ils sont calmes, la face rigide, les bras le long du corps, le corps très mince et très blanc, comme on ne l'a jamais vu, on dirait des cierges recouverts d'une moustiquaire, ils sont posés sur des tables d'anatomie très étroites et très longues, on dirait sciées à la taille de leurs corps, aussi ces tables sont étrangement surélevées au niveau de la tête des patients alentour dont je fais partie, il ne peut en être autrement, je les regarde encore, je crois qu'il n'y a que ça à faire, je crois qu'on ne choisit pas ce qu'on nous met devant et que si on nous a amenés là c'est pour regarder, en fait, je le découvre a posteriori, les gisants ressemblent aux hommes que l'on rencontre dans les dessins du patient Oswald Tschirtner, sur le papier ils ont fini par avoir le ventre lâche, entre la terre et le ciel, et maintenant ce ne sont plus que des jambes balayant la terre et des têtes d'aiguille balayant le ciel, mais ici la plupart d'entre eux sont définitivement morts, le visage en poudre, mais le plus atroce à tenir du regard, ce sont encore ceux qui bougent, très lentement, d'un mouvement qui ne veut rien dire, leurs têtes aux coiffes tombantes, et par une force contraire et irrecevable dans leur monde, je m'esquive de toute cette froidure.
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24/11/09

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