07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




31/08/09 nuit

différentes vitesses











je roule, la nuit, encore, et toutes ces loupiotes qui semblent chercher un point où se ravitailler dans la ville, ou seulement l'éclairer depuis toutes fixités, je connais, je roule car je dois rentrer chez moi et je suis triste aussi de ce que je ne saurais pas bien dire pourquoi il y a ce sentiment, mais il est là, impérieux, et j'éprouve jusqu'au besoin d'arrêter la voiture à la prochaine station-service et sous la lumière d'aquarium prendre la peine d'écrire ce que j'ai dans la tête depuis un petit moment, je suis triste, je regarde les arbustes des bas-côtés trembler d'une couleur verte au passage du camion de devant, je vois les fumées SYCTOM et je pense à du chanvre qu'une main invisible tire pour le filer à son rouet, je vois que les deux néons Les Mercuriales sont éteints, les deux tours en off, je surveille ma vitesse et quand il le faut je laisse passer le fou furieux de derrière, je regarde en silence et je me dis qu'en ces moments je ne peux que recevoir le tempo lent d'une musique grave par exemple une Morna, ensuite, ensuite je suis reparti de la station et j'ai vu les travaux de recouvrement de l'A3 au niveau de Romainville, j'écrirai plus tard, il y a des choses qui semblent à l'identique, pendant que d'autres courent le changement, et je suis triste.

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31/08/09 nuit

30/08/09 nuit

Nuit dans la ZAC des Grands Moulins


dans la nuit, avant que la lampe n'efface ceci que je vais noter, je m'aperçois que j'ai oublié de fermer les volets ainsi que je suis encore tout habillé et allongé sur mon lit où il y a quelques affaires, imprimés et livres. je vois, cette nuit, les feuilles, noires et découpées sur la part blanche du ciel nocturne, tremblaient sans émettre l'effleurement sonore à quoi elles m'ont jusqu'à présent habitué, non, ces feuilles-là sont parfaitement muettes qui tremblent un peu comme on voit des laminaires se mouvoir au gré d'un courant, aussi je ne fais qu'entendre le tic tac d'une montre-réveil dont je ne peux pour l'instant pas dire l'emplacement, si même elle se trouve dans ma chambre ou dans une chambre annexe, tout ce que je peux faire c'est écouter le tic minuscule et démesuré dans la nuit, et interpréter deux sons en balancement, c'est-à-dire non plus un tic continu, ou un tac continu, mais bien une alternance, un train de banlieue filant doucement à l'horizon, là où je sais qu'il traverse une gare sans s'arrêter, passe sur un pont métallique qui matérialise la frontière sous quoi les voitures circulent d'une ville l'autre, les pas d'une personne également éveillée un ou deux étages plus haut, qui actionne une vanne avant de s'en retourner au silence où je vais pouvoir retrouver mes feuilles ainsi que les ombres claires qui définissent un relief aux objets que j'ai laissés pêle-mêle sur ma couverture toute plissée avant de m'assoupir tout habillé, ensuite j'ouvrirai la lumière qui me rappellera que les feuilles sont vertes, même dans la nuit, et que la nuit est noire où on peut repérer jusqu'à l'ombre portée des feuilles vertes trembler sur un muret, mais plus tard quand j'aurai fermé la lumière, le locataire d'une chambre qui doit se trouver en biais par rapport à ma façade, aura ouvert la sienne et je verrai de grandes ombres courir et refluer sur mes vitres, m'apercevant que je n'ai toujours pas rabattu mes volets.

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30/08/09 nuit

29/08/09

veille de nuit


sur un écran sensible. à la chaleur de nos doigts. des pages entières de mots. qui disparaissent grignotées elles aussi. des signes. matières que l'on ravive chaque nuit. tant qu'on ne les ravive pas, pages, mots, signes, sont comme ce qui n'existe pas, ce qu'on n'a de cesse de côtoyer sans voir.

