
il est aux environs de 12H et quart lorsque je rentre dans la chambre des images - Jeu de Paume - métro Condorcet.
où est cette ville - et laquelle - quel est ce paysage où ça prend - ils avancent - improbables lointains - ils ne te voient - où tu n'es pas en trop.
dans cet axe du regard - profond -
elle y est allée.
où la perspective ne peut rien - mais tout est sauvé - le point de fuite est sauf - dans l'immeuble des hauteurs - soufflé - il y a un palmier noir.
l'abandon - tressé encore - des impacts - une piscine fantôme et un théâtre antique - les gradins de ce monde - l'hôtel Hollyday Inn.
l'immeuble courbé - où le nuage enfle.
- elle se penche en effet - puis se redresse en arrière - et après avoir failli tomber elle reprend son équilibre et sa place ordinaire. -
de la nature - Lucrèce.
tirer le fil dentaire - pour cette ville - laquelle - et les lianes du béton - l'immeuble est une argile.
le palmier noir - un brise-lame dans ce pays du sable infini.
des cartouches - plutôt des quilles d'or dans le sable fin.
de la route est sortie la chaîne - et des puits de pierres - et la route est redevenu impraticable.
où sont-ils - maintenant - à délaisser une charrue et un bus - elle y est allée.
il reste un bleu argent - et des pylônes.
les stores empennés - et ce palmier.
Hollyday Inn - l'hôtel est rabattu sur le nuage - qui éclabousse.
le fer forgé - du balcon - on est sur le balcon à l'oblique.
mobil - la plaque transpercée de points immobiles - des cratères de noir jaillit le pus - et le gris - quel est ce mobile - dans le paysage resserré.
l'arbre a la taille de l'immeuble - qui est une argile.
la gueule a simplement évacué l'intérieur - et les pièces sont noires du dehors - comme on prend une louche - la main a renversé au sol - et sur les gradins - et les colonnes.
la main agile a plié le roc.
la main a tressé les blocs calcaires enfilés sur la tête du colosse.
la toiture est un matelas plombé au mur - l'argile une arête bien montée dans la main du colosse.
la carcasse est extraite et le tamis effrité du stuc - sur ce gradin du monde - du balcon oblique.
le désert - emmailloté.
c'est une tempête jaune - ce pays - là-bas.
les bases du langage sont enfouies.
les sacs de sable - des conserves rouillées.
le chardon - de la nature.
une pluie - et les cercles parfaits - concentriques sur le sol jaune.
l'immeuble labouré.
la quille platine repose sur l'extrémité du sac - quatre quilles - les points cardinaux sont faussés.
les terriers - sans les terriens - de la nature - les cercles de la pluie - le sable - ou le pétri.
les munitions - et les nourritures du chardon.
on a dessiné un damier à l'aide d'un barbelé - ou d'une aile d'avion.
on a épuisé le canal - noir - à l'aide d'un pull - ou d'une couverture.
on découvre que là-bas il y a aussi de la place - des traces de géométries imbriquées - des va-et-vient dans un terrier.
le sol est poinçonné - du sable coule du casier retombé d'un drone.
on a fait un trou à l'aide d'une conserve - et on l'a mis à-côté.
on a scié une ligne dans la terre - elle était longue - et le sol porte les mouvements d'en-bas.
l'eau noire gît - à l'horizon - jusqu'à éclairer ce trou-là.
quelqu'un est venu - on a poinçonné - de ce côté du désert.
on a décortiqué le camion - puis quelqu'un a essayé de l'enterrer.
on a étalé le tumulus - et retrouvé la maille du début - mais quelqu'un a tiré dessus et des bulles sont remontées à la surface.
du pays on a retrouvé les premières traces - c'était ce coin-là - elles étaient enfouies - elle y est allée.
tu as pris une couverture - et adossé contre un mur de sable tu as enfoncé ta main - et retrouvé la dalle.
