine connaissance et où pourtant tout leur être afflue."

Jean Genet, L'atelier d'Alberto Giacometti

27/11/09

plus vite et lentement











sur le quai B. vent d'ouest. liseré de lumière blanche détourant les silhouettes à contre-jour. assis dans le train. vue sur un segment d'autoroute A3 du côté de Bondy là où elle va devenir A86 en direction du sud-est. souvenir d'une ballade le long des voies de chemin de fer. PYPE. PARIS A 9 KM. arrêt Noisy-le-Sec. ce train va rester un court instant en gare il repartira d'ici quelques temps merci de votre patience. temps pour lire une affiche où il est dit qu'on peut venir adopter un animal Parc des Expositions Porte de Versailles les 28 et 29 novembre. GARE DE TRIAGE NOISY-LE-SEC. deux RER dernier modèle luisants dans une espèce de cambrousse. KRAM. TELEMARKET.FR. DRON MATERIEL. PANTIN POSTE 1. FIFI. SINJE. POINT P. MATERIAUX DE CONSTRUCTION. FORUM. TELECOM 1. RIZOTE. ENTREPOT MC DONALD CALBERSON. ADN. LA PLATEFORME. CAP 18. BALOGH. NEGO FRANCE. BOR. je compte 26 places. soit autant de têtes. chaque matin les figures ne changent pas, et pourtant nous savons que ce ne sont jamais les mêmes. lorsqu'on prend place, qu'est-ce qui n'est pas le train de la veille et celui du lendemain? le paysage tend à se modifier plus vite que notre escorte quotidienne. quand je me lève pour rejoindre le métro souterrain, les maux de ventre s'enchaînent. je paye une alimentation irrégulière. et comme d'habitude, comme de regarder le monde lentement se déplacer, marcher va calmer ces agitations du dedans.

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27/11/09

26/11/09










sorti plus tôt du bureau. mais la lumière déjà bien entamée. couleurs passées du ciel. confondues avec les façades décaties par le temps. rentré un peu au hasard dans un marketplace. lumière aveuglante. carrelage javellisé extra-blanc. ici on traque l'ombre. prise d'assaut comme un espace superflu. un de plus à éliminer, combler d'une étagère, un portechoux, quelques articles supplémentaires. l'œil accroche aux moindres produits. à la caisse les joues si blanches de la jeune fille hyper-sexuée. dans la rue quelques secondes à rétablir ma vue. sur le noir de la nuit et le jaune de la ville.

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26/11/09

25/11/09

Devant la porte 21













dans un hôtel. peu de temps après une escale. l'hôtel est à côté de l'aéroport. suis-je en transit? on passe un film. ce doit être depuis ma chambre, et l'écran, c'est la fenêtre donnant sur l'extérieur. aussi il est impossible de voir les bords de la fenêtre. la première scène se passe dans un aéroport. des personnages autour d'une table. un ciel bleu. les personnages de dos. la table est ronde, ce qui détermine l'emplacement de chacun et comment on passe de l'un à l'autre. on est sur une terrasse. comme au dernier étage d'un building. est-ce qu'on s'apprête à manger? il y a un refrain. on sait que le film commence. on comprend quel est celui des personnages que l'on doit suivre en priorité. je dois me rendre à l'aéroport maintenant. je serai rentré ce soir. je prends toutes mes affaires, c'est-à-dire une valise et un sac à dos, et je me dis quelle idiotie d'avoir tant d'affaires. je suis devant la porte 21. je suis une personne qui est censée me guider, mais je la perds de vue tandis que je commençais à m'habituer à sa présence. je demande à un steward où se trouve la porte 14/15 pour le prochain vol en direction de la France, mais il m'interrompt en avançant son bras, et c'est alors que j'aperçois son talkie-walkie. il le porte à son oreille. il écoute son second qui travaille quelques portes plus loin. il dit que c'est désert à sa porte. mais qui est le second de l'autre? je me souviens de longs couloirs débouchant sur des espaces uniformément gris. je me souviens que j'étais incapable de dire d'où provenait la lumière. il se peut aussi que je fusse accompagné par un membre de ma famille. ou est-ce que j'avance cela parce que je m'apprêtais à rencontrer un parent proche, celui qui m'attendait pour prendre l'avion, ou celui qui m'attendait à la descente de l'avion pour me ramener chez moi. ceci aussi, impossible de le dire.

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25/11/09

24/11/09

Les dessins sont des rêves du patient O.T.











ils sont calmes, la face rigide, les bras le long du corps, le corps très mince et très blanc, comme on ne l'a jamais vu, on dirait des cierges recouverts d'une moustiquaire, ils sont posés sur des tables d'anatomie très étroites et très longues, on dirait sciées à la taille de leurs corps, aussi ces tables sont étrangement surélevées au niveau de la tête des patients alentour dont je fais partie, il ne peut en être autrement, je les regarde encore, je crois qu'il n'y a que ça à faire, je crois qu'on ne choisit pas ce qu'on nous met devant et que si on nous a amenés là c'est pour regarder, en fait, je le découvre a posteriori, les gisants ressemblent aux hommes que l'on rencontre dans les dessins du patient Oswald Tschirtner, sur le papier ils ont fini par avoir le ventre lâche, entre la terre et le ciel, et maintenant ce ne sont plus que des jambes balayant la terre et des têtes d'aiguille balayant le ciel, mais ici la plupart d'entre eux sont définitivement morts, le visage en poudre, mais le plus atroce à tenir du regard, ce sont encore ceux qui bougent, très lentement, d'un mouvement qui ne veut rien dire, leurs têtes aux coiffes tombantes, et par une force contraire et irrecevable dans leur monde, je m'esquive de toute cette froidure.

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24/11/09

23/11/09

la corne du rêve











nuit noire, sans rêves, mais dans son cinquième quart finissant une petite prolongation faite de blancheurs dont je ne veux pas me souvenir, au lever sensation de me débarasser d'une mue racornie.

