07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




01/03/09 nuit

prêt aux pires images - sans arrêt - à laver sa tête - dans le procès - dans le lac - dedans le jeûne - à exprimer le manque - les parois à afficher le commencement - qui se retire - le paysage incrusté - le store à monter descendre - l'irrespirable du poisson asphyxié que le chien prend avec lui - balance et va reprendre - et relâche.

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01/03/09 nuit

28/02/09

je sors de l'eau - la tête dans l'épuisette - ensuite à la cueillette - à cadrer au chantier - des maisons-de-ville - trois fois les mêmes vues - fois trois - cadrer au travers des fenêtres - les quatre pans ouverts - à suivre les jeux de miroir du boîtier - avancer l'œil dedans rivé - l'ouïe immergée - dedans le paysage.

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28/02/09

27/02/09 nuit

Le rouleau sur la plaque


journée Strasbourg - à noter dans le train - le mot - se reprocher ne pas être - assez - la journée sur les genoux - où plus rien ne s'entame - la nausée du train dans la gorge - au soir avec ses chiffons - assez engoule-vue - laisse les manques investir le champ - encrer le 100% coton - tu dis l'engoule-vue à ravaler.

espaces violets du Train-Est-Européen. les nouveaux TGV tapissés violet.

petites chapelles de deux fois quatre places. espaces dit zen. chapelles de recueillement face au paysage.

costumes violet-sombre - commande du grand couturier.

à droite - une personne - seule - unique voisin sur les huit places - et lecteur - le titre de son livre - Un lieu incertain - sinon homme silencieux.

deux hublots allongés l'un au-dessus de l'autre avec au bas de chacun écrit - estampille à décrypter de l'envers à l'endroit : FEUILLETE DV.

des rails et entretoises - de la longueur approximative d'un wagon - tu dis - empilés sur une hauteur approximativement égale à celle d'un train.

hublot du haut les cimes les pinèdes les trilles de la forêt hublot du bas la terre l'humus la mousse de l'avant-printemps.

sous un tunnel le livre aux pages extra-blanc est éclairé plus fortement par la veilleuse placée au-dessus de l'accoudoir à hauteur des yeux - loupiote extra-blanc d'une surface équivalente à celle d'un œil.

hublot du haut les cimes noires suivent la courbe d'une colline hublot du bas un canal une ligne d'eau des pointillés blancs une voiture qui semble davantage peiner à avancer qu'un homme qui sort d'un garage tout en pivotant sur lui-même pour le refermer.

le lecteur est à la page 66. P. dort une bonne partie du trajet.

me déplaçant jusqu'au WC chimique ai touché une poignet désagréablement humectée revenant à ma place ai vu des Écrits de Roland Barthes - Éditions Points - positionnés sur une tablette.

sur l'autoroute - un camion de marchandises avec l'image - très imposante - d'une blonde allongée - nue - la tête posée sur le plat d'une main - très délicate - aux phalanges - ongles - ciselées - effilées - alors que sur la gauche on peut voir les collines callipyges - même volume que la tête - tête et fesses étant sur un même plan.

dans la ville - retourne dans cette librairie de vieux livres où j'avais vu il y a deux semaines - La Route - Julien Gracq - en grand format-coffret luxe - avec gaufré en bas Jean Solombre - c'est un aquafortiste - collaboration de 1981 en dehors de chez Corti - prêt à me ruiner - mais c'est exceptionnellement fermé - la photo suffira.

au palais Rohan. on profite de l'heure du repas. la peinture est meilleure dans le silence - et la solitude.

un buste d'ange de Filippino Lippi.

et puis la Mater Dolorosa - toujours - entre 1590 et 1600 - huile sur toile - don de Charles Robinson en 1893 (inv. n°276) - il y a un banc au centre de la salle carrée (peut-être une ancienne bibliothèque) - on est devant le tableau - comme Carlotta Valdes.

la Mater est entourée de deux Tintoret - dont une descente du Christ - tableau alors vibratile - Mater irradiante à l'orée du Christ détaché.

l'œil vitreux - de Don Bernardo de Irlarte - vice-protecteur de l'Académie royale des trois nobles arts - que Goya a fait - à ce grand commandeur.

en rebroussant chemin trois salles nous sont ouvertes - dont un cabinet d'études avec des tableaux - à la Fragonard. dans la troisième salle des Tiepolo et une vue de Venise de Canaletto - huile sur cuivre achetée en 1987 et pérennisé en 2005 - en accord avec les héritiers légitimes.

la mère de douleur - la pietà - éloignée de son Christ détaché - ne nous regarde pas. elle a son regard porté derrière notre épaule droite. mais une fois assis - sur le banc au milieu de la salle carrée - donc éloignés de sept mètres environ - elle nous toise autrement. si maintenant on s'amuse à se relever - et avancer droit au tableau - on s'arrêtera à peu près à deux mètres - pas moins - comme si une force de retenue - une digue - nous empêchait d'approcher davantage.

à l'espace-caisse du musée il y a un mur de cartes postales. je vois la Melancholia. elle se trouve au Cabinet d'estampes. j'y suis. je demande à l'accueil. une grâce m'est faite - en temps normal il faut réserver sa venue. quand j'arrive elle est déjà sur la table. je n'ai qu'à soulevé le voile de soie qui la protège. je remplis une fiche. profession photographe. sujet de recherches curiosités. le tout durera trois minutes. je ne dérange pas plus l'aimable conservateur - qui était en plein chantier.

voir Strasbourg sans voir le Rhin. non de non. tram jusqu'à Aristide Briand. continue à pied - direction Pont de l'Europe. la route piétonne - sans piétons sauf celle ou celui qui ira travailler dans une des deux stations-service - ingrate - mangée par le trafic - irrespirable - enjambe le bassin Vauban - laisse sur la droite les Magasins Vauban (sorte de Magasins Généraux) - la zone portuaire Nord sur la gauche - un hôtel F1 - un chantier TGV-EST - relèvement de la vitesse de la ligne Strasbourg Kehl - élargissement du pont-rail RN4 - délaisse le mouvement routier qui va passer la frontière - descend vers le Jardin des deux rives. on voit la passerelle d'accès à Kehl. mis quatre doigts dans le Rhin.

dans un salon de thé - très British - tentures - assiettes fleuries - espace pète-sec - charmant - immobiles sur nos chaises - proposition de madeleines parfumées à la fleur d'oranger d'Egypte s'il vous plaît napage chocolat madeleines pistache cannelle madeleines lavande pépites de violette - cake à la rose glacé vanille - pourquoi pas - on sort et les harmoniques de la cathédrale ponctuent la promenade nocturne.

retour. le train en provenance de Paris est annoncé avec trente minutes de retard - on repartira avec 27 minutes de retard - dans ce même train - marcherai donc rue d'Alsace aux environs de minuit. P. passe une partie du voyage - une bonne heure - à parler avec l'unique contrôleur. il s'intéresse à la musique classique. il a été invité à une répétition d'orchestre philharmonique. il raconte les abus des collègues dans leur course à l'amende.

m'approchant de la baie vitrée je vois grandir mon image ma tête mes épaules mon écharpe mon polaire Objets bientôt à demi effacés par ma main et un parallélépipède de papiers imprimés tenu par l'autre main les deux mains collées à la vitre N'effaçant pas tout à fait ma tête englobant par moments le noir du dehors dans lequel parfois il y a un point rouge parfois un point blanc Vu un archipel de points rouges comme des amas stellaires Archipel bientôt englouti par le noir ambiant pesant sans espoir de changement Que du noir Voyant aussi ma main ma peau et le fond vitreux gris-blanc de mon œil noir trouant l'écran où la barre grise d'un mur de béton coupe le champ des ténèbres l'étendue hadale.

on retrouve le système arachnéen des loupiotes jaune-orangé de la nuit banlieusarde du Nord-Est de Paris. j'aperçois des lumières plus haut perchées - ce sont des lampadaires disséminés proche de notre ligne - donc vus au-dessus des toiles filées jaunes - lumières extra-jaune - au rayonnement embué - avec un noyau-signal où toute la source lumineuse est condensée - avant d'exploser en un halo surpuissant - la source étant tout d'abord enrobée d'une orbe - plutôt une frange noire - comme s'il existait - en tout cas cela était bien visible - une zone de rayonnement noir - insubmersible par la lumière - entre le noyau-contenant et le halo-éclatant.

déchiffre le panneau à quai BONDY.

cela fait une semaine que la gare de Magenta (Paris Nord) n'est pas nettoyée. ce qui saute aux yeux ce n'est pas les détritus pullulant - mais les marques noires sur le marbre veiné - comme si on avait révélé la nébuleuse des pas - à la manière de ces traces de chewing-gum - ronds de résine noircis par les semelles du temps (combien de passage de rouleau sur la plaque - incrustée - attaquée) - morsures ici multipliées à outrance - étalées.

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27/02/09 nuit

Canaletto


Giovanni Antonio Canal dit Canaletto
Vue de la Salute depuis l'entrée du Grand Canal, 1726-28
Huile sur cuivre, Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

26/02/09 nuit

flottante - la tête en son puits - sans l'horloge - tu dis elle n'a plus l'horloge - la boussole interne - dissoute - le mécanisme imprégné d'eau - gonflé jusqu'aux parois où les algues sèchent - finissent le travail du temps - où remue du blanc - le gris des mèches fossilisées - tu vois le bouchon flottant - la jauge à sec.

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26/02/09 nuit

25/02/09

vide - l'intolérable - tu dis les membres dans leur retombée - le corps boursouflé - la tête marronnée - dans le puits - qui remonte - des mèches aux parois - comme la note perdue - irrécupérable - mais s'il faut puiser la tête - descendre les parois - épouser la sphère - des rondelles où il y a la mousse et l'algue - les micro-fissures.

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25/02/09

24/02/09

temps à cadrer sans méthode - à engager la conversation avec les muets - les architectures passagères - mais qui câblent - tirent les lignes opposées - des toitures obliques - qui saillent - des chambranles - des branches - des blocs-béton - des corps restreints à une laverie - un commerce asphyxiant - des têtes casquées - des matériaux intraitables - des bolides contondants - des pelleteuses sur chenilles - des immeubles et des décors à proximité des chemins de fer - des piétons surtout - dans leurs multiples déterminations - et ceux qui sont arrêtés - du côté des choses muettes - parfois répétant le même pas d'avant en arrière - quelque part proscrits du territoire - là où ils sont - tournant sur l'élément de base - le mouvement le plus simple - le plus oublié aussi il y a rupture - ils sont à rejoindre les parties de nous qu'on ignore - dans un combat sans noms - chaos sans mesures - que des étaux aux serre-joints toujours plus restrictifs - ce qu'on a de plus simple - de plus oublié.