le pays - son compost - son mirage - son village - sa macération - sa rouille - son jaune.
d'une base à l'autre tu avances - du pinceau tu suis les traces du chaînon que la main a extrait.
des poinçons - des chevilles de fer - à marquer des esperluettes - maintenant - écrites du mouvement d'en-bas - où une main - ou quelqu'un - ou la gueule - tire sur la chaîne.
ton pinceau suit le travail du fer - et les alluvions - le temps - jusqu'à la marque du camion enfoui - l'empreinte de la tige inoffensive d'un tank - les cagettes d'un voyageur issu de ce pays de feu.
le pinceau est lourd comme une pale d'hélico dans la main.
tu vois les troncs inextinguibles du carbonifère.
on a trempé le lierre de camouflage dans le seau des poussières jaunes - et il est comme cette couverture qui a asséché tout le canal.
on a élevé des feuilles charnues sur la tête du colosse - et son gradin calcaire - mais le palmier est noir.
un réchaud sous le chardon - la nourriture - et une gourde rouge - la munition.
trois cercles parfaits - et les vestiges sorties de la cassette - et les cassetins émergeant du sol jaune - et la panoplie du voyageur mais tu n'as pas osé toucher.
avec ta chaussure tu as imprimé le sol - le signe est apparu intact - au milieu - puis le vent - élevé et jaune.
sur la carte - photographiée - l'enfant voit des lettres - il le dit - et suit du doigt.
les versants des highlands s'effritent où la ligne commence - elle est la proie - la boursouflure visible - ce n'est pas une rivière - mais la route barrée.
ici le palmier est scié à hauteur d'hommes - ici et maintenant - le reste du tronc est trempé - permet à la main - ou à la gueule - de tirer les dernières lignes du pays infini - et livrer quelques fossés.
tu y vas - lorsque les décombres ont surgi - le vent balayé la poussière - la poussière retombée sur le gradin - asphyxié - mais respirable.
le nuage - qui devait passer son chemin - a emmailloté quelques étages - et a plié ce côté de l'immeuble.
le mur est criblé - et la gueule a des barres à mine plein les gencives.
la ruine tient - sous une voûte.
la plaque est virée à l'or fin - puis à l'acide - dessous - les dépôts d'un pays jaune.
l'acide perfuse - arrose les poids emmaillotés du filet - et coule depuis ces poids - sur le pays jaune.
apprendre à se taire - ou dire tout de suite et peu importe - depuis ce dedans du monde prédisposé aux murs - même la totalité du monde où rentrer - mais que dit ce montant - où ça pend.
continuant plus petit - irrespirable.
tu apprends à suivre son pas enfantin - sa claudication à toucher à tout - dans cette rue - et cette ville - laquelle il valide - tout d'un sourire - une canne - une accolade.
un homme perdu fait sa demande à un autre homme - perdu - les colosses se déchirent - en statues de sel - montées dans le camion d'un pays lointain.
ici la dévastation - la désolation - le pays jaune sans le point de fuite - le point avalé - du temps long - étiré et long - aussi inconcevable qu'il s'étire.
il est aux environs de 16h30 lorsque tu sors de la station Pantin-Aubervilliers-Quatre-Chemins - du côté Pantin.
un homme - quelqu'un - verse un liquide épais dans une machine.
il y a des locaux - des bennes à gravats - et des seaux de peinture remplis d'olives vertes - li-de-vin - épicées noires.
pour relever mieux il faut marcher - mais ici marcher est inconcevable et il faut seulement se relever - aller d'une accolade à une autre.
quand est-ce que l'image va se relever - elle y est allée - et que tu vas dire quelque chose de respirable - pendant que quelqu'un - ou un homme - ou une gueule - recrache des bourgeons qui se sont formés en son ventre.
mais toi - tu ne sais pas extraire les bourgeons de ton ventre.
maintenant tu peux regarder un maximum de visages et de murs - tenus dans une même forme.
tu vois - la société des abattoirs de viande.
