07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




22/07/09

Chambre du Maître du Livre de Raison











on le voyait au matin au chant des Loplops sortir les deux livres. il ouvrait le premier, en miroir commençait à retranscrire dans l'autre. son écriture était minuscule, aussi minuscule que les épines qui s'insèrent dans la chair et qu'on peut retirer en échange d'un moindre mal. il se penchait tout-à-fait sur son ouvrage. la table était en bois massif. pour commodité une cheminée. une fenêtre pour seule lumière.

certains jours je m'approchais plus que de raison, il ne cillait guère, continuait en silence. les épines formaient l'image d'un crâne retourné, là où l'atlas, la première vertèbre du rachis, est censé entrer. d'autres fois c'était un lion assoupi, vu par-dessus son scapulaire en cuir d'artisan, sur les feuillets obliques du lutrin. on s'éloignait, sortant du champs de lumière, les épines se rétablissaient fines et verticales formant des lignes et des lignes. je les voyais mieux lorsqu'il allait réchauffer son encre dans une crevasse pratiquée au-dessus de l'âtre. la fenêtre était toute en culs-de-bouteille verts et roux rendant le dehors opaque translucide. un autre jour j'observerai que mon éloignement systématique de la table, lent et mesuré, effaçait le silence bourdonnant à mes tempes. un autre jour, il n'en était rien.

tout commence à l'aube. les objets situés hors-champs sommeillent dans un clair obscur ainsi que le visage d'une dame repérée la nuit face aux feux follets d'un lac. il y a toutes sortes de coffres et c'est l'heure où on peut les manipuler sans qu'ils fassent défaut à la prise, avec toutes les précautions d'usage que chaque élève doit suivre selon son rang d'admission. ensuite, il nous incombe de préparer les encres, prendre son repas de cuisine froide, et se taire à jamais.

tout le temps que j'ai connu mes entrées dans cette cellule de patience, j'ai vu les mêmes choses, lentes et mesurées, sans nuances ou bien elles m'ont été cachées, lignes identiques, monstres d'épines contractant les deux mêmes formes quotidiennement réveillées et couchées sur le papier, soit un crâne, soit un lion, suivies de leurs disparitions d'au-dessus l'épaule, enfin ces deux livres installés en miroir, toujours ouverts sur la raie médiane, comme si le vieux fou d'encre ne sortait jamais de ces blancheurs à buriner noires le centre - où l'avant et l'après contiendrait toujours le même nombre de pages.

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22/07/09

2 commentaire(s):

Chr. Borhen a dit…

À part votre "dès potron-minet" qui fait un peu déco en papier crépon, ce texte est de toute beauté.

NrD, a dit…

vous avez raison, et, fait étrange, je vais faire disparaître cette redondance. tout commence à l'aube suffit.

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