D901 direction Tocqueville. au premier rond-point passé la pancarte Cherbourg, on prend la première à droite -
Cité de la mer. on longe la très vieille rade artificielle, l'arsenal, le centre avec son bassin rempli et ses complications à circuler autour, vue sur les hauteurs stratégiques, puis la cathédrale, des hôtels-restaurants, à nouveau la rade. plus loin du côté d'Equeurdreville, et on peut bien dire Cherbourg-Equeurdreville comme on dit maintenant Cherbourg-Octeville, les villes sont des miroirs, on s'y perd, ville dans la ville, du reste je vois passer l'affiche d'une exposition intitulée
Cover, de la photographe
Lynne Cohen. nous voilà sur la Route des Caps. arrêt à Landemer. le panorama. promenade sur la servitude côtière qui reprend le chemin des douaniers. notre duo jusqu'à la pointe de
Goury, son phare, son
sémaphore. je scrute l'horizon et tout d'un coup je les vois, vérifie plusieurs fois dans le verre grossissant des jumelles, mais ce sont bien là des Fous de Bassan, vol plus ample que celui des goélands, moins juvénile que celui des sternes ou des mouettes, alignement scrupuleux l'un derrière l'autre. on en verra à de nombreuses reprises qui au large migrent en direction des
îles Anglo-normandes. de là sur la baie d'
Ecalgrain. baignade dans la anse. autour, les falaises accores. on va les gravir à notre rythme de citadins. notre équipée jusqu'au Nez de Jobourg. l'endroit est somptueux, plus embellie. on voit les oiseaux en nombre sur les
affleurements granitiques. les cormorans en position crucifix sur leurs écueils. il paraît qu'ici on peut voir des Pétrels. à savoir, à cette pointe extrême on ne capte plus que le réseau anglais. le soleil et la mer. mais nous devons repartir et la route va nous offrir une déconvenue de taille. une déculottée. on ne peut pas passer dans le coin sans en entendre mots.
COGEMA. La Hague. l'usine de traitement des déchets nucléaires. ici on enfouit, et ici on passe avec cette impression d'avoir remonter tous les âges de la création jusqu'à ça, l'avant-goût amer de son terme. on a choisi l'un des plus beaux sites naturels pour implanter ce pire monstre à la beauté repoussante et où tout peut arriver. autre symptôme, tout d'un coup des nœuds d'autoroute à foncer les uns sur les autres, comme au sortir de Paris, prenez n'importe quelle Porte. dans la nuit retour par la D901. Cherbourg une deuxième fois sans arrêt mais au centre vide, et ces feux de signalisation qui vibrent sur le noir de l'eau. Tourlaville en ligne droite. jusqu'à Tocqueville. les éclats blancs du phare de Gatteville. notre pigeonnier. au soir lu Jean Rolin et son
Cherbourg-est/Cherbourg-ouest (plus photographie de Lewis Baltz en couverture). la phrase
parcellaire suit un tracé précis, la voie ferrée Caen-Cherbourg, mais à la lecture cette magie d'entrer dans la ville par cercles concentriques. c'est un décor, on peut y aller, vérifier sur place avec la carte
Blay-Foldex que mentionne l'écrivain, est-ce qu'il s'en sert pour son texte, est-ce qu'il a mis les pieds à Cherbourg, vu les toitures plates et conchiées des volatiles adeptes des zones portuaires, la réponse est évidente, tout se passe dans l'écriture, et ici on campe un conflit armé, dévastateur, fin de siècle, avec navires battant pavillon du Koweït, contingents mélangés des Nations unies, contrôle du fort du Roule par les milices de l'est (on retrouve nos hauteurs stratégiques, les milices de l'ouest montées quant à elles au parc de la Fauconnerie), et la ville brute, et les ruines d'immeubles éventrés, et la récurrence du centre commercial Continent,
effondré sur lui-même.
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05/09/09 nuit