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24/02/09

23/02/09

insomnie. 3H02. ça n'est pas le vin de la partie entre amis, ni la route des alentours de minuit, mais, je le sens, ce sont les contrariétés internes, beaucoup trop fortes, aux aiguillons bien plantés, d'une vie abâtardie, qui me refusent même le cauchemar, toute lassitude qui ne devrait pas être liée à mon âge.

jusqu'à 4 H et plus, dans ces draps qui sentent le poisson asphyxié.


je regardais qu'il y avait un homme, très lent, par la fenêtre, il allait, ensuite il est passé derrière un tronc, lorsqu'il est réapparu une autre vieille était en sens inverse et je regardais qu'elle avait un chien en laisse, tout petit, qui voulait sentir le tronc, et aussi qu'elle lui tirait le cou, la boule de poils se déplaçant les quatre pattes au sol.


dans la paroi la tête calciné - du chien - lorsque tu mets le doigt - il y a un écorché - et quand le doigt s'enfonce - ou tapisse en négatif - c'est un poisson fumé - une vieille histoire.


lundi pluvieux. sur le périph à 12H01. ça bloque sévère devant les Mercuriales. le centre commercial AUCHAN possède 2000 places de parking (avec 2H30 de stationnement gratuit). j'observe que le plan d'occupation des sols n'a pas été respecté, car si, par un quelconque sort jeté sur ces tours, l'une d'elles était amenée à chuter, elle massicoterait immanquablement notre route. pousse-pousse jusqu'à la porte d'Ivry (où sont les fumées de SYCTOM). à force de fixer les feux-arrière-rouges, je vois sur le pare-brise-avant comme des ponctuations sanguines que l'on aurait appliquées sur une très vieille paroi. ça se désengorge. la majorité des voitures sortent sur l'A6a (quand le périph passe en Val de Marne). il y a un camion avec écrit dessus TRANSPORTS ABRAHAM. puis à nouveau ralentissement à porte d'Orléans. on laisse passer une ambulance. à porte de Châtillon on annonce l'accident à 1000m - les autocars étant priés de sortir porte de la Plaine. on voit un poids lourd sur la bande d'arrêt d'urgence. à sa droite une citroën grise a son avant broyé, et son arrière embroché par le transporteur (les deux roues en lévitation). derrière les glissières de sécurité il y a deux têtes dont le cou semble s'étirer vers les automobilistes, à défaut de pouvoir bouger quoi que ce soit d'autre. il est 13H05 à porte de Sèvres, mais la fluidité est enfin annoncée. en passant la Seine, je peux voir d'une part la Tour aux Figures de Dubuffet (sur son île Saint-Germain), d'autre part la tour-suppositoire de TF1. à partir de porte de Saint-Ouen j'ai dans mon axe la tour Olympe, Aubervilliers, anciennement tour DAEWOO. sortie à 13H17 porte de la Villette, soit 12 minutes pour faire la moitié Ouest du périph. je me perds avenue de Flandre, Paris 19è. en passant par les Buttes je rejoins la porte de Pantin. j'arrive aux Quatre-Chemins. je prends l'avenue Edouard Vaillant.

marche un peu - une heure et demie - Ourcq - les Grands Moulins - deux vues au Blad rue du Général Compans - murs lézardés de la blanchisserie Elis - puis rue du Débarcadère - rue de la Clôture - La Villette - jusqu'au conservatoire de musique - retour fin de journée - le mal de crâne commence - c'est d'écouter trop de musique - ou c'est d'écouter trop la même musique - regarder trop de béton que l'on coule - sauter trop de repas - ou marcher à rebours des contrariétés - et des insomnies.
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23/02/09

22/02/09

images déployées - sur le parcours où on se déleste - du cheval noir - retour au château - des images inférieures et très actives - des rues et des trains et de ce qu'il y a en chemin - des faces - des façades - de la notation des annonces immobilières - à la salle d'attente du musée - au studiolo des cadavres et peintures magiques - marches - perrons - rue de - train HISI - grève du personnel de nettoyage en gare de - poubelles arrachées - détritus dans la gare souterraine - seeting - et les ascenseurs et les escalators - continuent sur le cheval qui descend - dans la zone numéro 3 - des maisons phénix - des lotissements A1 - à B14 - lots pour les T.V. armoire - les blocs où se délester les cavaleries d'images - chaque parpaing chaque lieu - surface habitable - surface occupée par les images - les planes - le cheval qui descend du tableau muséal - les manteaux - les habits du personnel - les couleurs du jokey - les crépis - les énigmes de peinture - dans la descendante - où ils sont - déployant les collections - de ce que tu as vu - les routes - les voitures - les hôtels d'autoroute - les avancées du chantier de rénovation des ZUS - les arrêtés consultables en mairie - les sûretés préfectorales - plans d'aménagement d'intérieur - devis de décothèque des maisons phénix - plans-masse - plans pour jardin avec arbres à tiges longues - haies et autorisation de hauteur de haie - chambardement du chantier des maisons phénix - maisons phénix vues depuis l'A3 - avec vue sur A3 - depuis le RER - le dirigeable - dans la descendante de l'avenue Gabriel Péri - ROSNY - NOISY - dans les élongations - des après-midis en boucle - à chasser les contrariétés - les grandes insomnies - insulaires des nuits à regarder le mur - à chercher le point - où ils sont - sous l'ombre des malls - la patte sombre des installations supermarchandes - le primat des bruits autoroutiers - le mur physique avec bandeau et trait filé bleu des mises à niveau - les tranchées à canalisation - les canalisations en dehors - les tasseaux - groupés - qui sortent de terre comme les voyelles de la bouche du collage photographique - muséal - les annonces faites à la population - qui ne sort pas - les volets - les claquemurés - les travaux d'embellissement - les travaux d'amoindrissement - les déblaiements - les camouflages - les assainissements - les peinturlurés - les images déployées - en train - dans la voiture d'une semaine à conduire dans le vide de conduire - à ruiner son huile - et son prix - à parvenir - dans les joutes des autoroutes - les forcings - les conduites sans les phares - les lignes blanches - à mordre - les glissières à glisser - se méprendre - à s'enfourcher - non pas des images - des éraflures de tôle - des fenêtres rampantes - des formes incertaines qui descendent - dans la région des maisons-fantômes - des rouges - des masses et des pissenlits derrière tes pas - qui rentrent au château - avec le cavalier noir muséal - et les troupes de la gare intermittente.

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22/02/09

21/02/09

soit dix-huit étages - de hauteur sous plafond trois mètre chacun - soit une tête de vingt-cinq centimètres - étant la norme légale fixée par l'institut physiognomomique nationale - compter une hauteur d'immeuble de deux-cent-seize têtes - et sachant une toiture raisonnablement plate - rajouter deux têtes par plancher de séparation - douze têtes pour le niveau zéro.

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21/02/09

20/02/09

l'ancienne station-service - où ils sont - deux agneaux au-dessus de la plateforme - regardent quoi - sur le mur un lucane peint finement bien léché - un mage sur un chameau - sont dans la crèche municipale - au rouge tu regardes la mante religieuse - dans le bosquet - yeux disjoints - peut bouffer ta carcasse - la plier la saliver la bouffer.

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20/02/09

19/02/09

ce qui ne sort pas - sait te titiller - à proportion que tu te déplaces ils sont là - derrière à côté titillant - devant - dans la descendante - et toi tu - marteler en plein soleil - sous les inflorescences prématurées du noisetier - les tournures vernales où il y a tout un été - voire un automne - se pôlir quelques galets de bois sur l'établi plein de mousse - plein le soleil tu descends avec - ce qui ne sort pas - à passer du temps - à dépenser le bois - suivre les orbes - contourner les noeuds de l'aggloméré - tu te mets en plein tu tâtes un peu on te titille et tu sais déjà l'automne commençant après l'été finissant - la mouche tape à la vitre - elle renvoit à ces caillots d'agglomérés ce bruit mat - bruit à mettre sur ce qui ne vient pas - ne va pas - bruit des mouches - des vibrantes - tu sors enfouir un doigt dans les trous anonymes du parpaing mousseux - un vent - un vent de terre dans l'arbre de vie - le printemps traversé par l'été - marcher à déplacer les satanés grattons qui te collent - se soulager sur une mousse - de ce qui gratte au derrière à ne pas sortir - gratte le cul - gratte le dos - gratte le dos contre un mur - mousse le - si ça sort - mousse toi sur les pics du tapis des fakirs - les aiguilles à exsuder la substance gris-blanc - ton pus - le ferment - ce bois excentrique - tu trempes la mue dans de l'eau - contre un peu de vert - de photo-synthèse - pour voir - si ça sort - allonges-en-un - ton bout - à décrire ton visage dans la ville - la ville dans ton rêve photo-générescent à dégénérescent - l'élancement de l'ombre dans le tableau - à décrire la cheminée - l'élancement de l'ombre de la cheminée - la pendule - le train - la bouche de - l'ombre de la bouche de - le sac de - le pont-pissotière - les berges de l'autre côté du chemin de fer - les pancartes unanimes - le rappel des titres - des néons - des essences - les annuelles - les bisanuelles - les mots bis de l'avenue à longer - les câbles de danger de mort - ton chien dans le collimateur - tu peux pas le virer - l'objet noir à réaliser - l'objet et-tant-pis-pour-le-reste - le rondin à déplacer avec son noeud de bois à soi - la vigueur du charpentier - le grand tuteur - du tronçonneur excentrique - à se le gratter partout et puis c'est tout - encore un arbre à l'ombre aplatie.

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19/02/09

18/02/09

de l'insistance des dates - nous ne pouvons intervenir - nous ne pouvons - pas plus - intervertir les tableaux - le grainetier est derrière qui entrepose - numérote ses pièces uniques - sur la verticale - et les fonds s'empâtent - le grainetier fait tomber la trappe à jour fixe - nous pouvons multiplier les grains sur l'horizontale afin d'émettre une forme longue - la course à la forme longue ne change rien à l'affaire - ne rien déposer ne modifie rien - le bras de fer se déplace quoiqu'il arrive - émettre des grains qui se souviennent - portent en eux une indication du retour - est une des ruses - on ne va pas tout énoncer - d'autant plus que les sols - le plancher - sont mouvants - il existe des grains à retardement d'annonce - ils sont faits pour des temps et des usages ultérieurs - ils sont rares - une vie ne suffit pas toujours - multiplier les vies est une des ruses - travailler les ressemblances - multiplier les grains rongeurs - contrer les grains longs - circonvenir les grains éphémères - sont - plusieurs tableaux - sont - une des ruses.

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18/02/09

17/02/09

tu reprends le dog à la peau fendillée comme la pierre - du monstre éraflé - sa tête à rentrer dans la paroi des Hommes-Chiens - des animaux à la crotte - aux ponctuations à la torche - au casse-tête à brandir - qui brandit la hache et le sexe en flammèche - les canines à mordre l'aurochs et le rhino.