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23/11/09

22/11/09 nuit

Qui bifurque











complications dans mon itinéraire usuel. le double de temps. à Villemonble le tronçon de l'A103 est fermé. j'ai l'habitude. plus loin à Rosny-sous-Bois je trouve l'entrée de l'A3 également fermée. je la prends dans l'autre sens. il m'est déjà arrivé cet automne de la récupérer plus en amont. je sors à Bondy. un bout de N3 et voilà l'A3 direction Paris Porte de Bagnolet. tout va bien. mais quand j'arrive à hauteur de mon point de bifurcation, soit vers Rosny Centre, des plots nous interdisent de poursuivre ailleurs que sur l'A86 direction Créteil. je prends la première sortie et je me retrouve deux villes plus loin, jeté dans les rues désertées du grand flux, cherchant n'importe comment où rejoindre le périph. je me souviens être passé devant l'hôtel L'univers aux alentours d'une heure du matin. puis raccroché comme j'ai pu la Porte de Bagnolet par Montreuil et Bagnolet même. j'aurais volontiers troqué deux tours de périph plutôt que ce vagabondage à cran dans des villes assoupies avec ce danger d'aggraver mon cas en m'éloignant davantage du point d'arrivée. pourtant pas mécontent d'être passé par des trous de ville perdus là où on ne se serait jamais aventuré, et vous auriez vu comme moi le nombre de perdus qu'il y a la nuit à ces intersections vides, ces tournants creusés au pied de tout ce bâti somnolent et qui semble moins peser dans le noir. ce qui s'est passé? on a toute la ville pour rouler. pourtant on n'est pas rassuré. il fait noir. intensément noir. noir comme on ne l'a jamais vu. tout semble éteint définitivement. on n'a rien à faire là. personne pour nous le dire mais tout pour nous le faire sentir. on hésite. on est traversé par l'idée d'abandonner. mais même abandonner ne nous est pas donné.

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22/11/09 nuit

21/11/09

deux musiciens













puis vint cette image, que je commençai rêvant, visible et intenable, comme au réel, deux musiciens étaient assis côte à côte avec à la place du ventre, et sanglés aux épaules, leurs claviers portatifs où reposaient les mains, les mains parcouraient les touches qui émettaient des sons aléatoires, ils s'étaient endormis, je les voyais de même, mais cette fois-ci éveillés, aussi je pouvais entendre et ne pas entendre, être vu ou demeurer invisible, regarder sans entendre, regarder et entendre ou entendre sans regarder, les mains seulement ou les claviers uniquement, ou les deux simultanément mais revenaient les claviers seulement ou les mains uniquement, parfois il n'y avait que la lumière, c'était un halo clair, et la musique, parfois uniquement la lumière, ou seulement la musique, rare était la simultanéité des deux, parfois ils étaient éveillés et pourtant il n'y avait pas la lumière, parfois ils étaient endormis et pourtant il y avait la lumière, il n'était pas fréquent de ne pas les voir dans la lumière mais de les entendre, de même sans lumière, sans eux, et avec, il n'était pas rare de ne plus rien voir, que la musique, le chant comme on voit parfois traîner un halo clair sur un mur, mais il était entre-temps inconcevable qu'il n'y eût rien, rare de ne pas les voir se regarder, pourtant je les voyais souvent dans ce semblant d'indifférence qu'entretiennent deux musiciens se suivant à l'oreille, ou endormis côte à côte sur leur siège de métro, si c'était le métro, les mains parcourant ce double-ventre portatif à touches noires et blanches empilées sur la verticale, rare de les voir se parler, plutôt inconcevable qu'il n'y eût pas ce silence qu'entretiennent deux musiciens se suivant à l'oreille, s'entend du regard, aussi, silence dans la nuit au halo blanc, sans intermittence, ce peut être que ce soit avec, mais je reprends, visible et intenable, comme au réel, vint le tour de cette image, que je commençai rêvant.

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21/11/09

20/11/09

la vie ailleurs











lecture passionnée de Marcel Schwob. La croisade des enfants. Mimes. Vies imaginaires. j'ai trouvé où je vais finir l'année. ce sera en lecture, avec Cervantès, Borges, et Schwob. calmement on prépare d'être tout autre chose tout autre part. et tout d'abord, laisser place aux livres.

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20/11/09

19/11/09 nuit

la clôture











sur le périph. sorti à Pantin. on a fermé la Porte de Bagnolet. probablement des travaux de maintenance. vu ces petits bonshommes habillés de jaune et qui vont y passer la nuit. pensée de route : on boucle tout un tronçon d'autoroute comme on refermait jadis les portes des villes chinoises sur ses habitants, pour les contrôler, rue par rue, à la tombée du jour. et tout rentrait dans l'ordre.

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19/11/09 nuit

18/11/09 nuit

Un couloir











dans le RER il s'approche petit d'homme yeux complètement éteints lui montre sa paume rouge argileuse il lève la tête pour signifier qu'il n'a rien et que c'est sans appel petit d'homme prend les escaliers elle a deux billes inoxydables ressortant de part et d'autre de l'arcade sourcilière le bébé geint je ne peux pas entendre ce qui se raconte quand on passe devant les Grands Moulins nouvellement loués elle dit Pantin elle parle de son trajet en bus entre Aubervilliers et Hoche on a rayé la vitre et on devine ARNAK 93 plusieurs fois gravé elle porte un sweat à capuche bleu électrique il porte un jogging noir avec écrit rouge RADICAL PROCESS il souffle ses mots dans le micro-parleur pendu devant sa bouche dans la gare je veux dire ventrale dans la gare souterraine un couloir. c'est légèrement incliné et chaque jour on tombe par cascades dans ce couloir. c'est ce qu'on dit. je ne l'ai jamais vu. mais ça ne m'empêche pas de faire attention. dans ce couloir qu'on dit creusé en une fois à l'aide d'une vrille géante. dans ce couloir il y a eu jadis. enfin disons avant. disons jusqu'à aujourd'hui. dans ce couloir il y avait des pots de fleur. mais ils y sont toujours donc tout va bien ou enfin disons ça n'est pas là où je voulais en venir. de toute façon je ne peux pas me rappeler un passé où il n'y en avait pas. pour moi il y en a toujours eu. ou enfin disons je ne peux pas imaginer ce couloir sans pots de fleur. que je décrirai une autre fois. mais je ne crois pas en avoir le temps. donc ces pots de fleur. sans plus de descriptions imaginons des jarres d'un mètre cinquante de haut et deux hommes qui plaquent leur corps tout autour en sorte qu'ils peuvent à peine rejoindre leurs doigts et embrasser tout le périmètre. que ce soit des plantes synthétiques. soit. ce qu'on sait moins c'est que ces plantes synthétiques représentent non des fleurs mais des ficus benjamina. ces pots de fleurs avec ficus benjamina se trouvaient rassemblés en ligne ou disons alignés au centre de ce couloir où on tombe par cascades parce qu'on le dit mais je ne l'ai jamais vu mais ça n'empêche que je fais attention. ça n'avance rien de dire qu'ils étaient alignés. avec deux pots on fait une ligne. avec dix pots on fait dix lignes. et même plus. soit. ils étaient là alignés au centre du couloir légèrement incliné. suffisamment pour que certains tombent. par cascades. c'est ce qu'on dit. ça n'avance rien. et encore entre deux pots j'ai vu qu'on pouvait tirer plus d'une ligne. et sans qu'ils bougent. ni qu'on les bouge. ni que je bouge. c'est une assurance que j'ai et je n'ai nullement besoin d'y revenir à nouveau. alignés. centrés avec le même écart où marcher de part et d'autre dans ce couloir voûté dans le sous-sol de la gare. donc une ligne centrée de pots de fleur avec ficus benjamina. admettons qu'il en fût toujours ainsi. l'autre jour. disons aujourd'hui. où je veux en venir. et avance à mon tour. on a décentré tout ça. les pots se trouvent caler contre les murs là où la voûte termine sa course au sol légèrement incliné. soit deux lignes hachurées de pots de fleur à ficus benjamina. on peut dire que cela forme une allée centrale. c'est un peu plus cérémonieux et ça fait plaisir quand on se rend à son bureau. cependant. s'il me faut penser à ceux qui tombent. ça m'arrive. par cascades chaque jour ce qu'on dit. ma théorie est que le nombre de chute va sensiblement augmenter dans les jours à venir et peut-être même que je pourrais en témoigner. avant. ceux qui tombaient pouvaient se reprendre in extremis à un pot de fleur la bienvenue. tant pis si on dit que ça tient pas debout. maintenant. ils vont tous se ramasser. et en avalanches. ce qui est autrement plus violent que en cascades. tant pis si on dit que ça tient pas debout. ou alors on décide tous de longer les murs et de suivre les deux lignes de survie mises à disposition là où les voûtes se terminent. les deux longes allant d'un pot à l'autre. ça tient pas debout. seulement ceux qui tombent devraient être concernés. mais on ne peut pas procéder à des coupes distinctives dans la masse des usagers de la gare. il vaut mieux partir du postulat que tout le monde peut se prendre un jour ou l'autre une avalanche. dans ce couloir. espérons qu'ils ne vont pas s'avalancher en cascades. mieux vaut multiplier les pots de fleur à ficus benjamina. de là s'en sortir. voilà à peu près où je voulais en venir. ma contribution on ne peut pas déjà l'écarter.