tu vois - l'homme sortant de l'entrée 6 - de l'immeuble - de la Z.A.C. - des Grands Moulins - de l'avenue Édouard Vaillant - de Pantin .
il n'y a que des trains en partance - et des voix d'enfant - des parois de verre - une école de danse - un canal - et la fumée d'une blanchisserie.
il n'y a que des salles de visionnage avec vue sur l'Ourcq - et encore des poussettes et des cris - et les stores vermillons d'une chambre de commerce à l'abandon.
il n'y a qu'un préfabriqué avec écrit dessus - interior -.
il n'y a que des personnes qui se connaissent - d'autres qui se parlent - des chevronnées - et d'autres qui n'osent pas - d'autres qui avancent en criant - d'autres avec le chien - d'autres qui courent - beaucoup.
il n'y a que des architectures passagères - et une péniche 01822774 dénommée - RAZORBACK -.
il n'y a qu'un passant - pour dire que la péniche ralentit quand elle passe sous le pont.
il n'y a qu'une péniche 1822328R dénommée - reve reve -.
il n'y a que des cloisons hautes où quelqu'un regarde le canal - et le camion-citerne - et un fox qui suit la maîtresse - un fox qui te regarde marcher -.
il n'y a qu'un chantier en dent creuse - au port de casque obligatoire - deux trous dans un mur - et un homme qui gare une voiture sans trop savoir s'il a le droit ici.
il n'y a que des gens - de retour du bureau - qui marchent rue Lakanal de Pantin.
il n'y a qu'un bateau-école - devant la raffinerie désaffectée - la chambre de commerce aux stores vermillons - et le graffiti RUN - oublié.
il n'y a que - à côté de la chambre taguée de partout - un homme - attend devant un mur - un sac à la main - est-il bien à sa place?
il n'y a que - un graffiti BONOM - une mobylette faisant résonner la chambre et dépassant un homme qui a deux chiens.
il n'y a que - l'homme au sac demande quelle heure il est au motard - le motard regarde sous son gant - mais est-ce qu'il répond?
il n'y a que - les lilas sont cramoisis devant la sucrière désaffectée.
il n'y a que - quelque chose goutte qui retentit sur une glissière.
il n'y a que - un homme sort de la chambre - traverse un terrain abandonné à une moto-école - il longe le canal - il est dos au soleil.
il n'y a qu'une péniche - rose rose - matricule 1921762B
il n'y a qu'un graff - PIECE SOLO.
il n'y a que - le chemin de fer suit le canal - tu marches d'une traverse à l'autre - puis le chemin de fer monte et tu marches dans des détritus de plusieurs ans d'âge - des couettes où des rats s'entassent - ou des corps calcinés - ou des poches indistinctes - des formes indéterminées - c'est désolant - c'est comme le vent qui brûle tes yeux - tu te protèges lorsqu'un homme peut te pousser dans le fossé - la tête clouée sur une palplanche du canal - tu arrives dans une zone indistincte comme ce sable et ces sacs de pacotille - ces bouteilles - ces lèpres à tes pieds - ces pieds dans la boue - tu traverses la zone et tu sors de la zone - tout est fragile et tu ne sais pas comment extraire tous ces boyaux inconnus - ces bourgeons de ton ventre - encore une boue - tu enjambes une glissière tordue et tu sors sur la route nationale 3 où il y a des voitures postées à un feu - mais tu y vas calmement - tu n'as pas à faire le fugitif.
il n'y a qu'un train express CISI - qui passe sous le pont de la N3 - passe devant la déchetterie SYCTOM.
il n'y a que - maintenant tu essayes de dire ton rêve - comme si quelqu'un avait ouvert sa portière pour le recevoir avant de repartir - mais tu n'arrives pas à extraire ces boyaux - tu sais seulement que le rêve a été empoisonné par ce livre que tu as ouvert avant de te coucher- où il est dit que les hommes croisent les ailes de l'oiseau avant d'appuyer sur le cœur.