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17/02/09

16/02/09

S.W.N.Y.O.


quelques voix. dans la chambre. suivent les échos d'un tambour. amorcent un choral. tu as le temps. cette nuit les voix sont calmes et se mêlent à nouveau aux parois. tu te lèves. tu déambules dans la pièce. temps du tambour. fonts des partitions qu'ils éveillent. où ils peuplent un silence quelque chose se rétablit. tu sais les colonnes indéchiffrables.

le tambour reprend.

tu ouvres des cartes. tu as des géographies. la peau circulaire prépare le corps du récital. de lents triglyphes saillent du côté de l'orgue. une voix humaine. une colonne d'air et dans le mur la fontaine où ils se taisent. l'univers dissipé. la navigation au petit carré à l'herbe courte. des géographes reprennent la phrase une. dans ce calme. un fond de montagne. rien d'imposant dans ce silence la mailloche peut entrer. elle entre. elle double l'écriture adossée au bahut. un nouvel arrivant garde ton encre. c'est une imbrication dans la terre. la terre a ce temps des unités. l'octave. la seconde et c'est l'intervalle. tu séjournes au chapitre des sons et des mouvements des grands arbres. grave ce chemin. elles sont au-dessus. au chevet de la ville où tu apprivoises le premier texte. au-dessus sont les tournées où le plain-chant s'est arrêté. tu dois reposer l'instrument de mesure pour accueillir l'unité du tambour. le voici traçant les piliers du déambulatoire que suivront les souffles de l'orgue où on voit Sarah. redescends le chevet et tous les sons de la forêt. quitte le cercle où l'encre repose. ils débutent dans l'herbe. tu as le temps. que le timbre de tes pas. un horizon s'offre dans la nuit. tactile. enfin intraduisible par les voix. tu sens la cire de cette encre. les granges résonnent. la petite voix continue qui va porter au val. avance plus lentement les lanières de ton pas. n'écoute plus et plus avant repousse l'écuelle pour prendre l'eau de tes mains. ils sont là tout autour. tu entres dans le tambour où elles te ramassent comme elles l'ont fait avec Sarah. ce sont des lettres qu'on te signale. on te récite toutes les essences et bulbes de tes dires. tu vois les sœurs métopes. les prédelles polyphones. les hauteurs de la pierre où ils sont. et la voix débute au bord de la rive. s'éclaircit dans le double du lit. à côté est la route de ce taire. le marteau feutré de l'aube grandissante. les versets de l'eau blanche. son col à elle.

l'aube va rendre tous les habits. connais-tu ce tissu? c'est l'apaisement du son qui te met en chemin. tu as le temps d'arriver dans cet autre tambour. le chant a été écrit sur les murs d'enceinte de la chambre-basse. dans ces murs déserts de l'aube. avant les travaux. là où se déploie l'oiseau. fugue son aile. l'orgue où point un horizon fait à plusieurs. dans ce pré. où le silence de la porteuse s'éloigne avec la pierre, l'encre brisée, et l'arabesque d'un grand luth.

Sarah Was Ninety Years Old

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16/02/09
(Arvo Pärt a écrit Sarah Was Ninety Years Old.)

15/02/09 nuit

sur le périph de 23H57 à 00H06. 9 mn de fluidité. à porte d'Italie je m'aperçois que l'aiguille touche les 100km/h. cela est dû, je ne vois rien d'autre, aux quatre mains d'Art Tatum. elles investissent tout mon équipage. son Tiger Rag, c'est 2 mn et 15 s. où toute la ville peut y passer, il n'oubliera rien. c'est un métronome plus une mélodie, du swing et du Bach, un orchestre composé de Rachmaninov et Fats Waller. à l'échelle de notre holocène, la nuit où cette musique est gravée et celle où elle se ballade sur mon tableau de bord - filant les lumières sédentaires des façades avec les routes désertées des vacanciers - sont comme l'espace qui existe entre deux planches d'un herbier sous presse.

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15/02/09 nuit

14/02/09

oscillations - sûrement une affaire de nerfs - enfouis plus bas que l'oreille - dans la descendante où tu cherches un chien il te renifle - les lobes et l'intérieur - la cochlée - balancelle d'un séjour - passé des rues - aléatoires - altérées en mauvaise rencontre - circonstances - vu - vécu - à vivre des vies à écrire sans avoir à s'y référer.

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14/02/09

13/02/09 nuit

Impermanence, réalités, et mater dolorosa


journée Strasbourg. nous partons dans ce noir de la banlieue Nord-Est de Paris où des zones pavillonnaires sont en proie au système arachnéen des lumières jaunes. puis très vite des champs de givre. ne sachant pas quoi arrêter de ces plaines où le voyage s'embrase, se diversifie trop dans la récurrence, je prends le Leica.

à 8H, 1/60 au diaph. 2.
nappes de givre délimitant un bois.
talus et routes blanches.
à 8H05, 1/125 au diaph. 2.
champs irrigués.
surimpression des horizons opposés.
à 8H08, 1/250 au diaph. 2.
crevasses aux arbres noirs.
barrages du lointain, silos, péniche, fumée sans mouvement.
à 8H16, 1/500 au diaph 2.
trois vues d'un village perché.
dunes blanches.
à 8H24, 1/500 au diaph 8 et 1/1000 au diaph 5,6.
des autoroutes, du gui, des pylônes, des branches cristallisées.
deux phares sur une départementale.

clocher, lac gelé, une remorque avec marqué dessus S.T.S.
ferme, étendoir, steppe blanche, lasso électrique.
clairière, fosse, pin noir, falourdes en bataille, wagons à capote.

est-ce que la photographie capte ces surimpressions qui apparaissent aux vitres du train pendulaire?

nous avons vu tous les ciels, entre 6H54 et 8H54.

maisons-gare à l'abandon.
cheminée rouge.
hangar en tôle.
toits pentus maisons colorées.
la terre forte.
dans la machination des heures du petit matin.
des charpentiers.
des wagons de céréales.

de suite dans la cathédrale rose à une flèche. 0,20 cts pour éclairer le Mont des Oliviers.

devant l'horloge astronomique, apparemment un incontournable puisque des - shows - sont organisés aux heures stratégiques, comme midi, ce qui nécessite une entrée momentanément payante. donc sur cette horloge je note l'expression - TEMPS APPARENT -.

puis un thé à infusion lente (2x3mn), dans la Petite France.

de là au Winstub - le Pigeon - que l'on trouvera au bout de la rue du fossé des Tanneurs. tarte à la choucroute - civet fumé - apfelstrudel - côte du Rhône - pain.

à 13H45, j'accompagne P. à l'UDS. on déplore l'architecture temporaire du campus. ça se dégrade en dix ans. on se retrouvera à 17H30.

pendant ce laps de temps, au Musée d'Archéologie, pour l'exposition des - Rites de la mort en Alsace de la préhistoire à nos jours -. deux salles bâclées comme si c'était un rendu de projet d'étudiants en école préparatoire d'architecture ou de design pré-mortem à 15000 euros l'année trois fois sans frais non accepté.
cependant, un enfant qui meurt baptisé est assimilé à un ange; mais l'autre, le réprouvé, est inhumé en terre non consacrées, le soir, près du mur de clôture du cimetière. et en 1776, un édit royal interdit le choix d'une sépulture dans une église ou un couvent, renvoyant ainsi les cimetières à la périphérie, pour un culte plus individualisé, offert à tous, en son âme.
quand on a les moyens de faire autre chose que du glauque en copié-collé, c'est si décevant qu'on va se rattraper deux étages supérieurs avec les collections permanentes du Musée des Beaux-arts :

Mater Dolorosa, du Greco ( don de Charles Robinsson en 1893 (inv. n°276)
L'évanouissement de la vierge pendant le transport du Christ au tombeau, de Lotto
Une tour de Babel, attribuée à un certain Martin van Valckenbough
La descente de Croix, du Tintoret (inv. n°290)
Loth et ses filles, en train de l'enivrer devant la ville en feu
Musiciens et soldats, de Valentin de Boulogne
Le cardon rose, de Juan Sanchez-Cotan
Une vanité flamande, avec des papiers froissés évoquant la fragilité du savoir
Un singe peignant, d'un anonyme du XVIIIè
Un portrait, de Greuze
Deux petites vieilles se souriant, l'une montrant l'inscription - Connais toi toi-même - figurant sur un tableau du XVIIè
Portrait de Don Bernardo de Irlarte, de Goya, 1797, matière jaune et blanche sur le dossier en soie, matière paysagère sur le bas du gilet
Une esquisse de paysage au brou de noix, de Théodore Rousseau
Trois Corot, dont une vue romaine d'Orléans, les quatre bards tranchants d'un 24x36 ne faisant pas mieux
Une marine de Boudin, huile sur carton
Deux Georges Michel (Paris 1763-1843), L'orage, Paysage avec moulins à vent
Un Courbet, La vallée de la Loue par ciel d'orage
Un homme avec long manteau noir fripé gris, tournant dans ces appartements de peinture occidentale du palais Rohan, sans but affiché, très connaisseur dans sa démarche d'artiste-collectionneur, très faux-semblant. pour ruser qui, ces manières?
Un Véronèse, vers 1580, acquis en 1912 (inv. n°634)

à l'exposition temporaire - Réalités d'un monde -, rez-de-chaussée du palais. accrochage XIXè de peintures flamandes et hollandaises sur murs vert-soutenu. les peintures ne sont pas étiquetées. on nous donne un dépliant, comme à Drouot. une seconde salle, circulaire, est intitulée - IMPERMANENCE DES MONDES - où il y a, dans l'ordre d'apparition si on suit le parcours en ligne courbe, lovée vers l'extérieur tel un nombre d'or :

Portrait d'un savant
Tête de vieillard
Insectes
Le déjeuner au jambonneau
Vanités
Vanité
Scènes de la vie du Christ
Les pèlerins
Intérieur d'église
Intérieur d'église
Intérieur de la Nieuwe Kerk de Delft avec le tombeau de Guillaume d'Orange
Intérieur d'église - nocturne - Intérieur d'église - diurne
Intérieur de la Oude Kerk d'Amsterdam
Intérieur d'église gothique
Le triomphe du Temps

sans que cela soit un happening conventionné, un surveillant déverse successivement trois seaux d'eau dans l'humidificateur de la salle d'exposition XIXè, plus précisément sous une table où est posé un globe des vanités. très professionnel, sans à-côtés.

un dernier thé avec P. avant son train de 19H15.

je dois tuer le temps jusqu'à mon train de 21H15. plutôt que de se poser maintenant, ballade nocturne. devant le Musée d'Art moderne et contemporain, une performance, qu'on doit à l'INRAP et ses fouilles scrupuleuses, place Jean Arp.