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18/11/09 nuit

17/11/09

automate











monde automate, des suçoirs, où il se défenestre.

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17/11/09

16/11/09










des images. des images et bientôt des phrases. des phrases qui me somnolent dans la tête. intraduisibles et déjà ailleurs. échappées. évanescentes. qui tirent des lignées blanches mais rien ne sert d'essayer de les attraper. ni même de les attraper. le corps vaporeux. plus tout-à-fait des images. pas tout-à-fait des phrases. je rassemble mes membres pour basculer en station verticale. c'est plus tard qu'on se le dit. dans le noir le somnolent marche du lit à la salle d'eau. il y a un petit miroir au-dessus du lavabo. il ne se regarde pas. l'eau va couler. il y a bien cette maigre image. mais elle ne s'est pas changée en phrase. dormi une heure de moins que le besoin ordinaire. avalé deux pains et deux verres d'eau dans la pénombre. dehors. dans la rue comme traverser un port humide.

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16/11/09

15/11/09 nuit

Oreak











Paris centre. sous-sol. voie 43. direction l'aéroport. passé le périph et l'A1 en échappée Nord. le train est lent et il a beau être lent il ralentit encore. on peut voir le vent souffler dans l'oyat. si c'est bien de l'oyat. votre train est arrêté en pleine voie. pour votre sécurité veuillez ne pas ouvrir les portes. j'ai deux épaisseurs. les cheveux me courent sur la nuque. La Plaine Stade de France. La Plaine Stade de France. vu la toiture en ellipse suspendue au-dessus des gradins. on les devine. ça fait même penser à une moule ou une coque légèrement entrouverte. vu la tour Olympe à une bonne lieue de là. un pêcheur en ciré jaune. La Courneuve Aubervilliers. La Courneuve Aubervilliers. des haut-parleurs cylindriques. le train lent travelling. le soleil traverse la vitre qu'on n'a pas idée d'ouvrir. on longe l'A86 et la D27. ciel de traîne. j'aime cette expression sans la déterminer parfaitement dans le ciel. sur la vitre on peut voir les traces calcaires qu'a laissées la pluie et aussi des rayures qui réalisent des mots illisibles. 12H56 sur le quai. Le Bourget. Le Bourget. j'entends la voix d'une enfant mais dans la masse je ne distingue tout d'abord pas si c'est là une enfant ou un animal. wagons tombereaux couleur ballast. wagons fret. wagons avec pipe-lines. une locomotive diesel-électrique on dirait abandonnée. transports wagons automobiles sur deux étages. Drancy. Drancy. les portes s'ouvrent. un acacia. plus loin l'ancienne maison-gare. ce doit être la gare Le Bourget-Drancy qui précéda l'ancienne gare de Bobigny dans la macabre logistique des convois de la mort. lu Le Bourget triage poste 3. Le Blanc-Mesnil. Le Blanc-Mesnil. je pourrais enlever une épaisseur mais je ne veux pas me retrouver avec mon mouton sur les genoux. entrepôts fret. la pelucheuse Viorne des pauvres et son foisonnement coriace au crochet des grilles fermant le paysage. des ensembles dont on voit distinctement la partie escaliers comme une tuméfaction latérale. une maison et de suite un pont comme y sortant. ou y menant. on prend cette passerelle et on y est. en plein chez les gens. est-ce qu'ils n'ont pas pris l'habitude depuis vingt ans qu'il y a des étrangers qui débarquent dans leur salon? la vente de produits américains. ensuite j'ai un doute. était-ce marocains qu'il fallait lire. attention ce train desservira toutes les gares. un type plutôt l'air abattu vient s'abattre sur le siège en face deux places sur la droite côté couloir. il a de la bave sur son jogging bleu-vert. si c'est bien de la bave. Aulnay-sous-Bois. Aulnay-sous-Bois. toponyme que je retrouve peinturluré sur une maison vue pleines voies. noir. un tunnel. Sevran Beaudottes. pas d'annonce-voix. est gare souterraine. vu des caméras de vidéo-surveillance vieux modèle doute qu'elles soient connectées à ces logiciels big brother qui analysent dit-on chaque visage de la foule mais on ne sait à vrai dire pas vraiment ce qui se passe derrière cet œil tubulaire. devant moi la même personne depuis Paris centre. désormais tient sa tête inclinée entre le pouce et l'index. puis les mains descendent se croiser sur les avant-bras et elle ferme les yeux. Villepinte. pas d'annonce-voix. on coupe la Francilienne. couleurs automnales. c'est le parc du Sausset. des pylônes. elle sort Parc des Expositions. plus tard. l'aiguille des minutes par-dessus celle des heures et je lis 16H20. il y a une belle lumière orange sur les visages d'avant le départ du RER. des aulnes je crois. et des bouleaux. Villepinte. Villepinte. voix féminine. la même. derrière le grillage un érable sycomore. du buis parasite. un bassin peut-être d'usine de traitement des eaux usées. tunnel. noir. Sevran Beaudottes. Sevran Beaudottes. cette fois-ci la voix l'aura annoncé. une fuite d'eau pleine voie. mais il n'y a pas lieu de s'alarmer. il monte et pose son sac-à-dos rouge sur le porte-bagages en hauteur. devant moi elle est fatiguée et on s'observe par intermittence de regards vides. un type porte des lunettes de soleil à ne pas voir voler une mouche et parle avec de grands mouvements de mains et on peut voir que son index droit est bandé comme s'il avait utilisé tout le rouleau de Singlefix. Aulnay-sous-Bois. deux fois. lu quelques tags d'agrément. MOR. SPOET. CARBON. 16H35 à l'horloge numérique. un saule pleureur. à quai quelqu'un marche avec son jogging relevé au genou droit et il boite. mesdames et messieurs nous allons repartir. attention à la fermeture des portes. attention au départ. sonnerie. elle mange. la sonnerie continue. les portes se verrouillent quand la sonnerie s'arrête. elle glisse l'emballage de sa barre acidulée dans la poche intérieure de son blouson. sur le quai il crache. elle porte son mobile-phone à l'oreille. elle le repose et me regarde. le mobile-phone sonne. elle le porte à l'oreille et me regarde. on passe l'A3. Le Blanc-Mesnil. une fois. il lit un article sur le déni de grossesse. Le Blanc-Mesnil. une deuxième fois. lu DIKTO. BAZOOK. désormais c'est un autre type qui a pris les lunettes de dur à cuire à ne pas voir les mouches voler. en face de moi elle dort. si elle fait plus que simplement fermer les yeux par dépit de les laisser traîner sur le paysage. j'ai cette impression. elle a un collier et des boucles d'oreille assortis. sur le talus des acacias