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29/08/09

28/08/09 nuit

images écoulées sur un mur


passé trente secondes sous la coupole éclairée. il y a seize lampes placées en demi-cercle. les watts. rejoignant la ligne Météor pour mon bureau. ouvrant un livre court qui va interférer sur une plus longue lecture. plus tard vue sur le 67 de la rue de Richelieu qui est une porte cochère munie de deux chasse-roues. on m'appelle pour une besogne. on passe par le sous-sol jusqu'au Magasin Colbert et de là on migre dans la Salle triangulaire. on me montre le bureau du président Racine, qui est plus petit que le mien mais vide de paperasses, et même son petit pot à la versaillaise. à la cantine debout avec le plateau-repas. vite de retour au poste pour une après-midi Bartleby. mais je m'égare. la coupole seulement. le lieu de passage. le watt. supplice de lumière forte. eux passant. voyage quotidien en mode mécanique personne ne se voit. dans une gare toujours celui qui regarde les autres. je connais aussi un aveugle qui tient un gobelet six heures d'affilées, le chien assoupi au pied, un radio-cassette qui tourne en boucle la même musique connue de tous, le présent qu'il a dans sa boîte pour nous passant six heures par jour devant lui immobile. reprenant les escalators Météor remontant sous la coupole j'aperçois un mur sur lequel un film est projeté, plutôt une trame blanche, un fond sans rien à voir que le mur éclairé. ici je verrais volontiers l'image-mouvement d'un plan fixe avec flux des usagers-voyageurs, mais ceux-là cette fois-ci vus têtes-en-bas, avec décalage trente secondes, ce qu'il faut pour arriver au palier intermédiaire et voir son image écoulée sur le mur.

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28/08/09 nuit

27/08/09

le temps passé en d'énormes galets











rêve. que je situe mal comme rêve. seulement un assoupissement peut-être ce qui passe à ce moment de parfait relâchement. des pierres. d'énormes galets déposés dans un fond de mer. mais tout absolument sec. ou est-ce la transparence de l'eau. son côté respirable uniquement. chaque pierre est non pas pour un mot mais pour un moment indistinct à première vue. un moment mis dans le sac. pourtant on devine au même moment que chaque pierre est remplie de temps différencié par rapport à sa suivante immédiate.

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27/08/09

26/08/09

OCT 48 JANV 49











la nuit, je la reconnais aux heures où tout s'assombrit, autour, et qu'il reste moi et le pensum qui est étendue noire pleine de blancheurs à noircir.

elle m'est ainsi arrivée hier à la lecture d'une lettre, avant-hier quand je mangeais seul à la cantine, aujourd'hui à la pesée en mains du manuscrit autographe de En attendant Godot - de couleur bleu-vert petit cahier mange pas de pain 142 feuilles 21,8 x 17,5 cm les bords légèrement arrondis petits carreaux tranche noire de marque AVIA qui est marquée sous un albatros planant ou est-ce un pétrel géant sur ce plat de couverture il y a rajouté tout en haut au crayon bleu-enfantin OCT 48 JANV 49 le texte mentionne 3 dates le 9 octobre 1948 le 9 décembre 1948 le 29 janvier 1949.

elle, la nuit, peut se manifester à notre bureau, dans la ville quand on marche dans la rue, aux heures indues, à la vision d'un film interminable, à la lecture de n'importe quel livre qui se fait un temps soit peu jalon de nuit.

ou encore.

l'écrivain qui s'est comparé à l'hibou, a terminé son livre qui lui tenait à cœur, dans la nuit perpétuelle. ses pages nous rappellent l'atmosphère heureuse du temps sans quoi nous ne faisons jamais que traiter avec la rumeur quotidienne, et ceci aussi il aura mis le temps qu'il faut à l'écrire.

c'est la nuit que je vois dans tout tableau représentant une Annonciation. c'est la nuit qui fait disparaître les couleurs en plein jour au début des Mille et Une Nuits. c'est encore la nuit que le chevalier de la Manche sort de son château qui est une auberge pour sauver le monde et ajouter un chapitre honorable à son livre.

la nuit.

retour du silence à soi.

peut-être aussi ce moment où on se dit - il n'y a plus rien à lire que soi-même à l'intérieur.

