07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




21/07/09 nuit

L.A. au Terminal 2


à Porte d'Ivry à 23h09 j'ai 6 minutes pour arriver à Porte de Bagnolet. c'est ce qui se passe. les cordes de Scelsi font trembler les baffles. la ville est pleine d'objets lumineux. et on a ce ciel, noir, à épuiser les échos. sous quoi on roule nos scaphandres mobiles... je vois un boxe de cheval attaché à une berline. on voit le crin luisant du derrière. pas plus. je repense aux autoroutes d'Alexandrie, plutôt à l'autoroute qui joint Le Caire à Alexandrie. tout d'abord ces tombereaux d'oignons. puis ces vaches qu'on véhicule debout et sans garde-corps. elles tombent régulièrement. on les ramasse. celles qui morflent trop sont repoussées sur le bas-côté. de là ce sont les autoroutes de L.A. qui me reviennent. j'avais 11 ans. je peux le certifier puisque c'était lors des émeutes raciales de 1992. on avait dû écourter les vacances avec les relatives installées du côté de Long Beach, c'est en banlieue et du reste ça marque, ces îlots où chacun a sa petite piscine de détente après ses 70 heures de travail hebdomadaire, quand on voit comment on s'y prend chez nous, 17 ans après, avec ces maisons phénix qui naissent un peu partout dans le paysage, par exemple voir le Hameau de Diane, à Noisy-le-Sec. je revois cette image télévisuelle ressassée en continu sur toutes les chaînes, et dieu sait s'il y en avait des chaînes, là-bas, peut-être tellement que sur tout le pays on pouvait se retrouver une poignée à regarder le même programme, mais je m'écarte. un camion américain, de couleur rouge, un vrai Freightliner, à l'arrêt au milieu de quatre voies désertées. un bitume gris-blanc à sec. on est en pleine journée. c'est l'été. la vidéo est tournée depuis un hélicoptère. on voit un homme jeter le conducteur sur le bitume gris-blanc à sec. personne alentours il cogne et on voit le sang, le rouge sur le bitume gris-blanc à sec. l'image ne s'arrête pas. c'est avec elle que j'ai dû dormir, effrayé de cette ville en tensions extrêmes où on enregistrera plus de 3000 départs de feu en moins d'une semaine, dans le silence d'une ou deux nuits où les sirènes retentissaient de trop, et dieu sait comme elles sont puissantes là-bas. quand j'y pense, à cette escapade L.A., il y a la nuit noire, le feu qui menace, les commerces barricadés, et la crainte unanime, le silence engouffré dans chaque foyer de cette hyper-ville toute plate et si longuement plate que je ne vois pas d'immeubles à la verticale comme cela marque d'emblée à N.Y., ville verticale à obstruer le ciel comme le dit quelque part dans ses battues de bourlingueur à deux roues, Jacques Réda, mais encore la nuit noire, les remparts de silence, et cet aéroport où on se sentait davantage en sécurité mais peut-être uniquement parce qu'on se mettait dans ce temps d'attente d'un avion de renfort et que ce dernier soit nôtre enfin. je crois me souvenir que mon père était parti avant tout le monde rendre la berline louée chez AVIS. on l'avait rejoint en taxi qui nous avait déposé au Terminal des départs Paris. ce qui calmait ma torpeur d'alors, et je crois même que je l'utilisais pour moi, ce mot débarqué à tâtons de mes 11 ans, torpeur, c'était le monde affairé dans ce Terminal, la foule qui faisait écran devant l'image de ce camionneur à terre le sang sortant de la tête imprégnant le jeans et la chaussée désertée à l'exception de ce camion rouge sang, immense, américain, avec pare-chocs avant digne d'un chasse-neige, deux cheminées levées de part et d'autre du museau comme les défenses qui font la fierté ou du moins la réputation du phacochère, et dans mon imaginaire d'alors ces klaxons à poire faisant penser à ces avertisseurs polyphoniques qui servent surtout à siffler une Vamp sortie d'un Tex Avery. ma torpeur, que je retrouvais chaque nuit? si on démolit le conducteur monté dans un tel colosse, pourquoi on ne détruirait pas notre petit attelage touristique? on a peu de chances d'y réchapper sains et saufs, d'atteindre la bulle protectrice de l'aéroport international. à n'importe quel moment l'image, cette sécheresse de coups portés, cette mort à vif, peut se reproduire.

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21/07/09 nuit

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