dans cette belle lumière orange. Drancy. une fois. CAV. PLAN. MALI. Drancy. deuxième fois. sur le quai elle défait l'emballage porte la pâte molle dans sa bouche et fourre l'emballage dans son perfecto noir. sur le quai elle marche. elle a un étui à violon dans son dos. des peupliers dans la lumière orange. lu Actipole. La Qunicaillerie Générale. un terrain vague. Le Bourget. deux fois. et je me souviens d'y être venu à deux fois il y a de ça deux printemps. une sirène. ça provient de la rue et c'est une voiture en marche. le son se contorsionne d'une façade à l'autre. STO. MAMS. TUC. fabrique avec écrit Récupération vieux papiers en gros. DALE. RIZOT. ED. SENO. SOIR. MOR. BRAI. JOIA. La Courneuve-Aubervilliers. bar Chez Gaby. La Courneuve-Aubervilliers. deuxième fois. usine toits en shed baies arc en anse de panier porte métallique coulissante encore ouverte peut-être pour sortie d'usine mais peut-être qu'elle reste toujours ouverte et donc peut-être l'usine réaffectée en maisons de quartier ou ateliers de théâtre. SENO. RORO. il n'y a plus la lumière orange. des barres d'immeubles et on ne se demande plus si c'est habité. La Courneuve. enclos des 4000. ZRU Zone de Redynamisation Ubaine. trois blocs plus loin un morceau de bidonville et à côté il y a des modulaires qu'on a posés là comme pour faire apparaître un semblant d'allée. semblant de vie ordonnancée. le Pont-Autoroute A86 au-dessus du canal Saint-Denis et le pêcheur toujours dans son ciré jaune. La Plaine Stade de France. deux fois. YEAH. KO. SERO. DEXA. ZADIME. ONEA. STINK. le ciel avec comment dire compression des nuages. elle tire son wax sur lequel sa tête reposait côté fenêtre et elle l'enroule autour de son cou d'un nœud lâche. il est debout et porte un manteau vert avec écrit dessus régulateur de flux. elle a un piercing qui pend à l'extrémité de sa lèvre inférieur. sur le quai les yeux cernés de vide elle est toute en sueur et donne la tétée en poussant ses bagages à bout de bras et de pieds. il y en a trop. personne pour l'aider. sur le quai elle est assise sur un tabouret et joue du luth. je n'entends rien et peux voir ses doigts arpenter le manche. sur le quai il tire sur sa cigarette et balance l'allumette sous le wagon en marche. est-ce qu'on va s'enflammer pour autant? quelqu'un vient s'asseoir et depuis ça sent le thé au jasmin. lu OREAK. pourquoi pas le crâne d'Oreak? un couple de touristes voyage une poussette dans laquelle il y a deux bichons maltais. quand les portes s'ouvrent ils sortent leurs têtes de bichon de leurs capotes de fourrure et reniflent tout ce qui bouge. ils reniflent mon mouton. tunnel. ils ont les yeux larmoyants rouges. horreur des chiens qui demeurent petits. excepté les fox. c'est toujours le tunnel. retrouvé le visage contre vitre. dans le noir je vois parfois défiler des graffitis argentés comme des organismes luminescents dans l'épaisseur.

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15/11/09 nuit
(même plus besoin de prendre le train, quand je tape Oreak en moteur de recherche je découvre le site maquis'art qui référence par ordre alphabétique un grand nombre de graffs avec dates et lieux)

14/11/09

Marchant sur Paris











marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé au néon blanc CONCO HOTEL, il dit marrons chauds mes marrons chauds, même quand il n'y a personne devant, pour ne pas geler sur place, déplaçant sur son plateau ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, on vient me toucher mots, on me dit bonjour vous êtes pas fâché avec la banlieue, je m'en vais dans l'indifférence de la foule, pendant que l'autre lance sa phrase ailleurs.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé au néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds mes marrons, il dit, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant sur son plateau ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, je lis et on vient me toucher mots, il dit bonjour vous êtes pas fâché avec la banlieue, je fuis dans l'indifférence de la foule, et l'autre lance sa phrase ailleurs.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé au néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds mes marrons, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, je lis et on vient me toucher mots, bonjour z'êtes pas fâché avec la banlieue, je fuis dans l'indifférence de la foule, l'autre sa phrase ailleurs.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé au néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds mes marrons, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, je lis et on vient me toucher mots, bonjour z'êtes pas fâché avec la banlieue, je fuis dans le remue-ménage de la foule, l'autre sa phrase ailleurs, dans le désordre d'une rue il y a deux petits chiens noirs attachés à une colonne sèche, les deux têtes sont attachées entre elles, ils s'élancent vers le passant et tombent de conserve.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé au néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds mes marrons, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, je lis, bonjour z'êtes pas fâché avec la banlieue, je m'en retourne à la foule, l'autre sa phrase ailleurs, rue de Caumartin il y a deux petits chiens noirs attachés à une colonne sèche, les deux têtes attachées entre elles, ils s'élancent vers le passant et tombent de conserve.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds mes marrons, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, je lis, Bonjour z'êtes pas fâché avec la banlieue, je m'en retourne à la foule, l'autre sa phrase ailleurs, rue Caumartin il y a deux petits chiens noirs, ils sont attachés au derrière du lycée Condorcet, les deux têtes sont attachées entre elles, ils s'élancent vers le passant et tombent de conserve.

marchant sur Paris, c'est la nuit place du Havre, devant est l'Hôtel Londres & New York, devant est le Concorde Hôtel allumé néon blanc CONCO plus loin HOTEL, chauds les marrons chauds, même quand il n'y a personne, pour ne pas geler sur place, déplaçant ses petits ronds comme les pions d'un jeu d'échecs, Bonjour z'êtes pas fâché avec la banlieue, m'en retourne à la foule, l'autre sa phrase ailleurs, rue Caumartin il y a deux petits chiens noirs, ils sont attachés au derrière du lycée Condorcet, les deux têtes sont attachées entre elles, ils s'élancent vers le passant et tombent de conserve.