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26/08/09

25/08/09

Bayard


du paysage il reste très peu. dans le ciel l'orage. la lettre est datée du 17 dernier. on a essayé de la joindre. son fils avait la même voix. Vous n'êtes pas au courant? je l'ai connue au Sauze, c'est dans les Alpes de Haute-Provence. elle occupait un poste à la bibliothèque et j'avais participé à un concours de dessin. j'avais eu le prix, mais est-ce que je n'étais pas seul à participer? je me souviens que c'était un dragon. je l'avais fait de couleur verte. elle hébergeait notre petite équipée familiale. je me souviens être allé au Col Bayard, elle au volant d'une petite Jeep gris-blanc. on avait fait quelques grillades sur de la lauze. puis l'âge venant de part et d'autre, l'un dans l'autre on s'était un peu perdu de vue. je l'ai rappelée il y a de ça sept ans. c'était l'été. je passais dans la vallée, je me souvenais du dessin, de la bibliothèque, du studio, du 4x4, de l'ardoise. elle est venue me ramasser à la gare de Gap. elle m'avait préparé un poisson entier. le repas était soigné jusqu'à la présentation des serviettes. elle m'accueillait comme un fils. on se donna des nouvelles. son vouvoiement me mit en confiance. de la terrasse on pouvait voir la montagne, les arbres. elle me parla de ses collages. elle me les montra. aussi elle m'offrit un livre qui renfermait les sonnets d'un poète oublié. je lui dis qu'à mon retour je ne manquerai pas de lui envoyer le livre d'Aragon sur les collages. je devais reprendre en direction de la montagne où faire étape. il se faisait tard dans le ciel. elle me raccompagna à la gare comme on était venu, en Jeep gris-blanc, toujours la même, et la poigne qu'il fallait avoir pour passer les vitesses de cette tire, elle l'avait. ça s'est fait mardi 18. on le sait aujourd'hui. elle avait décidé son geste de longue date. elle s'en était même ouverte à mes parents. elle avait fixé un âge limite. dans la lettre jointe à ses mémoires, elle nous dit que la dernière édition "revue et corrigée" n'a pas pu se faire, la personne en charge du manuscrit étant partie précipitamment pour Rome. les collages étaient son dernier refuge. elle aimait ça. mais elle avait décidé. on m'a dit qu'elle s'est jetée d'un pont.

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25/08/09

24/08/09 nuit

quand je rentre de Ziakov


seul à la cantine. il vient s'asseoir et m'interrompt. je n'ai pas le choix. ceci. Kafka sans le monde. la carafe est au centre de la table. on alterne. quand l'un se sert, l'autre baisse la tête qui doit toucher la table. maintenant on se tait. comment admettre le monde sans Kafka.

et ce morceau qui me brûle, sur lequel je me penche encore, ce soir :