il n'y a que les graffs - RAP - CRACK - MARK.
il n'y a que - tout est promis à disparition - que le nom soit inscrit - ou pas.
il n'y a que - tu arrives au Carrefour de la Folie - Romainville-Noisy-le-Sec-Bobigny - c'est la jonction - et cette femme - dans l'attente d'une pièce - devant des vitres hermétiques - il n'y a que cette tristesse.
il n'y a que le néon rouge vertical - PIANOS - du seul concessionnaire de pianos internationaux - le seul de toute la Seine-Saint-Denis.
il n'y a qu'un consortium COMATEC et un VEOLIA.
il n'y a qu'une enseigne de - peinture époxy - décapage - sablage - métallisation - microbillage - polyester.
il n'y a que la longue RN3 - avec ses grossistes et ses petits matériels - cette portion de route inhospitalière qui longe à 70km/h les peupliers du canal de l'Ourcq.
il n'y a que des branchages au-dessus des murs - des feuilles sessiles comme la fragile inscription - que tout est promis à disparition - et la succion du rat.
il n'y a qu'un chauffeur qui dit - qui c'est c'lui-là - en enfonçant son bonnet blanc.
il n'y a qu'une usine inter-chimie.
il n'y a que le bus 147 direction Église de Pantin - qui s'arrête devant l'entrée des bureaux de la câblerie.
il n'y a que cet immeuble avec écrit - j'étais tamoul de l'Inde du Sud et je me suis immolé... - imprimé-collé à-même la fenêtre à hauteur d'homme.
il n'y a que cette avenue où il est écrit - votre publicité sur ce panneau - devant les baraquements des revendeurs de pièces détachées de ce monde.
il n'y a que devant le - marché d'Istambul - qu'il est indiqué - A3-A1 8mm - et ici tu retrouves l'homme qui sortait de la chambre désaffectée - pissant sous le pont de Bondy - repartant en sens inverse.
il n'y a que - lorsques tu arrives au comptoir général des fontes et plastiques le 347 est au feu rouge - et il fait nuit.
il n'y a que - il y a un trolleybus et il fait nuit.
il n'y a que - tu passes sous l'autoroute A3 - où ils attendent le bus - et où le mur - défense d'afficher - est badigeonné d'une lumière verte.
il n'y a qu'un CONFORAMA - écrit à l'oxyde de plomb - irradiant son rouge dans la nuit.
il n'y a que des buissons aux ombres étirées noires et - hotel- écrit en vert.
tu vois la silhouette d'un homme - son ombre très exactement encadrée par le chambranle de sa caravane allumée - un autre qui fourgue une machine lourde dans un coffre - mais tu revois le premier homme - son corps qui - tu ne te l'expliques pas - semble maintenir la caravane toute entière - semble se déplacer avec sa caravane.
maintenant les halles à chaussures.
il est 18H38 lorsque tu regardes le pont d'Aulnay - et le 146 direction Le Bourget - stationné devant la pastille vert et rouge d'un feu de signalisation allumé à hauteur d'un étage d'immeuble - ou à hauteur du pont où des voitures passent.
tu notes - votre cafétéria - monde de lumière et de décoration - maison de la literie -.
tu notes - qu'il n'y a que des banquettes en faux cuir dans des restaurants à consommation rapide.
le noir gagne - ainsi que l'oxyde de plomb.
le berger allemand est immobile - dans la vitrine du concessionnaire aux motos rapides.
tu lis - hôpital réussir son bébé pièces de rechange réception atelier.
tu lis - navigation crédit total deuxième démarque motorisation essayez-moi faible kilométrage.
il est 18H57 lorsque je bifurque à droite du Carrefour de la Fourche - Aulnay-sous-Bois - et que mon carnet ne contient plus une page.
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5/02/09
(depuis une rétrospective de
Sophie Ristelhueber,
musée du Jeu de Paume, Paris)