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14/11/09

13/11/09










je pensais qu'une sonnerie allait s'en suivre, je savais mon corps aux heures immobiles, il y avait cette imprécision, à savoir si je pense cela, ou si je pense cela dans l'habitacle capricieux des rêves et alors ce ne serait pas tout-à-fait la même chose à entendre, la cloche devait s'en suivre, elle ne venait pas, j'étais agité de savoir qu'elle viendrait, c'était un peu comme une impasse dans la volonté, je connaissais cette sonnerie, j'appréhendais son signal imminent, mais cette imminence ne venait pas, la loi n'était qu'attendre l'heure enchaînée au retentissement de la cloche.

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13/11/09

12/11/09

L'autre est le même













c'est de ce visage dont je vais parler. c'est ce visage que je vois sur son visage. il est fixe. rien ne peut faire qu'il bouge sur le papier. pourtant. il bouge. il sourit sans arrêt. quand il est ainsi je m'en fais une idée sombre. est-ce a posteriori de l'expérience que je fais qu'il me vient ceci? c'est une image. la joue a pris un sacré coup. on a buriné la tempe. le dessin de la bouche en passe-boule me fait penser allez savoir à un dentier pour chien. de part et d'autre de la bouche il y a un début de cercle bien enlevé. on a fermé tout ça. ainsi le visage se courbe lentement vers son autre. ce qu'il y a à proximité de l'œil c'est la même teinte furieuse qui dit je t'ai eu je te rejette. je t'ai eu je te rejette. et de ce précipité oculaire il arrive que la bouche s'envenime et fasse la gueule. l'autre œil est porteur d'un acide. c'est la nuit. les plaies maintenant. les plaies renvoient l'image négative. une image embaumée. on dit que derrière est ce rictus. et c'est un masque. l'intolérable masque des Atrides.

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12/11/09

11/11/09

On vous écrira dehors précaire











dans le train il dit que je règle au moins ce marchand de sommeil...avant oui...avant j'm'en sortais avec les guides de restos pas chers...les monuments de Paris maintenant il dit maintenant...trop de dettes pour acheter les guides tout juste ma chambre il dit oui ma chambre...monsieur vaut bien trois petits studios pas une vie non monsieur...pas une vie...dure la vie...oui monsieur...tout perdre monsieur oui...tout perdre...on vous écrira précaire dehors oui...il dit manger monsieur...rester propre...rester debout...tenir...tenir monsieur...passer parmi vous...

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11/11/09

10/11/09

Pourquoi écrit-on











cette nuit, est-ce que ça n'est pas toujours la même qui revient, et ressasse, sensation d'avoir eu les pensées percées puis fixées à une plaque noire, aussi la pensée qu'il n'y eût rien ne me perturbait pas outre mesure, tout était calme, avec parfois cette faculté qu'on a de sortir de là pour se regarder gisant attaché à sa plaque, noire, cette nuit, est-ce que ça n'est pas toujours la même qui revient, et ressasse, avoir pensé en me regardant, gisant, je me trouve quelque part où traîne pas tout-à-fait une odeur plutôt un arrière-goût de suicidé, qui vient de se suicider, dois-je me suicider à mon tour pour faire bonne figure dans ces parages, toujours est-il que je pensais abondamment et calmement au suicide ou plutôt à son idée comme à une dalle de fond épaisse mais transparente sur laquelle il me faudrait toujours marcher comme dans une absence de temps, peut-être étais-je déjà de l'autre côté et alors ce suicidé, avant de m'apercevoir que c'était sur personne d'autre que moi que je marchais, et aussi que je pouvais causer l'arrêt de cette comédie en enfonçant de nouveau mon corps dans celui du gisant, je commençai par les jambes.

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10/11/09

09/11/09 nuit

Mégacité











à Saint Valéry. le vieux bourg et ses belvédères. l'église. petits navires ex-voto. un étrange dédoublement de la nef, un peu comme s'il y avait eu scissiparité. dehors giboulées de novembre. on se change dans la voiture qui est sans dessus dessous entre le sable, l'eau et la boue, les miettes, les serviettes, les gourdes, les parapluies, les écharpes, les manteaux, les pulls, les chaussures, les chaussettes, les livres, les cartes, les prospectus, les nourritures, les tupperwares, les sacs, les jumelles, l'appareil photo. un adieu à la Pointe du Hourdel par où on avait commencé notre séjour. c'est marée haute et on ne reconnaît pas les lieux. la slikke est submergée. je cueille quelques baies oranges des argousiers issus de la dune grise. une embellie. mais on doit quitter l'estuaire où le temps ne se passe pas tout-à-fait de la même manière que dans nos terres resserrées sur la capitale. ceci tient en large partie aux contraintes horaires qu'on formule librement pour soi plutôt qu'elles ne nous formulent le reste de l'année, en non moins large partie qu'on se permet une fois l'an d'être faillible quant aux horaires, avant de s'en retourner à notre âpre comptage des minutes qui composent les heures qui composent les journées auxquelles on se restreint. et ma phrase est trop longue. le mauvais temps se déplace et on le suit tristement par l'A16. lu cette inscription route : animal errant signalé soyez prudents. à Amiens. à l'entrée de la ville lu ce panneau : Mégacité. ce doit être un centre commercial et il y a un zénith en jonction. dans le centre. on a 2h30 pour 2 euros de parking. la librairie Pages d'encre. vu la tour Perret. on entre dans la cathédrale. le dallage en labyrinthe noir et blanc pour pèlerins à demeure. l'ange pleureur. dehors je photographie les milliers de petites scènes du Calendrier picard et autres prédelles de l'édifice brillamment retapé au laser et qui nous impressionne par sa grandeur. on peut probablement y insérer Notre-Dame de Paris. j'apprécie particulièrement deux montreurs d'ours que l'on trouvera sur le portail de la Vierge Dorée, façade sud du transept. une vie ne suffirait pas à relever tous les détails que comporte ce géant de pierres. on mange quelques pâtisseries sur une terrasse. la jeune serveuse vient nous voir. elle ne pensait pas que l'on voulait s'asseoir et si elle avait su elle nous aurait donné tout le nécessaire en plateau et serviette. on lui dit de ne pas s'inquiéter et que s'il le faut on plaidera sa cause devant le tenancier. on roule en échappée des premiers embouteillages formés à la sortie de la ville. on arrive avec la nuit. un panneau Sarcelles Paris. et de suite mon angoisse pour ces nœuds de nationale qui séparent l'A16 de l'A86 et où j'ai tendance à tourner en rond et perdre tous mes moyens comme au passage forcé d'une zone d'yper-activité. on suit la N1 et les chantiers du futur tram. passé Pierrefitte puis à Saint Denis raccroché la basilique. des transvasements de carrefour à carrefour et c'est la N186 direction Bobigny. quand je pense m'être trompé, P. me dit que tout va bien. voilà l'A86. je vais chercher mon pied photo. je dois me rendre au cœur de Paris pour une dernière vue de nuit pour mes architectes basés à Basel. tour de périph. on n'en finit pas. on ne fait que manger des kilomètres et avaler des voitures à la file. et dans mon élan j'ai l'impression que je pourrais continuer comme ça jusqu'à Strasbourg. plus tard dans ce temps court où reprendre note, et maintenant qu'on y est dans la ville, gagner en vitesse, ce sont les mots comme ils me viennent en marchant dans le métro. contrôle des billets. moi je regarde leur habit vert canard. on dirait des chasseurs dans leur barbour enduit à la graisse de phoque.