Hier à l'usine. Je suis rentré en tramway ; assis dans un coin, les jambes étirées, j'ai vu des gens dehors, des lampes allumées dans les magasins ; les murs des viaducs sous lesquels nous passions; continuellement des dos et des visages ; une route qui continuait l'artère commerçante de la banlieue et sur laquelle il n'y avait rien d'humain, sauf les gens qui rentraient chez eux ; les lumières électriques du terrain de la gare, éblouissantes, comme imprimées au fer rouge dans l'obscurité ; les cheminées basses d'une usine à gaz, vues dans une perspective très raccourcie ; une affiche qui annonçait la tournée d'une certaine de Tréville, chanteuse, et qui allait en tâtonnant le long des murs jusqu'à une rue proche des cimetières d'où elle est rentrée avec moi, abandonnant le froid des champs pour la chaleur confortable de la ville. Nous acceptons les villes étrangères comme on accepte un fait ; les habitants y vivent sans comprendre notre manière de vivre, de même, nous ne comprenons pas la leur ; on est obligé de comparer, on ne peut pas s'en défendre, mais on sait bien que cela n'a aucune valeur morale ou même psychologique ; en fin de compte, on peut même renoncer à la comparaison, puisque l'excessive différence des conditions de vie nous dispense de comparer.
Si les banlieues de notre ville natale nous sont tout aussi étrangères, en revanche les comparaisons y ont de la valeur, une promenade d'une demi-heure peut nous le prouver à tout moment ; ici vivent des hommes qui sont en partie fixés au coeur de notre ville, en partie confinés sur les bords - des bords misérables et sombres, creusés des sillons comme un chemin raviné, - et pourtant, le cercle de leurs intérêts communs est plus grand que pour tout autre groupe d'hommes vivant à l'extérieur de la ville. C'est pourquoi je pénètre toujours en banlieue avec un sentiment où se mêlent la peur, l'abandon, la pitié, la curiosité, l'orgueil, le plaisir de voyager, la virilité, et que j'en reviens avec une sensation de bien-être, de sérieux et de calme, surtout quand je rentre de Ziakov.

Kafka, Journal, 18 novembre 1911


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24/08/09 nuit

23/08/09 nuit

Quitter le Val de Saire


dernier jour. à Cosqueville, baignade auprès des Goélands. un peu plus loin sont les grands Cormorans. on déjeune au hameau de la mer. ballade sur la côte. c'est pétole. à nouveau baignade. les Goélands ont rejoint les rochers des grands Cormorans qui sont partis au large. la mer est montante, et le coefficient fort. on quitte le Val de Saire à 16h30. vers 18h15 sur le périph sud de Caen. sortie Mondeville, car j'opte pour la N13 de mon vieux guide Michelin de 1997. or aujourd'hui elle n'est plus N13 mais D613. ralentissement avec feu sur feu sur voie unique. on sort à Argences récupérer l'A13 un peu avant Lisieux. mais cette autoroute de Normandie pourrait tout aussi bien être une nationale, c'est une deux voies, rarement une trois voies. route fluide jusqu'à Paris, que l'on sent inexorablement proche depuis la centrale thermique de Porcheville, Yvelines. ces noms finissant en -ville proviennent d'un très vieux pli monastique, me dit-on. dans le Nord Cotentin les lieux-dit se terminaient pour la plupart en -tot, terminaison héritée de l'époque Vikings et qui suggère un lieu d'habitation. suite à l'édit de Villers-Cotterêts on fit la conversion en -ville... mais je rappelle que je suis très ignorant, et c'est Denis Montebello qui me ferait le plaisir de creuser de ce côté-là.

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23/08/09 nuit
(la réponse de Denis en commentaire)

22/08/09

Le guetteur


le phare de Gatteville, 365 marches, le colimaçon invariable, et à mesure que l’on monte le fût central se rapetisse. vue sur l’estran armoricain. à perte la mer, le soleil. déjeuner avec pour panorama la Anse du Brick. ballade sur le GR côtier. on arrive sur un petit port où il y a un attroupement de journalistes dont un cameraman. ils interviewent Christine Follet, une scaphandrière qui pratique désormais l’ostréiculture sous-marine, c’est-à-dire que les huîtres sont immergées à 10 mètres de profondeur, croissance favorisée, le goût plus sauvage. de là au sémaphore de Fermanville qui nous est exceptionnellement ouvert. on découvre le très vieux métier de guetteur. au XIXè s’imaginer des tours de guets tous les deux kilomètres. en atelier pratique, reconstitution d’un mât sémaphorique. avec trois pâles à manier, unité, dizaine et centaine, on peut aller jusqu'à plus de mille phrases répertoriées, plus liste secrète, dépend les degrés d'inclinaison. on ne se renvoyait pas uniquement les informations codées de falaise à falaise, disons le long du cordon dunaire, il fallait prévenir l'arrière-pays de ce qui menaçait en mer. Le guetteur mélancolique. Apollinaire. de Fermanville on peut voir la rade de Cherbourg, l'usine de traitement des déchets nucléaires COGEMA comme un minaret dans la brume de chaleur, le phare du cap de la Hague. et l'océan. on recommande la visite, unique en France, se pointer à chaque heure, dernière entrée 18h. promenade en bord de mer, dunes avec oyats, chardons bleus, choux marins. fin des années soixante-dix, le Conservatoire du littoral interdit toute construction à moins de 100 mètres du rivage. ici pas de promoteurs et professionnels du béton façon Les Sables d'Olonne. l'ironie c'est que c'est à peu près au même moment que COGEMA s'est implantée, certes en respectant toutes normes de sécurité.