fin sur les berges, le long des lignes de tram, le long des boulevards désertés, avec de parfaites sous-exposition du Leica, le long des beffrois, de l'arsenal, des jetées, le long des tutelles aux majeurs protégés, le long de l'ancien quartier des bateleurs, des pêcheurs, à courir les luminaires de toutes sortes, à noter le drugstore nocturne NORMA, à noter la laverie LAVOMATIQUE, à se retrouver le long des colombages de la Petite France, le long des académies de la bière, des commerces de prostitution, de tatouage, le long des directions A4 - A35, le long des très vieilles rues, rue des Tonneliers, rue du Sanglier, rue du marché aux Poissons, rue du marché aux Cochons de lait, rue du vieux marché aux Vins, rue du bain aux Plantes, rue des Tanneurs, rue des Meuniers, Grand'rue, à se retrouver à la place stratégique dite de - L'homme de fer - (nom malheureux, ici semblent converger tous les pas de la ville, ici on redistribue tous les pas, place circulaire (j'allais dire punctum) rappelant (en beaucoup plus petit) la Place du Commerce de Nantes).

tu dois finir, lâcher tout, en particulier ces mots ferrés au néon rouge, te concentrer sur le train à l'approche. tu aperçois la carène en verre soufflé qui enveloppe d'une sorte de halo blême toute l'architecture princeps de la gare centrale. les néons verts renforcent l'image d'une gélatine, quelque chose d'inconsistant, spectrale aussi, percé uniquement par un filet de voyageurs-usagers très-obstinés et très-réels, et où tu peux voir des reflets de pendules molles, flottantes ça et là.

que gardons-nous d'une journée-éclair, sautante, qui passe tel un souffle, où la fuite est accomplie en un jour et pas plus? nous nous rabattons sur l'image - toujours passante - d'un matin éclos sans défaut de langage face aux choses. dans le commerce difficile de nos heures fuyantes, seules comptent peut-être les rues et les ruelles qui enfouissent le temps, où on va sans ce malsain du discourir à perte, on y va, en-dehors de tout minima-social, implication horaire, ici l'humeur s'allie d'autres catégories, non-prédéfinies, préférentielles mais inconnues, sans justificatifs d'aller, des rues accueillantes, dangereuses, descendantes, sans retenu ni fin, inédites, au labyrinthe ouvert, sans ambages. et puisqu'il nous faut revenir, le bonheur de demander sa route, comme on revenait de trop loin pour comprendre quoi que ce soit de la ville, mais farouche, encore enthousiaste.

dans le train, d'appuyer trop sur tes yeux fermés dans l'impossibilité de trouver un repos, tu vois la Ville à travers une forêt d'électricités vert-pâle, seule couleur prégnante, et comme s'il n'y avait que cette fibre d'incandescence que sur le vif du sujet nous appelons - limite de détection visuelle -.

avec quelle désinvolture on reprend, minuit approchant, la rue d'Alsace, Paris, qui relie la gare de l'Est à la gare du Nord.

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13/02/09 nuit

12/02/09 nuit

dans un grand décalage-temps - à mesure où une vue en appelle au décrochage d'une autre - qui se désiste - qui rejoint les parties à calfeutrer le puits - routages de la pierre à grandir - mur à monter en silence - dans la passerelle descendante tu vois les rondelles calfeutrées - tu pousses une des caisses qui menacent - être emportées.

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12/02/09 nuit

11/02/09 nuit

on avait transpercé mon ventre. je le comprenais ainsi. en tout cas la poche était bien trouée. des deux mains j'appuyais là où un liquide noirâtre sortait. cela intrigua toutes sortes d'animaux que je n'avais jamais vus chez moi. ça coulait à en creuser mes joues. ça n'était pas tant une substance humorale classique que la substance et la couleur foncée des viandes mortes. de nouvelles têtes aux yeux toujours humides, aux pupilles toujours dilatées - minuscules têtes de guerrières - emplissaient la pièce à un rythme prodigieux. le long mouchoir en papier qu'un curateur me tendit n'améliora pas la situation. pendant que l'autre essayait de chasser les pourlécheuses à l'aide d'un ballet, j'observais que la plaie était à sec. je ne sentais plus la douleur. je pouvais même toucher à l'intérieur, manipuler cette béance comme on manipule un poisson par les branchies. j'étais guéri. mes mains seules avaient réussi à stopper l'hémorragie subite de cette nuit.

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11/02/09 nuit

10/02/09 nuit

à jeun - les bras surtout ont maigri - souvenir de deux ans aliéné dans une sale entreprise - si on me tendait un nuancier de couleurs je n'avais pas la tête pour me dire que cela pût me servir personnellement - deux ans dans les dents et savoir qu'on va bientôt y retourner.

la pluie, sale journée où tout le désordre semble impossible à relever.


appel d'un service clientèle. je dois régler un impayé téléphonique. je dis envoyer le chèque ce jour. on me répond en décortiquant mon compte sous les yeux. je coupe et reprends. on me dit que je vais recevoir une première relance le 17 février suivie d'une suspension le 26 mars. je dis que c'est bon. on me dit qu'effectivement je serais dans les temps. puis on me dit que je vais recevoir un questionnaire de satisfaction, qu'il y a 6 questions et qu'il serait judicieux d'être positif avec les questions 4 - 5 - 6 concernant le suivi commercial dudit conseiller en ligne. résonance avec lecture matinale de la - Colonie pénitentiaire -, bien que celle-ci se passe sous la canicule d'un camp genre Guantanamo (mais avec sable et aire d'isolement pour un officier, un voyageur, un soldat, un condamné, une machine et une fosse).

la pluie, le lundi.


je me retrouve dans une église. c'est un chef-d'œuvre de béton. ce chef-d'œuvre a été restauré. les claustras ont été refaits à l'aide de moules métalliques. le béton en résine a été coulé sur une armature en acier inoxydable. on a légèrement desserré les coffrages afin de restituer les bavures de béton typique de l'architecte Auguste Perret. les cristaux ont été exécutés à partir d'esquisses que Maurice Denis avait confié dans des cartons. chaque vitrail est mis en plomb selon un quadrillage de 10 cm. il y a plus de 350 pièces au mètre carré. c'est ce qu'on appelle la fragmentation. le maître-verrier a écrit à Maurice Denis. il a écrit qu'il y a des bleus rares qu'on ne voit qu'au XIIè s., des rouges qui n'ont été obtenus qu'au XVIè s. et qu'on a oubliés ensuite.
P. m'appelle quand je suis dans le chœur, devant les bleus gothiques. je laisse un peu résonner la voix spirituelle de Mahalia Jackson (enregistrée sur le portable). j'entends la pluie goutter du tympan externe. ça coule sous le portail, prend la direction de l'autel, mais le béton absorbe en partie.
au sortir de l'église je cause un bout avec un type en blouse blanche qui désosse son moteur. je l'abrite pendant qu'il m'explique son moteur. ensuite j'observe les systèmes de coffrage d'un chantier où on coule un parking.

la pluie, journée pluie, sans matité au sol, sans ombre non plus, mais journée XIIè s.


pas de nécessité à ouvrir les volets en grand - il fait noir dehors - j'attends la nuit pour - ouvrir la lumière - comme dit P.

la pluie, un thé, quatre coquilles aux oeufs frais, quatre tranches de saucisson, du crémeux de canard sur un toast, un verre d'eau, avalés vite fait dans la cuisine au noir.


assez du thé - je prends un rouge afin de couler un peu les veines - stupide - à noter qu'il est 18H22 quand je débouche ce médiocre Cahors - qui finit dans l'évier - pas bon de mélanger les drogues - je reprends le thé.

la pluie, à la poste la guichetière me sourit mais mon humeur ne m'autorise pas à comprendre cette simple politesse.


soit des paysans cambodgiens - tournant à 20 euros le mois - soudoyés par des esclavagistes thaïlandais - on propose du travail en usine pour 90 euros - ils proposent de donner de leurs poches pour passer la frontière - un matin à 4H on les lève - faut partir - vendus à un capitaine de pêche - battus à mort - avec un tentacule de pieuvre.

la pluie, la presse, la colonie.


soit des nuits - nombreuses - dans leur bataillon ferme - passage du vent et de la fumée - passage du chien - vers les troncs noirs - les nuits descendent de leur cahute - en troupe - sonnent hallali - contre le chien qui vient fouiller tes pas - fait le change et repart - les nuits descendent te respirer - elles te sentent - tu es à nouveau chien qui court passe un guet enfonce un taillis - tu jaillis plein d'épines - tu chiques un bois mort et vernis.

la pluie, une carte postale, un calvaire de Fra Angelico, fresque avec fond noir bitumeux, 3 figures au pied du crucifié, ça fait 4, comme dans la Colonie.


soit un pianiste - le pianiste compose la totalité de son répertoire entre 17 et 22 ans - il le joue 30 ans - 30 ans dans cette nuit - de toutes les manières possibles - dans tous les tons inimaginables - tous les lieux recommandés ou non - puis il continue - 10 ans - dans le silence parfait.

la pluie, une agence de voyage, vide, moquette bleu-vert, une assistante désœuvrée la main au front les doigts enterrés dans les cheveux le visage livide, devant l'ordi.


d'un appareil photographique avec quoi on planterait des instantanés dans le paysage. à mesure qu'on photographie, on plante. ça doit procurer l'effet d'enfoncer un clou là où ce dernier était mal-fiché. ou encore de déterrer un nid afin de l'enterrer encore.

la pluie, comme un vieux, j'ai observé avec horreur mon pouce recroquevillé alors que je marchais.