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09/11/09 nuit

08/11/09

D1001











à Rue. photographié le tympan les sept douleurs de la Vierge la fuite en Égypte le plafond des détails comme un petit oiseau de mer entré dans la pierre et de nouveau l'assemblée. en face est l'office du tourisme où a migré le musée des frères Caudron qui sont frères pionniers de l'aviation. à Berck. désolation du front de mer. sur la D1001. des trombes d'eau. on roule au pas. arrêt sur l'à-côté et sieste pendant que ça passe. à la conserverie du coin achat de pâté d'agneaux de pré-salé et salicorne au vinaigre. plus tard à l'abbaye de Valloires on découvre ce que signifie une grue avec une patte levée enserrant une pierre et aussi une morille comme clef de voûte et aussi l'œuvre et sacrifice de Thérèse Papillon. la route la pluie. 30 km/h au dessous de la vitesse autorisée. pour finir promenade à St Valéry-sur-Somme où vu un héron cendré en bordure du schorre.

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08/11/09

07/11/09

Ciel du foyer











au marché de Rue. je ne savais pas qu'il y avait une ville qui s'appelait Rue. magnifique beffroi. et bref coup d'œil sur la chapelle. la ville nous enthousiasme. puis au Crotoy où on va prendre le train à vapeur. depuis le temps que je bassine P. avec mon train à vapeur. mais c'est important. ici une association entretient l'antique chemin de fer économique d'intérêt local. c'est une des deux dernières lignes métriques dont on se sert encore aujourd'hui. et la loco a de la gueule. ce n'est pas l'autorail De Dion NR issu du Réseau Breton. mais c'est égal. je photographie abondamment la mise en pression de la locomotive. ça fait trois heures qu'ils en bavent. le graisseur fait un pas en arrière. les bogies fument. les bielles d'accouplement se mettent en mouvement. le tout s'ébranle avec légèreté. c'est le son qu'il aurait fallu capté. nous quittons le Crotoy. pourquoi regarder le paysage par la fenêtre d'un train ça nous paraît acquis de toujours? il y a des vaches. il y a des chevaux de trait. il y a des hérons égarés. il y a des troupeaux d'agneaux dans les mollières. je sors regarder le frottement des tampons. voir les barrières de chemin de fer abaissées et les files de voitures en attente à notre passage. à Noyelles on fait boire la machine et on fait si bien les choses qu'on utilise encore la grue hydraulique. une heure pour rejoindre Saint Valéry sur Somme. j'irai les voir à l'avant. la vigilance du chauffeur de droite qui sort régulièrement la tête pour vérifier que tout va bien derrière. devant c'est difficile de respirer. le mécanicien ouvre le gueulard et on voit le feu. je regarde les manomètres puis je tombe sur ces trois mots. ciel du foyer. de retour. pique-nique sur les anciens rails qui courent devant le parking. il commence à pleuvoir. on se rentre dans la voiture. j'actionne les essuie-glaces et on continue de manger en silence. à Fort-Mahon qui est ville ensablée. nous courons en haut des dunes. ici je pourrais vivre. plus tard sur le Gr 120 qui longe le littoral. vu deux hérons cendrés deux faisans une grande aigrette. puis il y a des canards endormis dans une mare. je regarde aux jumelles. ce sont des leurres (ici appelés blettes). on a déjà entendu deux coups de fusil perçant la brume. on rebrousse chemin. on croise trois chasseurs. ils s'apprêtent à passer la nuit dans leur hutte flottante. plus tard on fait un autre bout de chemin avec un couple plus âgé qui nous renseigne sur ces espèces de taupinières écrasées qui sont la terre dévorée par les sangliers de nuit. et aussi les appelants qui sont ces canards que les chasseurs attachent à des piquets pour faire venir leurs frères sauvages. à nouveau sur Rue. on prend un peu plus de temps pour visiter la chapelle. joyau du gothique flamboyant. ici toute la dévotion d'un pays est entrée. j'imagine le nombre de processions qui s'y sont engouffrées. ici on renferme le succédané du crucifix qu'on a retrouvé jadis échoué sur la grève et voilà comment tout a commencé. on entre. on peut voir les statues descendues de leurs niches millénaires et il n'est pas exclu que lorsque le restaurateur clenche pour la nuit elles poursuivent leur assemblée. au soir sur la petite départementale à catadioptres qu'on apprend à apprivoiser depuis deux jours. on m'arrête pour un alcootest. c'est la première fois. je souffle une dizaine de secondes jusqu'à ce que le signal s'évanouisse. je ne connaîtrai pas mon taux mais tout va bien. c'est ce que me dit l'agent.