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22/08/09

21/08/09

Fous de Bassan


promenade autour du fort de la Hougue, époque Vauban, en attendant le bateau amphibie qui nous emmènera sur l'île Tatihou. visite ornithologique. colonies de Goélands, brun, marin et argenté. environs 1100 couples, on sait cela en comptant les nids. des Aigrettes garzette réfugiées sur un îlet sauvage où l'homme a installé une petite caméra manipulable depuis la maison des douaniers qui est la première chose que l'on voit en arrivant sur Tatihou. cette année présence de deux Ibis blancs à cou noir. l'espèce menace les colonies et le conservatoire régional s'apprête à les exterminer avant qu'ils ne prolifèrent. vu également aux jumelles des Sternes, des Grèbes huppées, des Bécasseaux, des Tournepierres et des Eiders. je n'aurai pas vu de Fous de Bassan, ce dont je rêvais. pour cela il faut aller sur l'île Rouzic, en Côtes-d'Armor. ballade sur le sentier des tamarix. puis on traverse le lazaret construit à l'époque de la peste de Marseille. retour dans la nuit, le phare de Gatteville, ses deux éclats blancs toutes les dix secondes. on ouvre la fenêtre, encore le pinceau lapant les grandes haies coutumières des bocages alentour. dans notre pigeonnier pas de Poltergeist, mais de drôles de goubelins, les revenants locaux. voyez, ici chacun possède au moins un assommoir derrière ses murs de granite.

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21/08/09

20/08/09

Noir chien


A13. nombre de péages mais petites sommes et très vite on passe Rouen, sur le périph Nord de Caen en 2h, sortie 7 direction Arromanches et son 6h30 Jour-J. de là à Quettehou, la route de Barfleur, son petit port et sa plage dite de la masse, arrivés en Val de Saire, Cotentin, pays d'Alexis de Tocqueville, on le retrouve sur la carte, qui possède pas moins de trois châteaux dans le coin, au milieu de tous ces lieux-dits finissant en -ville, Denneville, Rocheville, Nacqueville, Longueville, Bretteville, Querqueville, Barville, Tourlaville et d'autres, mais aussi et non pour me déplaire, ce Noir chien - est-ce qu'il y a un lien avec les chiens des marais, ces troncs fossilisés que l'on croise dans les tourbières alentour? retour en feux de route par les petits chemins du littoral, on ne voit que la lumière tournante du phare de Gatteville, puis notre pigeonnier de repos et ouvrir Michaux à la page La nuit venue, dans Avila.
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20/08/09