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10/02/09 nuit

9/02/09

un plein sans plomb 95 pour 37 euros - à quai d'Issy à 23h50 - 13 minutes pour faire le quart Sud-Est du périph extérieur - la neige s'engouffre dans le radiateur-avant ainsi que des noctuelles d'été - les phares allument ces chutes d'animalcules en tous sens - ils ont probablement été attirés par la lumière surpuissante de la Ville - notification numéro 1 - périphérique fluide - notification numéro 2 - salage en cours - notification numéro 3 - Porte de Bagnolet 9 mn - le bleu cobalt de SAMSUNG ruisselle sur la chaussée - les essuie-glaces battent à plein régime - ne peuvent rien contre la coalescence active - rabattent des paquets d'eau sur des paquets d'eau pendant que d'autres paquets d'eau fondent à corps perdu - à minuit ralentissement avec Warnings du peloton avant - accident au niveau de Porte de Vincennes - un bras rouge fluorescent s'agite en quarts de cercle Ouest-Nord-Ouest-Nord - une voiture à cheval sur une glissière de sécurité - derrière la glissière de sécurité un groupe de personnes immobilisées sous un parapluie - une camionnette - des gyrophares - sur mon pare-brise-arrière je peux admirer un Gerhard Richter peint aux phares blancs des poursuivants - silhouettes opaques à la limite de la détection visuelle - à 00h03 devant les Mercuriales - pas épargnées des nuées de sauterelles - je lève la tête entre deux bretelles de béton entourant ce centre d'affaires râté - leur nom de plante vivace est éteint - même leurs émetteurs radio ont disparu - écoute des nouvelles des incendies australiens - ils ont du feu de part et d'autre de la route - écoute du morceau préféré de Monk soit Blue Monk - festival de Newport 1963 - grande forme grognements battements du pied - et ça va il ne malmène pas trop le clarinettiste de passage dans sa jungle du Stride flippant - avenue commerciale un restaurant japonais avec grille rabaissée - lumière en veilleuse - une personne fait la caisse derrière le comptoir - demain sera peut-être bon pour cacheter le sol de nos pas - et les pistes damnées de nos pneus.
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9/02/09

8/02/09 bis

De l'automne dans un livre


Julien Gracq nous a légué des Notules, et tout un pays au récit enchanteur, allusif, mais jusqu'aux spasmes. je connais très peu de la Loire tréfilée. j'ai vu l'île batailleuse. j'ai lu la plaquette bleu roi de la rue du grenier à sel. j'ai attendu. j'ai fait du long en large. j'ai dévalé le sentier des rives ensablées. j'ai vu l'oyat. j'ai pris la voiture et j'ai cherché le garage qui apparaît dans le Livre du voyage initiatique. je me suis arrêté devant l'embarcadère à limonades et j'ai vu des barques scellées. c'était l'automne. j'ai ramassé des feuilles de chêne roux. j'ai repris la petite polo noire et j'ai longé l'Evre sur un bon demi-kilomètre. un pin était affalé en travers de la route. j'ai continué à pied sous une famille de frênes. j'ai soulevé une clairière après des feuillages. puis j'ai repris le volant, manœuvrant en marche arrière étant donné l'étroitesse de ces bords interdits.

en arrivant de La Rochelle via la nationale 137 puis la 23, j'avais tout d'abord commis l'erreur de chercher l'adresse (dont je n'avais pour seul indicateur qu'une photographie mal-imprimée) dans les hauteurs de St Florent-le-Vieil, m'imaginant la vue sur horizon à partir d'un belvédère.

si je m'aventure dans de telles immensités, c'est peut-être, c'est sûrement parce qu'avant-hier j'ai écrit machinalement - Villiers-le-Bel -, et qu'une fois au lit j'ai pensé hier - St Florent-le-Vieil -. quelles sont les similarités en jeu, réciprocités en cours? dans chacune des deux villes je ne suis venu qu'une fois. dans chacune des deux villes j'ai garé ma voiture relativement loin de mon lieu de promenade, ou plutôt la promenade m'a amené dans des contrées retirées de tous, individuées, sans avant ni après, mais où pourtant quelque chose est encore disponible.

depuis mon premier - St Florent-le-Vieil - trois automnes se sont écoulés. mon dernier - St Florent - me ramène à l'automne 2008 où je l'ai retrouvé dans les heureuses escapades - Par les champs et les grèves - où deux très grands baroudeurs saluent ce nom (qui semble passer comme la vue d'un château trop éloigné pour que l'on puisse y faire étape), avant de le notifier dans leur piaule d'un soir, sommairement, en un quart de ligne :

"Saint-Florent à gauche sur une hauteur."

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8/02/09 bis

8/02/09

insomnie. je me retrouve dans la même disposition qu'il y a une dizaine de jours, le 27/01/09. mais je vais beaucoup plus vite, pas de protocole des lenteurs, et la porte grince.

la neige. souvenir Berlin-Est. voyage de classe, à 14ans, il y a bientôt 14 ans. impression que durant toute cette semaine il n'a pas arrêté de neiger. souvenirs nombreux, précis, pas seulement conditions climatiques, mais faire court. à l'arrivée du voyage en car, on nous dispatchait par paire dans nos familles d'accueil. avec T. nous étions à peu près les derniers, me souviens que l'on ne trouvait pas notre banlieue. et puis de toutes petites voitures bleu guède engoncées dans la neige allumée au réverbère, aussi petites que l'ascenseur encaissé dans les parois, nous menant directement dans une chambre de gosse, on dormait au milieu de landaus, la famille ne nous parlait pas comme prescrit, lorsqu'au soir on rentrait la porte était bien ouverte mais c'est comme s'il n'y avait personne derrière, d'ailleurs aucune mémoire visuelle d'un visage ou d'une présence dans cet immeuble vertical qui différait de son voisin uniquement par le numéro de son allée et de son bloc d'entrée. au matin, nous récupérions le bus de ramassage scolaire. au retour en France, me souviens d'un très étrange, sans précédent ni succédant, cafard spatio-quasi-ontolo-temporel où je dormis l'équivalent de 12 ou 24H, avec impossibilité de déterminer ni où ni dans quelle tranche horaire du jour ou de la nuit je devais compter, situer un corps que je revois affalé sur la moquette beige de ma chambre.
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8/02/09

7/02/09

ce matin nuit prolongée, avec rêve entêté.

je suis à La Rochelle. je sais que cette ville est structurée de telle manière qu'il y a une gare et un aéroport, tous deux dans le centre-ville. la journée est bien entamée et je dois rejoindre une amie en provenance de Paris ou Orléans. il s'agit d'être à l'heure car mon amie ne descendra pas du train. j'ai encore du temps, pourtant une course contre la montre semble s'enclencher dans ma tête. je pousse la porte en bois d'un tribunal. c'est ici le lieu du nouveau rendez-vous. c'est une esplanade, plutôt les tentes d'un meeting en extérieur. depuis une scène pourvue à toutes sortes de débats des personnalités lancent des boules de glace. elles tombent du côté de ma route. j'essaye d'appeler en vain mon amie. j'enfile pas mal de rues. je tente de revenir au tribunal. je me retrouve dans un bâtiment sur lequel est écrit - Institut de France -. dans le hall d'entrée il y a une pancarte avec - Littérature - écrit à côté du chiffre 3. l'hôte d'accueil est au téléphone. il est habillé en militaire, ce que je remarque à son képi et sa veste étoilée. il me regarde car à ce moment je ne passe pas les portiques de détection à métaux, pas plus que je ne me présente. j'ai trop à faire avec trois objets qui encombrent mes mains. je sens bien qu'il me faut rassurer cet homme en reprenant une posture équilibrée. j'ai enfin une attitude correcte lorsqu'il soutient des propos très pointus à son interlocuteur. son poste lui a permis d'engranger un savoir rigoureux qui repose sur une méthode irréprochable faite de ponctualités, notifications des faits et gestes de ceux qui passent le portique, et lectures des presses quotidiennes. je ressors. je semble oublier le rendez-vous au meeting et me concentre sur le train. avant tout ça, j'ai garé ma voiture dans un port excentré du centre-ville, et à l'intérieur de la voiture il y a mon billet de train. j'ai moins de trente minutes pour faire l'aller-retour, aller jusqu'au port, ouvrir la portière du passager-avant, prendre le billet dans la boîte à gants, retourner jusqu'à la gare, retrouver l'amie, prendre le même train que l'amie. je suis dans une ville nordique, trop fournie en moyens de transport pour que je puisse sereinement prendre le bon, le plus recommandé à ma situation. au sortir d'une bouche de métro je demande. une personne prend le temps de téléphoner à un proche pour avoir le renseignement le plus opérationnel. c'est un homme riche avec beaucoup de manières, mais très dévoué. il m'accompagne, finalement à pied. mais c'est loin et commence une série d'atermoiements oscillant entre la vive tentation de gagner du temps, récupérer ce retard qui creuse, foncer, et différer, abandonner même l'idée de la voiture et du titre de transport dans la boîte à gants pour me rétracter de suite vers la gare. mais mon guide ne veut pas lâcher prise. bien qu'il soit étrangement décidé, vif, il est également très lent, relâché dans ses démarches, sans aucune conscience de l'état d'inquiétude aiguë dans lequel je suis, ce que je vois à ses réponses trop posées. on court, moi derrière lui. on passe un terrain vague légèrement crêpé de pousses vertes. on arrive, déjà, à l'arrière d'un bâtiment. je suis soulagé de cette avance. mon guide connaît les lieux, sûrement un raccourci, mais je m'aperçois que c'est une salle de sport et il tire de l'étui d'un violoncelliste une carte d'abonnement au grand musée d'art contemporain. je la prends, nous ressortons. je comprends que je n'atteindrai pas la voiture et je me concentre désormais sur la gare. il en est encore temps. nous courons, mais c'est inefficace et mon éclaireur ne reconnaît plus rien. je le sème au niveau d'un ensemble résidentiel huppé. je longe des habitations qui me rappellent Alexandrie. j'arrive à une station de taxi et je prends mon parti pour ce moyen normalement sûr. cependant des cars remplis sont sur les emplacements réservés aux taxis. je comprends maintenant que ce sont les mêmes mini-camionnettes d'entassement les uns sur les autres qu'il y a à Alexandrie (avec mouvements restreints, même pour sortir). je suis dans une rue peuplée d'anciennes demeures coloniales avec des palmiers plus hauts que des lampadaires. je hèle un mini-taxi jaune. je lui dis que je dois me rendre à l'aéroport. il me comprend mais il n'est pas en service. j'arrive sur la corniche d'Alexandrie. entre les enseignes de bus, mini-car, tram, les pancartes signalétiques aux noms traduits en plus petit, et le trafic pesant sur les tempes, je ne sais plus me décider. je cours, passe deux terrains vagues au dessus crêpés vert. je passe un cour d'eau au moyen d'une poutre flottante à l'extrémité de laquelle il y a un ragondin que je dois enjamber. les choses se compliquent dans la tête mal pressurisée pour ces évènements et déplacements d'évènements. je n'arriverai pas à l'heure-dite à l'aéroport. je devrai rejoindre mon amie en prenant le prochain avion à destination de La Rochelle. elle va devoir m'attendre trois heures à l'aéroport du centre-ville de La Rochelle. ou alors elle fait escale à Alexandrie et alors j'aurai le temps de revenir à la voiture garée dans le port excentré de la ville scandinave, avant de retourner prendre l'avion avec elle. dans tous les cas ce sont toujours ces angoisses de ne pas arriver, trop tarder. je vois distinctement ce que je dois atteindre, mais à mesure que j'avance, je vois les choses, et tout d'abord ce temps qui échappe, ces choses donc qui me sont systématiquement refusées, le paysage relancé trois lieues plus loin. avec ça, incapacité à comprendre le système de cette grande ville côtière, protéiforme, et à communiquer avec des habitants qui pourraient débrouiller mon affaire.