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07/11/09

06/11/09

Onival











avant de mettre le contact P. me dit d'attendre. elle replie et déplie sa carte Gr. comme un grand drap et parfois il n'y a plus que la carte avec de petites mains aux extrémités. au Crotoy pour le marché. le beffroi. les tourelles. maisons basses. briques rouges. au Crotoy j'achète le Courrier Picard. arrêt en bord de route. dans une mare une cigogne. elle pêche. peu farouche au photographe qui la mitraille. au Parc du Marquenterre. la mer rentrée dans la terre. parc artificiel. on a ensablé les marais. déjà les moines du XIIè avaient poldérisé. on a planté des pins. aux racines les dunes fixées. en haut les héronnières abandonnées à l'hiver. ici on a fait commerce de tulipes. puis les Pays-bas raflant tout le marché on s'est reconverti au profit des oiseaux. c'est la fin de la période de migration des passereaux insectivores et des limicoles. arrivés de l'Europe du Nord on peut voir des canards souchet pilet siffleur et sarcelle d'hiver. mais aussi vu une vingtaine de spatules blanches hollandaises deux oies cendrées norvégiennes quelques avocettes allemandes une bernache nonnette entourée de tadornes de belon des vanneaux huppés une grande aigrette des fuligules morillon et milouin des chevaliers gambette des barges à queue noire. conduite jusqu'à Cayeux qui est la ville du caillou. et repoussante son usine à gravier. à savoir avec les galets bleus on va jusqu'à façonner des prothèses dentaires. on croirait la digue une salve de béton crachée par l'usine. et tous les trente mètres elle a ses jetées pleine mer. côté constructions aucune unité. malheur de ces empilements d'époques ou disons plutôt tout ce qui a lieu avant la loi sur le littoral et qui camoufle les maisons patriciennes mal-entretenues. même triste constat pour Onival qui est la bourgade d'après que je proposerais volontiers comme sujet au photographe Gabriello Basilico. je rectifie. il a dû déjà y passer. certains de ses bords de mer me rappellent ces villes trempées d'amertume. du reste villes en sursis. construites sur des falaises calcaires qui s'effondrent au fur et à mesure. au soir lu La chambre des cartes d'Olivier Rolin. en référence au Rivage des Syrtes de Julien Gracq. une description juste de nos magasins rue Richelieu. sous la ligne de flottaison. je ne vois pas qu'on ne soit pas effectivement embarqué dans un navire et comme dans tout navire qui se respecte il y a une chambre secrète où on étudie son chemin sur les cartes. et le matelot Rolin avance d'une carte l'autre. pose ses points de triangulation. cap sur Lapérouse Jules Verne Tchekov. mais aussi cap sur Claude Simon. et nous voici donc avec les deux grands.

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06/11/09

05/11/09 nuit

Route blanche











on s'en va. ce qui est compliqué c'est sortir de l'agglomération. ou disons la masse des villes agglomérées. sur le périph intérieur vu d'affilée six voitures de police banalisées. sur le périph intérieur lu accident à 5200 m (ce sera Porte de Clignancourt). sur le périph intérieur il y a ces derniers noms de ville. est-ce que c'est tout ce qui nous reste? RENOVA. REPMO. HYGIENA. KOREAN AIR. LUMINANCE. SKYTEAM. on continue sur l'A1 jusqu'à Goussainville. là-bas on lit un ultime panneau enlèvement d'épaves gratuit. longé les champs d'aviation. ensuite l'A104 puis l'A16 qui est une 2 voies parfaitement vide avec brume et couleurs automnales. vu aucun panneaux de limitation 130. ou alors vraiment bien loupés. lu inscription autouroute Votre vie vaut-elle un appel? P. commence à déplier une carte Gr pour mieux la replier. à 13h30 passé Amiens dont on ne verra qu'un champs de pylônes sur la droite. P. est toujours avec ses plis et déplis et replis. sur une aire de pique-nique. un type me salue de la tête. de même. quand il reprend sa camionnette il se retourne à nouveau vers moi pour un dernier salut fraternel comme on en a entre inconnus se croisant sur des aires d'autoroute. je bouge de nouveau la tête. plus loin vu des éoliennes parfaitement immobiles. pensée de route à quoi ça ressemblerait un cimetière d'éoliennes?. passé sur une série de viaducs. à Abbeville à 14h14. quel nom au passage! 14h40 à La Maison des Oiseaux. ce n'est pas un observatoire seulement un musée et un point de réservation pour des randonnées en Baie de Somme. on décide de commencer seuls sans plus d'aiguillage et c'est pas comme si on n'avait jamais vu d'oiseaux etc. on poursuit donc jusqu'à la Pointe du Hourdel. sur la Route blanche. à côté du phare un marchand de cartes postales qui va faire notre bonheur. P. jette son dévolu sur un ensemble de cartes de St Malo avant-guerre. dont certaines d'avant 1903 puisqu'à partir de 1904 on passe de 3 lignes pleine page à quatre lignes séparées par un axe médian. pour ma part je demande le 93. je tombe ébahi sur une image de Montfermeil d'entre-deux-guerre. un villageois portant béret et valise descend une route de campagne. la rue de Coubron serpentant vers des bosquets lointains. exceptés les poteaux télégraphiques un portail et les bandeaux délimitant les trottoirs il n'y a pas trace de ville. au dos on peut lire Bons baisers et Souvenirs du plus joli pays où je vais en tournée de visites Marthe -. c'est envoyé à Monsieur et Madame Toussaint. aussi j'achète une image de Bagnolet. quatre petites vignettes représentant la Cité de Malassis. au centre est le nom de ville. des couleurs d'estampes japonaises pour le ciel. étrange de voir ces réalisations de masse comme en premier plan touristique. réjouissances de vivre ici? donc à la Pointe du Hourdel on vient faire le pèlerinage des phoques. c'est la plus grande colonie. et avertissement le phoque est une espèce protégée : sa capture, son transport (vivant ou mort) sont strictement réservés aux personnes compétentes autorisées à intervenir par le ministère de l'écologie -. on est d'accord. pendant que P. continue de chiner je retrousse mon pantalon et traverse à marée basse les dépressions gorgées d'eau qu'ici on appelle des bâches. paysage lunaire. comme j'ai une paire de jumelles à faible grossissement je sympathise avec un couple de passionnés qui acceptent sans plus de manières de partager leur octolyth (marque allemande) et je peux voir une colonie de huîtriers pie des tadornes de belon des cormorans et les veaux marins jaunes ou gris endormis sur la slikke. P. me téléphone. le mascaret. photographié un monomoteur qui exécutait une oreille juste au-dessus. puis je me dépêche de retrouver la terre ferme. en soirée toujours sur ce cordon dunaire on croise un guetteur. il vérifie que personne n'a été pris de court par la marée. ça pardonne pas. en direction de notre pigeonnier de repos. j'amorce un demi-tour pour me garer en marche arrière. la roue avant droite plonge dans une ornière tout ce qu'il y a de plus fourbe. on sort. la roue arrière gauche est relevée à 50 cm du sol. celle opposée bien embourbée. je mets les warnings. je coupe le moteur. on est en plein virage d'une départementale. il n'y a pas de réverbère. la véhicule mord à peine la chaussée. me trouve idiot devant la machine en équilibre. coup sur coup deux voitures s'arrêtent. des gars du coin. vous voulez un coup de main? volontiers. l'un soulève l'avant-train et l'autre pousse cette foutue traction avant. j'enlève le frein à main. je remets le contact. on s'en tire avec le pare-chocs avant légèrement déboîté. plus tard avec une lampe torche je m'improvise mécano tout allongé sous la caisse. moi qui n'y connais parfaitement rien en mécanique je me retrouve à rembrancher des fils qui pendaient dangereusement. pendant tout ce temps à peine fait attention qu'il y avait une vache à trois mètres de là. à peine émue par nos mouvements et souffles blancs dans la nuit.