19/08/09

Quelques notes sur la Heimat



dans le rêve je conduis une D.S., ce que je n'ai jamais fait de mon vivant. dans le rêve je suis dans une chambre, celle-ci je donnerais cher pour la retrouver, mais je sais, et c'est triste de savoir, qu'elle n'est plus d'usage chez les vivants, la chambre où j'ai dormi, sous le toit des aïeuls, la chambre où j'ai fait mes armes de gosse. dans le rêve j'approche des personnes inconnues, un dialogue se noue sans même que le temps soit passé par là, je veux dire que certaines poches de rêve font basculer dans des volumes temporels qui n'ont rien à voir avec le temps des horloges, peut-être tout simplement que notre corps ne réceptionne plus de durée, mais des images que l'on reconstruira comme des durées, plus tard quand le réveil nous aura appris que d'une part nous avons un corps et d'autre part nous avons un peu rêvé, mais je dois revenir au rêve, donc il y a des inconnus, bientôt quelques proches énigmatiques, puis une autre inconnue égarée avec ses courses alimentaires, encore un autre inconnu dans un lit d'hôpital, mais là c'est comme si je le connaissais de toujours, comme si c'était mon père, cet inconnu, derniers instants d'une vie, il y a un suspens dans l'assistance indénombrable, je suis à attendre et je vois le père à distance, celle-ci aussi infranchissable que des rideaux en métal, on ne se parle pas, l'inconnue me dit le lieu de son habitation, là où elle devrait faire d'autres courses alimentaires, c'est ce qu'elle cherche, faire d'autres courses, alors autant retrouver de même son lieu d'habitation, à proximité du centre commercial elle saurait se rediriger, mais je l'arrête tout de suite, je ne connais pas ce lieu et ne peux même pas le reporter dans ces maigres lignes tracées au matin, j'ai seulement compris que ça devait être éloigné non seulement des lieux-dits de la grande ville, mais également des nœuds d'habitations de la proche périphérie voire des centres d'activité de la plus lointaine.

la promenade, ici j'ai fait mes premières promenades, je veux dire seul et sans que rien ne m'assure un retour. la chasse aux cagouils, avec papi les jours de pluie c'est marcher en bords de route, fouiller les bosquets gorgés d'eau noire et verte. la cuisine de mamie, la lumière extra-blanche sous laquelle on écôtait les haricots beurre quand le froid ne permettait pas de s'installer sous la véranda, écôter les haricots beurre, c'est comme ça qu'on disait. les marrons cuits au feu de cheminée, le rituel du feu, on prenait des coupures de journaux, tout ce qui était papier et à portée de mains donc beaucoup de publicités, on froissait quelques boules que l'on coinçait sous du petit bois sec, on présentait l'allumette qui finissait avec le reste, plus tard on plaçait le bout cuivré du soufflet au niveau des braises, on faisait de grands mouvements et on regardait attentivement ce qui allait sortir de ces cendres devenues rouges, si ça sortait, sinon on maniait la griffe pendue au serviteur, on se débrouillait, on recommençait avec d'autres fagots, d'autres bûches, plus tard encore on regardait le feu mourir. la balançoire, objet étrange à escalader. la serre de papi et les après-midis qu'il y passait, les genouillères en carton qu'il se bricolait, le jardin donc et la fois où il a retrouvé un merle blessé, lui confectionnant une attelle, il ne me dit pas ce que devint le merle, enfin si, il me dit qu'il s'était envoler à nouveau. les oiseaux et les nids d'hirondelles le soir mamie sortant de sa cuisine regarder les nids d'hirondelles alors qu'il se faisait déjà tard et que je rentrais de ma course en solitaire dans les rues avoisinantes je la voyais depuis le portail laissé entrouvert qui regardait les nids d'hirondelles. le restaurant maintenant, papi ne tenant pas plus en place que mon frère et moi, ces balades rituelles à peine le dessert consommé, j'allais au restaurant mais je n'attendais que le moment où je me baladerai avec papi. le système d'alarme incroyablement compliqué à actionner et éteindre sans le déclencher, c'est arrivé plusieurs fois, personne ne rappliquait, je me souviens qu'il fallait préalablement fermer tous les volets, alors mon père ouvrait le placard de la cuisine et c'était en bas derrière les produits ménagers, là il tournait une clef déjà incorporée au système, dès ce moment on ne pouvait plus se retrouver dans une autre pièce que la cuisine qui donnait sur le garage par où on sortait laRenault R8 blanche, le moteur était à l'arrière, papi n'aimait pas conduire, le rituel était inversé quand on revenait du restaurant, j'appréciais que la maison s'ouvre une seconde fois à la lumière du jour alors qu'il me restait toute une fin d'après-midi pour faire les rues, descendre au parc, foncer à deux roues sous les grands chênes, revenir en longeant le mur en crépi blanc au bout duquel il y avait jadis une école de musique municipale, il me fallait encore traverser la route principale pour rejoindre papi sous la serre. le béret de papi. la canne de papi. la pipe et ce fait étrange que je suis incapable de me souvenir s'il fumait ou pas devant nous, même en dehors, pourtant je le vois remplir le fourneau à cette même place invariable où il faisait des solitaires après manger. papi seul nous parlant de mamie disparue cet automne 1991, je ne reverrais plus mamie, ses larmes à table la veille de ce Noël pas comme les autres. papi dans son lit je venais lui parler avant de retrouver ma chambre perchée dans les hauteurs de la maison, il fallait passer par le garage, c'était un supplice car il y avait tout un rituel à respecter, rituel aussi bizarre que celui de l'alarme, mais c'est à ce bizarre que nos vies tenaient, ou qui tenait lieu de vie, on passait par le garage, mamie venait m'ouvrir la lumière générale, je passais entre la R8 et la réserve de nourritures, puis devant les cagouils enfarinées de papi, son établi et ses étaux en acier rouge, alors venait l'immense escalier en renfort du mur, je courais sans me retourner, mais arrivé tout en haut il n'y avait pas d'interrupteur, mais puisque mamie était là pour ça elle attendait mon signal pour éteindre, quand j'étais seul il me fallait monter dans le noir une fois la lumière fermée en bas de l'escalier où se trouvait un interrupteur d'appoint, mais même les jours où mamie m'épaulait dans la première partie du voyage, guettant le moment où je lui crierais n'importe quoi d'audible, l'affaire ne se terminait pas là, la porte de la chambre se trouvait au bout d'un sas de pénombre où la lumière jamais ne fut, je m'engageais d'une traite sans observer les recoins aux mille gouffres, c'est comme ça qu'on disait, où quelque bruit pouvait me suivre toute la nuit sans que j'en dorme, l'oreille attentive à ce repère noir comme dans la solitude des premiers champs les premiers hommes, lit-on dans à peu près tous les livres, je criais donc une forme d'adieu à mamie pour me donner la force d'une dernière ligne droite à s'enfoncer dans l'obscure avant que ma main tâtonne sur la poignet qu'elle tournait, au matin je repliais l'un après l'autre les deux volets battants de la fenêtre et le jour transperçait dans l'arbre qui couronnait la balançoire de ses larges feuilles, je me souviens que c'était un catalpa car je pensais que les haricots y pendaient, il n'était plus question d'avoir peur.