au Bois de l'Etoile, Gagny. dans la carrière, avec le Leica.

bien deux mois que je ne sais plus ce que c'est que d'appuyer sur le bouton, ni appuyer sur le bouton devant un groupe d'immeubles, ou trois souches dont il ne faudrait pas perturber la composition naturelle, naturellement-là dans ce champs de boue où j'ai toujours peur de perdre mes clefs, cela étant déjà arrivé. dans un clos abandonné ils sont deux à couper du bois. ils brûlent un tas de fumier sous la neige. celui qui est proche du fumier me regarde, mais je ne suis pas un inspecteur. je m'enfonce vers les grillages d'où on a vue plongeante sur la Seine-et-Marne via les dernières villes du Nord-Est de la Seine-Saint-Denis. aujourd'hui je n'apercevrai que les lumières d'un stade perdues dans le blanc tassé des neiges à faire disparaître l'horizon. je retrousse mon pantalon. quelques moellons me permettent d'enlever les décimètres de boue qui me viennent de tout côté. mais ça ne sert à rien puisqu'il y a encore du chemin à faire jusqu'à cette ligne appauvrie de maisons qui semblent mal-enfoncées dans la boueuse. mais je temporise, sinon je me retrouverai à l'arrivée avec tout un remblai sous les crampons. je réalise que dans ce terrain-rasé-avant-constructions je n'ai aucun droit de passage, et que n'importe qui m'ayant aperçu de son pavillon pourrait appeler la police. je m'expose trop dans cette chasse à courre. j'entends un bruit mât que j'identifie tout de suite en provenance d'une vitre. est-ce un avertissement? plus petits, avec mon camarade Kk. nous nous étions postés devant une résidence avec un radiocassette, parce qu'on aimait bien écouter le Concerto pour la main gauche, mais une mégère l'a entendu autrement puisque le concerto n'était pas terminé qu'une descente de polices en civil nous tâtaient jusqu'aux chaussettes. il peut donc m'arriver la même chose, alors adieu les pellicules, si je m'en réfère à une autre interpellation musclée sur le parking extérieur de Rosny 2, mais peu importe puisque ce n'était qu'un prétexte pour marcher sous la neige, dans la boue, vers des groupes de maisons, des grues, des arbres et souches d'arbres. avant de reprendre la voiture, j'essuie tout l'autour de mes baskets dans un îlot plein d'herbes, non loin des coupeurs de bois et brûleurs de fumure. dans la voiture, quelques vues inutiles de pare-brise avec essuie-glaces à plein régime. on ne sait pas bien ce qu'on retient. il y a autant de buée sur le viseur que sur les vitres. en route, je persiste avec la vue d'un feu au rouge, et une cabine téléphonique devant une boutique de toilettage canin. j'aurais bien fait mes courses, mais vu l'état de mes grolles, c'est inconcevable. lorsque j'ouvre la portière, les flocons s'engouffrent ainsi que des nuées de sauterelles. plus tard, quand j'arrive au Market place, il y a une station essence avec deux types en train de faire le plein, puis des groupes de personnes en transit dans le sas d'entrée du magasin, avec des lignes obliques, blanches, très folles, tressées un peu partout, et évidemment je n'ai plus de caméra. de retour du Market, je vois un bar-tabac-loto-brasserie-journaux dont le bail est à céder depuis si longtemps que le ficus est tout asséché qui dégringole sur la porte-vitrée. il y a aussi des parpaings obstruant l'entrée, et une pancarte avec écrit dessus PHOTOCOPIES à 0,5 cts. puis à un carrefour ce sont des avant-trains saupoudrés ainsi que les cimes, rameaux et trognons d'arbre. les canons à neige se calment et on comprend que ça ne tiendra pas la nuit.

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7/02/09

6/02/09 nuit

soit des nuits - nombreuses - en dépenses inutiles - du travailler au lit - ne pas quitter le lit - se mettre dans un tableau - défenestrer le chien - ne pas quitter les yeux de son chien défenestré - prendre un train de nuit - dépenser un peu d'argent pour se nourrir - boire - nourrir le chien - prendre le train en correspondance - reprendre l'itinéraire A - du train regarder les autres tractions - ne pas savoir comment ça marche - ça avance - ça nourrit - éviter le compartiment-couchettes - éviter de dormir - parler un peu - parler au retour - retourner prendre les bagages - maintenant le tableau - la bande-son - le tableau et le chien - la part du manœuvre - le projectionniste et le tableau - à mesurer - dans cette affaire du silence où on mesure - affaire de se cloîtrer en silence - vu qu'il y a un tableau - pendant qu'il prend son train il dort - il est dans le wagon-lit - ou alors il fait le commis en spiritueux - à convoyer des bouteilles dans la nuit - à attendre les convois de trains désaffectés - en service exceptionnel - aux turbulentes lumières - aux lumières qui longent des maisons - où il y a ses clients en spiritueux - le projectionniste refourgue les restes du chien-liquide - dans ces sentiers de transition avec sous-bois à flirts - commence l'itinéraire B - soit les restes d'un corail blanc - à tremper dans le pot au liquide rouge - présenter et tremper - ressortir du liquide rouge et visqueux - enlever les grumeaux - soit la sphère C - présenter la sphère à un centimètre mesuré du mur - aucune chance pour la sphère - à éclater - ne laisser aucune chance - soit une personne B dans un train A - le client est à quai - est à l'arrivée - soit la nuit au ciel blanchâtre - des troncs noirs se distinguent.

je roule. de nuit. il est déjà minuit passé. je dois rentrer. j'en ai pour un peu moins de vingt cinq minutes. que se passe-t-il? quantités d'informations relayées de ville en ville, renouvelant la connaissance intime ou diffuse.
les phares allument le tout-devant, un square, une entrée d'immeuble, un bosquet avec une affreuse mante religieuse qui pointe sa carcasse métallique et ses yeux disjoints à côté d'un feu de signalisation, une crèche que l'on ne s'empresse pas de démonter sous cette ancienne station-essence, des poubelles dont un grand contenant avec marqué dessus le mot SEL (repéré depuis plus de deux ans et toujours à sa place, au même tournant), un homme qui a l'air fatigué (une sorte de boîte à pizza dans les mains), un couple avec sacs-à-dos de randonneurs (main dans la main), un temple avec une allée de platanes têtard, un couple qui rentre du restaurant du vendredi soir (il sort de sa voiture pour aller ouvrir le portail, elle attend à l'intérieur, ils sont âgés et leur maison est grande), des chantiers accessibles aux flâneurs, des paquebots de béton (avec canalisations à l'air libre), des stations-service éclairées à la lumière forte et qui n'attendent plus qu'un dispositif photographique (leurs abats-jour sont toujours à répertorier et certains, circulaires, vont bientôt disparaître), je suis bien trop fatigué pour faire du rodéo sur le périph, mais je vois encore ses pancartes d'irradiation active avec ces rouges qui font décidément effet, captent la rétine un peu comme les sillons d'un encéphalogramme, une musique pianissimo avec dialogue entre un tambour basse et des voix mêlées (décortiquant des voyelles latines) ne rajoute rien au silence des éclairages périodiques de la-ville-la-nuit, et mieux, elle me convainc de prolonger un peu, les pinceaux extra-blanc visent les octogones STOP et les trop rares catadioptres des sens giratoires, une rue est sans éclairage, une autre a vue dégagée sur des agglomérations lointaines, peut-être jusqu'en Val d'Oise, par exemple Villiers-le-Bel, ici sous des pointillés jaunes-orangés aussi minuscules que vus d'avion, le tambour reprend, j'aurais bien fait mes courses, j'aurais bien arrêté mes feux de route sur tel ensemble floral afin de cramer une pellicule ou deux, pour voir.

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6/02/09 nuit

5/02/09

Du jeu de paume à la fourche


il est aux environs de 12H et quart lorsque je rentre dans la chambre des images - Jeu de Paume - métro Condorcet.

où est cette ville - et laquelle - quel est ce paysage où ça prend - ils avancent - improbables lointains - ils ne te voient - où tu n'es pas en trop.

dans cet axe du regard - profond - elle y est allée.

où la perspective ne peut rien - mais tout est sauvé - le point de fuite est sauf - dans l'immeuble des hauteurs - soufflé - il y a un palmier noir.

l'abandon - tressé encore - des impacts - une piscine fantôme et un théâtre antique - les gradins de ce monde - l'hôtel Hollyday Inn.

l'immeuble courbé - où le nuage enfle.

- elle se penche en effet - puis se redresse en arrière - et après avoir failli tomber elle reprend son équilibre et sa place ordinaire. -

de la nature - Lucrèce.

tirer le fil dentaire - pour cette ville - laquelle - et les lianes du béton - l'immeuble est une argile.

le palmier noir - un brise-lame dans ce pays du sable infini.

des cartouches - plutôt des quilles d'or dans le sable fin.

de la route est sortie la chaîne - et des puits de pierres - et la route est redevenu impraticable.

où sont-ils - maintenant - à délaisser une charrue et un bus - elle y est allée.

il reste un bleu argent - et des pylônes.

les stores empennés - et ce palmier.