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05/11/09 nuit

04/11/09

Chanson de Dewey











rendez-vous à l'hôtel. on joue ce soir. est-ce que Dewey est là? Joe, tu sais bien, Dewey. prends moi un caddy. ça s'est passé comme tu veux hier? eh! où t'étais? je t'ai pas engagé pour un set toutes les pleines lunes quand elles tombent un jour dans le mois où c'est suffisamment dégagé dehors pour les voir. je t'ai pas engagé pour que tu me poses des questions quand elles te viennent à côté de moi. ça s'est passé comme tu veux? ça va. je dois bouger ailleurs maintenant tu sais. plaisante pas avec ça. ça plaisante pas ce soir. sur la scène ils jouent. on joue. puis l'avion. tu connais. t'as intérêt d'être là. je me fous pas mal de tes histoires. et sois là pour la balance. ça te suffit là? est-ce que quelqu'un a vu Dewey? ils n'attendent pas de la moitié de musique. un passe-temps pour eux comme les autres je sais pas pour nous on est là on joue on plaisante pas est-ce que j'ai l'air. je fixe un point loin devant dans le public. je joue le ventre dedans et je m'y tiens tout le temps qu'il faut. vous me suivez et tout se passera bien. le reste tu connais. tes histoires j'en ai rien à foutre. Dewey dit tout le temps que le temps c'est de la musique. pas de ration. bon. va te mettre contre un mur et cogiter ça le total de deux minutes pour voir. maintenant va me chercher un caddy. je dois ménager cette jambe. je fournis la musique ce soir. fais ton job évite de trop lui tourner autour et tout ira bien. est-ce que quelqu'un peux me dire où est Dewey? y'en a qu'un. Joe, tu sais bien, Dewey. on va pas remettre ça. maintenant tu vas la fermer. on voyage tout ce temps. on a suffisamment à faire ensemble pour que tu ne la ramènes pas toi seul. et tiens ça pour dit. je fournis la musique ce soir. ils attendent pas de la demi-musique pour passer le temps eux je sais pas nous on plaisante pas. tu prends ton son. je prends mon son. je veux rien savoir. tu les retournes. à la renverse j'ai l'air de m'amuser de dire ça. je m'occupe du reste. vous me suivez et t'inquiète je surveille l'heure ce soir t'es dans l'avion comme tout le monde ici présent ce soir tu remets un pied dans ta ville et tes problèmes je te les laisse à l'aéroport. je veux juste que ça sonne. le reste. tu connais. lui tourne pas trop autour. comme s'il avait quelque chose à te filer en plus de ce qu'il te donne. tiens ça pour dit. il est remonté ce soir Joe c'est pas la peine de commencer d'essayer de lui causer. tu joues. et il nous ramène. c'est réglo. tout le monde ici présent. t'as entendu? content de te revoir. la ferme! le public il te cherche. avant que tu mettes un pied sur l'estrade il surveille ton entrée. tu entres. il te dévisage jusqu'à la respiration. le public il vient un peu pour te fixer toi et ta dégaine parfois avant ta musique et ta musique quand ça vaut quelque chose après la dégaine mais la musique seule ouais ça peut aussi arriver. le reste tu te le gardes dans un coin de tête et pourvu que ça ne t'envahisse pas de trop. Joe te dit que t'as pas de ventre. tu le renverses. c'est bon tout le monde a bien enregistré. pas de ration. je vous ai pas promis une chambre avec de l'espace pour étendre ses jambes entre le lit et le mur ou la fenêtre pour ceux qui aiment bien regarder de quoi c'est fait dehors pendant leurs gammes qui descendent et puis remontent et aussi je vous ai pas promis un garde-manger et même l'autorisation de piocher dedans? Joe il a toujours ce qu'il faut pour toi tu peux dire ce que tu veux et amasser autant d'amertume qu'il t'en inspire tu peux pas éviter qu'au dedans ce type c'est une crème ouais une crème. on sait tous son problème avec Dewey. je sais pas qui sait au juste ce type si c'est Dewey ou un autre mais je sais que ça le travaille jour et nuit ça le ronge et parfois j'aimerais pas être à sa place en train de passer d'une chambre à l'autre dans ses tenues de ville avec ce pas d'insomniaque que quand je le croise dans cet état ça me fout les pétoches il pourrait démolir tout un mur et ne rien sentir et pourtant il a l'air de tout sentir et de ne rien dire tout garder pour soi comme s'il faisait des rondes pour surveiller son garde-manger et que nous on attendait autour et qu'on avait rien à dire qu'attendre un de ses gestes quand il est descendu dans ce silence. fais ce qu'il te dit. rentre ton ventre. et fais pas attention à ce qu'il te dit. je peux pas le suivre plus que toi. mais je le suis. ça va je peux le pousser ce caddy. quelqu'un a vu Dewey?

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04/11/09

03/11/09

trois mots











j'aligne difficilement trois mots. ça ne va. ne va pas. va pas bien. j'ai chaud. dans la ville. pardon peux plus. est-ce réel. préfère ne pas. préférer ne pas. souhait de se tenir loin, à l'écart où on ne voit pas que trois mots d'affilée, et pas plus, et plus rien, ne suffisent pas à dire sa position dans le monde.

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03/11/09

02/11/09










mouvement de foule. ça se dégage. maintenant je peux voir l'autre quai. des femmes sont sur les voies. vêtements amples ceinture par-dessus un bon décimètre cuir bras dégagés col rond. elles récupèrent un lot important d'enveloppes blanches qu'on a déposées ici avec les Pages jaunes. je vais pour leur faire signe, mais je m'arrête, considérant qu'elles savent très bien ce qu'elles font et qu'il ne faut pas les distraire dans leur action.

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02/11/09

01/11/09










à pas d'heure, 1er novembre, tension sans relâche, et ce seuil qu'on ne voit pas, mais passé dans une sphère d'apaisement, idiot jusqu'ici j'attendais dans le désastre, mais jamais ne l'aurais noté, il reste 4 heures de sommeil, j'ouvre machinalement la radio.

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01/11/09