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19/08/09

18/08/09

la tente provisoire











l'été le novotel l'herbe le carré noir - la tente provisoire.

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18/08/09

17/08/09

Peur des livres


seul au matin à ranger les livres de nos curieux lecteurs de Richelieu, Paris centre. j'ouvre la lumière dans les magasins du quatrième et du cinquième. ça grésille. je pousse le chariot et les échos se manifestent. couloirs de livres 4°, 8° et 16°, cotés au chiffres près, suivre l'incrémentation sous le jour artificiel. des milliers de livres, ce qui traverse tout d'abord, c'est la peur des livres en personnes, ceux-ci se mouvant par esprit frappeur, le Poltergeist de Michaux, et combien ici le parquet grince sous les pas mal-assurés comme à l'intérieur d'une coursive, parfois je crois entendre la jambe de bois du capitaine Achab, ou est-ce l'aveugle Pew qui sonne le glas à la porte de l'Amiral Benbow, m'attendant pour ma part au sortir d'une travée. j'expédie au plus vite la besogne, car je le répète, de ces livres j'ai peur, de plus la majorité d'entre-eux proviennent du fond Auguste Rondel, grand collectionneur de théâtre et arts du spectacle, chaque ouvrage étant à son honneur estampillé d'un ex-libris présentant le dessin d'un grotesque, visage aux traits chinois le sourire d'un clown les bajoues étirées, une tête à la Tchouang-Tseu sur laquelle on peut lire A.Rondel au niveau de la bouche, pas de bouche mais ce bâillon de lettres, cela me fera penser, mais plus tard et m'écartant du sujet, au papillon de nuit que l'on surprend sur les lèvres de Mme Nadar, lorsque celle-ci se tint devant son mari dans la langueur qu'on lui connaîtra depuis, depuis que pour abréger une séance interminable elle ramassa l'imago sur le rebord de fenêtre de l'atelier et le tint mélancoliquement sur sa bouche, prenant ainsi la pose définitive.