Hollyday Inn - l'hôtel est rabattu sur le nuage - qui éclabousse.

le fer forgé - du balcon - on est sur le balcon à l'oblique.

mobil - la plaque transpercée de points immobiles - des cratères de noir jaillit le pus - et le gris - quel est ce mobile - dans le paysage resserré.

l'arbre a la taille de l'immeuble - qui est une argile.

la gueule a simplement évacué l'intérieur - et les pièces sont noires du dehors - comme on prend une louche - la main a renversé au sol - et sur les gradins - et les colonnes.

la main agile a plié le roc.

la main a tressé les blocs calcaires enfilés sur la tête du colosse.

la toiture est un matelas plombé au mur - l'argile une arête bien montée dans la main du colosse.

la carcasse est extraite et le tamis effrité du stuc - sur ce gradin du monde - du balcon oblique.

le désert - emmailloté.

c'est une tempête jaune - ce pays - là-bas.

les bases du langage sont enfouies.

les sacs de sable - des conserves rouillées.

le chardon - de la nature.

une pluie - et les cercles parfaits - concentriques sur le sol jaune.

l'immeuble labouré.

la quille platine repose sur l'extrémité du sac - quatre quilles - les points cardinaux sont faussés.

les terriers - sans les terriens - de la nature - les cercles de la pluie - le sable - ou le pétri.

les munitions - et les nourritures du chardon.

on a dessiné un damier à l'aide d'un barbelé - ou d'une aile d'avion.

on a épuisé le canal - noir - à l'aide d'un pull - ou d'une couverture.

on découvre que là-bas il y a aussi de la place - des traces de géométries imbriquées - des va-et-vient dans un terrier.

le sol est poinçonné - du sable coule du casier retombé d'un drone.

on a fait un trou à l'aide d'une conserve - et on l'a mis à-côté.

on a scié une ligne dans la terre - elle était longue - et le sol porte les mouvements d'en-bas.

l'eau noire gît - à l'horizon - jusqu'à éclairer ce trou-là.

quelqu'un est venu - on a poinçonné - de ce côté du désert.

on a décortiqué le camion - puis quelqu'un a essayé de l'enterrer.

on a étalé le tumulus - et retrouvé la maille du début - mais quelqu'un a tiré dessus et des bulles sont remontées à la surface.

du pays on a retrouvé les premières traces - c'était ce coin-là - elles étaient enfouies - elle y est allée.

tu as pris une couverture - et adossé contre un mur de sable tu as enfoncé ta main - et retrouvé la dalle.

le pays - son compost - son mirage - son village - sa macération - sa rouille - son jaune.

d'une base à l'autre tu avances - du pinceau tu suis les traces du chaînon que la main a extrait.

des poinçons - des chevilles de fer - à marquer des esperluettes - maintenant - écrites du mouvement d'en-bas - où une main - ou quelqu'un - ou la gueule - tire sur la chaîne.

ton pinceau suit le travail du fer - et les alluvions - le temps - jusqu'à la marque du camion enfoui - l'empreinte de la tige inoffensive d'un tank - les cagettes d'un voyageur issu de ce pays de feu.

le pinceau est lourd comme une pale d'hélico dans la main.

tu vois les troncs inextinguibles du carbonifère.

on a trempé le lierre de camouflage dans le seau des poussières jaunes - et il est comme cette couverture qui a asséché tout le canal.

on a élevé des feuilles charnues sur la tête du colosse - et son gradin calcaire - mais le palmier est noir.

un réchaud sous le chardon - la nourriture - et une gourde rouge - la munition.

trois cercles parfaits - et les vestiges sorties de la cassette - et les cassetins émergeant du sol jaune - et la panoplie du voyageur mais tu n'as pas osé toucher.

avec ta chaussure tu as imprimé le sol - le signe est apparu intact - au milieu - puis le vent - élevé et jaune.

sur la carte - photographiée - l'enfant voit des lettres - il le dit - et suit du doigt.

les versants des highlands s'effritent où la ligne commence - elle est la proie - la boursouflure visible - ce n'est pas une rivière - mais la route barrée.

ici le palmier est scié à hauteur d'hommes - ici et maintenant - le reste du tronc est trempé - permet à la main - ou à la gueule - de tirer les dernières lignes du pays infini - et livrer quelques fossés.

tu y vas - lorsque les décombres ont surgi - le vent balayé la poussière - la poussière retombée sur le gradin - asphyxié - mais respirable.

le nuage - qui devait passer son chemin - a emmailloté quelques étages - et a plié ce côté de l'immeuble.

le mur est criblé - et la gueule a des barres à mine plein les gencives.

la ruine tient - sous une voûte.

la plaque est virée à l'or fin - puis à l'acide - dessous - les dépôts d'un pays jaune.

l'acide perfuse - arrose les poids emmaillotés du filet - et coule depuis ces poids - sur le pays jaune.

apprendre à se taire - ou dire tout de suite et peu importe - depuis ce dedans du monde prédisposé aux murs - même la totalité du monde où rentrer - mais que dit ce montant - où ça pend.

continuant plus petit - irrespirable.

tu apprends à suivre son pas enfantin - sa claudication à toucher à tout - dans cette rue - et cette ville - laquelle il valide - tout d'un sourire - une canne - une accolade.

un homme perdu fait sa demande à un autre homme - perdu - les colosses se déchirent - en statues de sel - montées dans le camion d'un pays lointain.

ici la dévastation - la désolation - le pays jaune sans le point de fuite - le point avalé - du temps long - étiré et long - aussi inconcevable qu'il s'étire.

il est aux environs de 16h30 lorsque tu sors de la station Pantin-Aubervilliers-Quatre-Chemins - du côté Pantin.

un homme - quelqu'un - verse un liquide épais dans une machine.

il y a des locaux - des bennes à gravats - et des seaux de peinture remplis d'olives vertes - li-de-vin - épicées noires.

pour relever mieux il faut marcher - mais ici marcher est inconcevable et il faut seulement se relever - aller d'une accolade à une autre.

quand est-ce que l'image va se relever - elle y est allée - et que tu vas dire quelque chose de respirable - pendant que quelqu'un - ou un homme - ou une gueule - recrache des bourgeons qui se sont formés en son ventre.

mais toi - tu ne sais pas extraire les bourgeons de ton ventre.

maintenant tu peux regarder un maximum de visages et de murs - tenus dans une même forme.

tu vois - la société des abattoirs de viande.

tu vois - l'homme sortant de l'entrée 6 - de l'immeuble - de la Z.A.C. - des Grands Moulins - de l'avenue Édouard Vaillant - de Pantin .

il n'y a que des trains en partance - et des voix d'enfant - des parois de verre - une école de danse - un canal - et la fumée d'une blanchisserie.

il n'y a que des salles de visionnage avec vue sur l'Ourcq - et encore des poussettes et des cris - et les stores vermillons d'une chambre de commerce à l'abandon.

il n'y a qu'un préfabriqué avec écrit dessus - interior -.

il n'y a que des personnes qui se connaissent - d'autres qui se parlent - des chevronnées - et d'autres qui n'osent pas - d'autres qui avancent en criant - d'autres avec le chien - d'autres qui courent - beaucoup.

il n'y a que des architectures passagères - et une péniche 01822774 dénommée - RAZORBACK -.

il n'y a qu'un passant - pour dire que la péniche ralentit quand elle passe sous le pont.

il n'y a qu'une péniche 1822328R dénommée - reve reve -.

il n'y a que des cloisons hautes où quelqu'un regarde le canal - et le camion-citerne - et un fox qui suit la maîtresse - un fox qui te regarde marcher -.

il n'y a qu'un chantier en dent creuse - au port de casque obligatoire - deux trous dans un mur - et un homme qui gare une voiture sans trop savoir s'il a le droit ici.

il n'y a que des gens - de retour du bureau - qui marchent rue Lakanal de Pantin.

il n'y a qu'un bateau-école - devant la raffinerie désaffectée - la chambre de commerce aux stores vermillons - et le graffiti RUN - oublié.

il n'y a que - à côté de la chambre taguée de partout - un homme - attend devant un mur - un sac à la main - est-il bien à sa place?

il n'y a que - un graffiti BONOM - une mobylette faisant résonner la chambre et dépassant un homme qui a deux chiens.

il n'y a que - l'homme au sac demande quelle heure il est au motard - le motard regarde sous son gant - mais est-ce qu'il répond?

il n'y a que - les lilas sont cramoisis devant la sucrière désaffectée.

il n'y a que - quelque chose goutte qui retentit sur une glissière.

il n'y a que - un homme sort de la chambre - traverse un terrain abandonné à une moto-école - il longe le canal - il est dos au soleil.

il n'y a qu'une péniche - rose rose - matricule 1921762B

il n'y a qu'un graff - PIECE SOLO.

il n'y a que - le chemin de fer suit le canal - tu marches d'une traverse à l'autre - puis le chemin de fer monte et tu marches dans des détritus de plusieurs ans d'âge - des couettes où des rats s'entassent - ou des corps calcinés - ou des poches indistinctes - des formes indéterminées - c'est désolant - c'est comme le vent qui brûle tes yeux - tu te protèges lorsqu'un homme peut te pousser dans le fossé - la tête clouée sur une palplanche du canal - tu arrives dans une zone indistincte comme ce sable et ces sacs de pacotille - ces bouteilles - ces lèpres à tes pieds - ces pieds dans la boue - tu traverses la zone et tu sors de la zone - tout est fragile et tu ne sais pas comment extraire tous ces boyaux inconnus - ces bourgeons de ton ventre - encore une boue - tu enjambes une glissière tordue et tu sors sur la route nationale 3 où il y a des voitures postées à un feu - mais tu y vas calmement - tu n'as pas à faire le fugitif.

il n'y a qu'un train express CISI - qui passe sous le pont de la N3 - passe devant la déchetterie SYCTOM.

il n'y a que - maintenant tu essayes de dire ton rêve - comme si quelqu'un avait ouvert sa portière pour le recevoir avant de repartir - mais tu n'arrives pas à extraire ces boyaux - tu sais seulement que le rêve a été empoisonné par ce livre que tu as ouvert avant de te coucher- où il est dit que les hommes croisent les ailes de l'oiseau avant d'appuyer sur le cœur.

il n'y a que les graffs - RAP - CRACK - MARK.

il n'y a que - tout est promis à disparition - que le nom soit inscrit - ou pas.

il n'y a que - tu arrives au Carrefour de la Folie - Romainville-Noisy-le-Sec-Bobigny - c'est la jonction - et cette femme - dans l'attente d'une pièce - devant des vitres hermétiques - il n'y a que cette tristesse.

il n'y a que le néon rouge vertical - PIANOS - du seul concessionnaire de pianos internationaux - le seul de toute la Seine-Saint-Denis.

il n'y a qu'un consortium COMATEC et un VEOLIA.

il n'y a qu'une enseigne de - peinture époxy - décapage - sablage - métallisation - microbillage - polyester.

il n'y a que la longue RN3 - avec ses grossistes et ses petits matériels - cette portion de route inhospitalière qui longe à 70km/h les peupliers du canal de l'Ourcq.

il n'y a que des branchages au-dessus des murs - des feuilles sessiles comme la fragile inscription - que tout est promis à disparition - et la succion du rat.

il n'y a qu'un chauffeur qui dit - qui c'est c'lui-là - en enfonçant son bonnet blanc.

il n'y a qu'une usine inter-chimie.

il n'y a que le bus 147 direction Église de Pantin - qui s'arrête devant l'entrée des bureaux de la câblerie.

il n'y a que cet immeuble avec écrit - j'étais tamoul de l'Inde du Sud et je me suis immolé... - imprimé-collé à-même la fenêtre à hauteur d'homme.

il n'y a que cette avenue où il est écrit - votre publicité sur ce panneau - devant les baraquements des revendeurs de pièces détachées de ce monde.

il n'y a que devant le - marché d'Istambul - qu'il est indiqué - A3-A1 8mm - et ici tu retrouves l'homme qui sortait de la chambre désaffectée - pissant sous le pont de Bondy - repartant en sens inverse.

il n'y a que - lorsques tu arrives au comptoir général des fontes et plastiques le 347 est au feu rouge - et il fait nuit.

il n'y a que - il y a un trolleybus et il fait nuit.

il n'y a que - tu passes sous l'autoroute A3 - où ils attendent le bus - et où le mur - défense d'afficher - est badigeonné d'une lumière verte.

il n'y a qu'un CONFORAMA - écrit à l'oxyde de plomb - irradiant son rouge dans la nuit.

il n'y a que des buissons aux ombres étirées noires et - hotel- écrit en vert.

tu vois la silhouette d'un homme - son ombre très exactement encadrée par le chambranle de sa caravane allumée - un autre qui fourgue une machine lourde dans un coffre - mais tu revois le premier homme - son corps qui - tu ne te l'expliques pas - semble maintenir la caravane toute entière - semble se déplacer avec sa caravane.

maintenant les halles à chaussures.

il est 18H38 lorsque tu regardes le pont d'Aulnay - et le 146 direction Le Bourget - stationné devant la pastille vert et rouge d'un feu de signalisation allumé à hauteur d'un étage d'immeuble - ou à hauteur du pont où des voitures passent.

tu notes - votre cafétéria - monde de lumière et de décoration - maison de la literie -.

tu notes - qu'il n'y a que des banquettes en faux cuir dans des restaurants à consommation rapide.

le noir gagne - ainsi que l'oxyde de plomb.

le berger allemand est immobile - dans la vitrine du concessionnaire aux motos rapides.

tu lis - hôpital réussir son bébé pièces de rechange réception atelier.

tu lis - navigation crédit total deuxième démarque motorisation essayez-moi faible kilométrage.

il est 18H57 lorsque je bifurque à droite du Carrefour de la Fourche - Aulnay-sous-Bois - et que mon carnet ne contient plus une page.

