07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




25/06/09

Bergounioux parlant du bœuf











c'est au numéro 13 de la rue des Beaux-arts. ça s'appelle L'hôtel et c'est à deux pas de l'École des Beaux-arts. ici est passé Oscar Wilde, comme le dit Borges dans son Atlas (chambre 16, si on va sur le site de réservation). et on lit une autre plaque - ici vécut Jorge Luis Borges lors de ses fréquents séjours à Paris de 1977 à 1984 -. c'est Pierre Bergounioux qui me l'a révélé une première fois au détour d'une de ses phrases dont il a le secret.

on entre, on découvre au sol un marbre étoilé noir, ce même qu'on voit sur une photographie, la plus belle, probablement prise par Maria Kodama, attestant de la présence de l'écrivain sur ces lieux, et parce qu'on le lit, on y reconnaît l'Aleph ou son image restreinte à une pierre et une rotonde. au-dessus, l'escalier tournant s'envole en cercles chacun ajourés de petites fenêtres avec vues sur marbre étoilé noir, et l'Aleph se perd dans l'ovale du ciel. je n'ai pas compté le nombre d'étages et je ne peux donc pas affirmer s'il y a 9 étages ainsi qu'il y a - 9 Essais sur Dante - de Jorge Luis Borges, mais qu'importe ces chiffres puisque dès le deuxième tout semble indéfiniment s'allonger dans le semblable et le presque similaire, seulement on monte. tout en haut, on peut enfin toquer à la soixante-deuxième chambre (mais toute chambre peut aussi bien et sans restriction être la première, la sixième, la douzième ... que la soixante-deuxième chambre). je fais quelques images - des moulures - des bois peints - toute cette architecture dit-on de style Directoire - des chandeliers aux bougies électriques comme ersatz de ce temps des cires - un aspirateur - une employée non réticente à la démarche - des draps en boule et un plateau d'argent avec petit-déjeuner fraîchement consommé déposé sur le seuil d'une chambre la porte entrebâillée (ici on refait la chambre) - de grands miroirs à l'encadrement surchargé d'entrelacs et renvoyant la fausse lumière un peu inquiétante de ces mêmes bougies sur fond de tapisseries bordeaux ou vert sombre - des guéridons aux pieds torsadés comme autant de modèles réduits de cette Babel intérieure (on l'a, notre Bibliothèque de Babel) - le tapis comme une peau de tigre déroulée à l'infini - l'Aleph depuis le déambulatoire de chaque palier - l'Aleph de plus en plus éloigné et l'Aleph que je photographierai une dernière fois au niveau zéro, sous le ciel blanc de la rotonde, avant que tout ne rejoigne le principe d'incertitude.

maintenant je suis dehors, sous le bucrâne, là où le menu suggestif est affiché sans les prix, et je revois Bergounioux dessiner un A à l'envers, à la craie sur le tableau de l'Amphithéâtre des loges de l'École, Bergounioux parlant du bœuf, et, j'en suis sûr, de la Raison graphique.

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25/06/09
(la photographie de Borges à L'hôtel a en fait été prise par Pepe Fernandez, en 1978, Maria attendant dans le vestibule)

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