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5/02/09
(depuis une rétrospective de Sophie Ristelhueber,
musée du Jeu de Paume, Paris)



Tadjikistan, 1997 - Sophie Ristelhueber

in - Détails du monde -

4/02/09

au lit. dans l'impossibilité de rectifier le tableau, qui penche.

je ne sais pas comment sortir de cette vue grossière du Vieux-port de La Rochelle.

mais je le regarde, lui et sa boiserie.

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4/02/09

3/02/09 nuit

seul et enfermé - pris quelques lettres à poster - une famille - enjouée - rougeaude - était sur le point de rentrer ses baguettes - quelques coureurs de nuit - un couple et son chien - elle parle cambrée sur son mari - il est très sûr de lui - deux jeunes filles arrêtées devant une vitrine de produits-beautés - plus bas le bistrot - des gars à l'affût - ou même pas - ils ne pensent pas à des paquets d'eau chaude - à déverser sur ce blanc - pour voir les couleurs du dessous - un trottoir enduit de glaces - une vitrine de pompes funèbres - un trottoir blafard - extra-blanc - rentré - le bout du pantalon était mouillé.

sous la neige, en visite d'un autre de nos pays.

la meule, l'arbre noueux, la pie, la ruche, l'étai, la botte, la clôture, la tresse, le bleu de Prusse, la nuit, le bleu sombre, le bandeau, la bergerie, l'étable, l'agneau, le grain, le feu, le contre-coeur, la cheminée, le chat, la fumée, le tonneau, la réserve, la grange, le logis, la paille, le clocher, le village, le poinçon, la chair, le treillis, l'arrière-pays, la bête, la livrée, le collant, la longe, le bois, le capuchon, le voile, le sous-vêtement, la robe, la claire-voie.

bien qu'une simple moitié de rue me sépare toujours de ta porte - de mon bureau je peux te voir courir la maison - tombé 27 fois avant d'arriver définitivement.

seconde promenade - le soleil contre un mur jaune - la neige au stade - la neige mélangée à de la terre - poussé jusqu'au chantier du maître d'œuvre PETIT- grues en activité - rouges - devant les grilles - à lire les instructions pour la pose des climatisations - à regarder l'assiette - ici l'I.N.R.A.P. est déjà passé - une pie sur un trottoir - dévorant un sac plastique - le ramenant vers son territoire - très lentement - très méthodique - passe au travers de la grille - pas le sac - ciel sans aspérités - la terre mélangée - un couple - au moment d'entrer elle essaye de sortir les clefs du fond de son sac mais il a déjà ouvert - la porte poussée du dos - à l'intérieur il y a des boîtes aux lettres sur la quasi-totalité du mur vert pomme - à la librairie de suite ressorti - un pan de ciel pur - bitume période bleu - immeubles gris clair - l'étrangeté SPEEDY - la familiarité SPEEDY - un cordonnier sur l'angle aigu de deux rues - quelques fours à pain - encore des maisons faïencées.

en la route à s'arrêter au chemin à recevoir.

le déversoir, la cruche, l'entrait, la croupette, l'épi, la traverse, la dépendance, la porte, le manteau, la pierre, la sente, la laie, la colline, la combe, la dépression, la traversée, la cache à bestiaux, la charrue, la jarre, l'étoile, l'entrepôt, le piquet, l'église, le poisson astral, la solive, le char bleu, le chevron, l'ornière, la coupe, le froid, la marche, le pauvre, le vivre, le brochet, la cour, l'âtre, la couverture, la déroute, le bleu charrette.

dans notre ville d'eau les populations des pieds dans l'eau peuvent rêver, imaginer, certains ont autant de rêves que de pousses de riz à planter, mais ce ne sont pas chez ceux du linge sale que l'on recrute les conseillers de demain.


les trois frères ont appris le bois, le lapis, et l'or fin. ils ont appris les geôles d'un pays de neige. puis ils ont appris à côtoyer le duc. ils ont serré le bois aux flancs de l'âne. puis ils ont disparu peu avant la trentaine, avant qu'un autre duc ne retrouve le livre d'heures le plus enluminé du monde (abandonné à un pensionnaire de jeunes filles).


tu t'en vas - envahir les rues du combat de tes pas.

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3/02/09 nuit
(Les Frères Limbourg, Les Très Riches Heures du Duc de Berry - février, Musée Condée, Château de Chantilly, 222 x 134mm)

2/02/09 nuit

journée à ruminer dans le pré. quelque livre me prédispose volontiers à une forme, une métrique, manière de poser les mots et d'aller jusqu'au bout des mots, mais une fois que j'accède à ce bout, je reste dans le pays fertile. je suis derrière la grille et la mer inonde mes membres inférieurs. je suis donc captif, avec l'horizon comme unique point de vue. pour mettre un terme à ce supplice de lecteur trop exposé, je vais faire une ronde sur le périph, côtoyer la vitrine circulaire où on cherche des amorces sans chercher, et quelques indices pour notre vie diurne.
ici on roule, dans l'impulsion du regard, la conduite nonchalante, la tenue de route sans forcer.

j'arrive aux Mercuriales à 19H10. on annonce le périph Nord bouché, mais c'est bien le Sud qui pèche. je descends donc dans la fosse à tapeculs et ça n'avance pas. on va pouvoir noter les luminaires, le rouge prédominant, le vert homéopathique, le bleu et le blanc magnésium, toutes couleurs tirées à l'arc électrique, soudées sur les façades empilées à droite et à gauche ou enfilées au lointain. un faisceau agité depuis le haut d'une tour sémaphore ajoute à cette batterie de lumières à perforer la nuit, ou à la tapisser quand c'est le jaune acidulé qui coule sous les ponts, les arcades, le béton des pissotières. les phares rasent l'herbe des talus où on aperçoit des déchets en décomposition lente. à l'arrêt, c'est une myriade de points rouges-arrière qui semblent dans l'attente de rejoindre un à un l'endroit précis de la grande ville depuis lequel ils auront à l'éclairer. pour l'instant on voit la cohue impatiente de ces ballerines dont, en fait, très peu seront danseuses étoile. dans l'autre sens, ce sont des points blancs-avant trajectés à 80 km/h.

on observe un bureau allumé aux environs du septième ou huitième étage de la masse noire d'une Mercuriale. on se prend à noter machinalement les néons, les noms commerciaux, et c'est encore le rouge irradiant qui appelle, force le regard. on est dans cette limite de détection visuelle à avancer en aveugle d'une enseigne à l'autre, à tout noter sur le plat du volant alors que le chauffeur de gauche s'arrête sur votre face qui doit faire peur, le front écarlate ou bleu froid badigeonné des phares extra-blanc.

on note portes blindées metal tordjman, belest (bleu), eiffage construction, demain matin risque de neige, ibis, novotel, hotel f1, air france, defi (rouge), porte d'italie 6mn, A4-A86 6mn, A4-A104 19mn, bercy 2, darty, carrefour (rouge), hotel ibis, leroy, etap hotel, pathé, colorama, fnac, ciments calcia, truffaut, castorama, defi (rouge), porte d'ivry, porte d'italie 3mn porte d'auteuil 29mn, hotel kyriad (porte d'italie), porte d'auteuil 26mn porte maillot 29mn, A6B-N104 19mn, orly 8mn, novotel, hotel ibis, express (blanc) holyday inn (vert), campanile, hotel restaurant le kremlin bicêtre, chronopost (blanc) international (rouge), porte de gentilly porte d'orléans, porte d'auteuil 20mn porte maillot 24mn, porte d'auteuil 20mn porte maillot 23mn, hotel ibis (vert), ipsos (blanc).

on voit les tombes qui penchent grises devant le stade charléty (porte d'orléans).

on passe au Val de Marne avec des immeubles de rapport en guise de pare-sons.

on note yachon (rouge, porte d'orléans), pfizer (blanc dans ovale bleu), montage équilibrage, novotel (bleu), sanofi aventis (bleu-vert vertical), étap hotel (blanc), hotel f1 (orange), porte de châtillon porte de montrouge, monoprix (rouge), conforama (idem), lg (gris moyen), plasma lcd (rouge), porte d'auteuil 6mn porte maillot 10mn, pages jaunes (blanc et jaune sur deux faces), hotel mercure (rouge, porte de versailles), hotel aceania (bleu), cnp (blanc), pullman hotel (blanc), securitas (blanc), yokohama pneumatiques hautes performances (blanc), aquaboulevard (vert émeraude).

quand je prends le chemin du retour il est 22H30 à quai d'Issy. une fois dans la galerie circulaire je vois sortir du bitume l'enseigne bleu outremer SAMSUNG, puis l'indication Orly 9mn, et je pense à cette arrivée de nuit au Caire (avril 2008) que je ne verrai que depuis le taxi, dans son décor de rocades à affichages publicitaires ininterrompues jusqu'à Alexandrie.

on note A4-A86 5mn, salage en cours, air france (blanc), maloco (bleu), aubade (idem), castorama (rouge).

j'aurai mis dix minutes pour remonter le quart Sud-Est du périph, et jusqu'à la fin de la tournée une vingtaine de minutes, soit trois fois moins qu'à l'aller, et soit le temps d'écoute de la plage Sarah Was Ninety Years Old.

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2/02/09 nuit