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17/08/09

16/08/09

Robert Johnson, un requiem allemand


de plus en plus de risques à écrire sur le plat du volant tout en passant vitesses et frontières. aussi évite de griller les feux orange à rouge, ce qui me permet d'avancer quelques mots à l'arrêt, par exemple ce qui se voit à un carrefour. séance d'écriture à la limite autorisée des 80 km/h, essayer sans décoller les yeux de la route, non du carnet. la route ondule alors que sur le papier ce sont éclaboussures de mots isolés, biffurés par d'autres mots, à-coups verticaux, failles obliques et illisibles. je sais que si elle l'apprenait, P. m'en voudrait de cette pratique mortelle. et pas la peine d'avancer qu'à ce moment-là je suis seul dans la voiture.

j'écoute le blues de Robert Johnson, en particulier Drunked Hearted Man lorsque je passe à 14h53 devant les Mercuriales. failli râper la portière conducteur sur la barrière de sécurité, au niveau du pont d'Ivry moi sur la quatrième voie, puis la portière droite sur un véhicule roulant en troisième voie. ce pont n'a pas de nom, mais on le nomme le pont amont, car c'est le premier à enjamber le cours de la Seine. du reste c'est au niveau du joint de dilatation, devant Bercy 2, que l'on trouve la borne kilométrique 00.0. après ça j'arrête définitivement le rodéo à l'aveuglette pour reprendre la conduite instinctive dont parle Claude Lévi-Strauss à la fin de La Pensée sauvage. on n'est pas plus des sujets roulant que des objets qui se jaugent de visu, maintenant un dialogue via la médiation de machines apprivoisées, accroissant nos capacités visuelles afin de maintenir sa route, respectant les distances de sécurité, se signalant avant de déboîter, prendre une sortie, arriver à bon port en morceaux.

retour. périph fluide. P. met le Requiem allemand de Brahms. pourquoi pas, ça me change du Devil Blues. ça n'y coupe pas, j'attrape le crayon, P. intercepte aussitôt et rajoute - également lorsque tu es seul. sur le pont amont donc, je regarde non pas les quatre tours Mitterand, mais les fumées que crachent les deux fours-chaudières du Grand incinérateur de Paris-Ivry, Syctom.

vers 21h tourne la tête du côté de Domus, mall dédié à l'intérieur maison dans une ville forée de toutes parts, Rosny-sous-Bois, Seine-Saint-Denis, et les maisons phénix comme livrées avec ce paquebot de luxe échoué en pleine cambrousse (si on peut appeler cambrousse ces jardins ouvriers ex-nihilo que je pouvais découvrir sur la droite au-delà des glissières multicolores après la station BP, lorsque mon père m'attachait à l'arrière de la voiture), l'affaire Domus grignotant vite mon espace de libertinage où j'irai toujours jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un morceau de terre à gratter, un brin d'herbes à photographier.

Car toute chair est comme l'herbe, et toute la splendeur de l'homme est comme les fleurs de l'herbe. L'herbe s'est desséchée et la fleur est tombée.

Ein Deutsches Requiem.

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16/08/09

15/08/09

Chambres permutables - Le livre des aides











un livre en commencement perpétuel, perpétuellement fini, sans qu'on ait soupçon des points de ralliement où l'auteur se trouve, des vitesses où il fixe ses lenteurs.

un temple à plusieurs entrées, elles-même sont des ouvertures sur d'autres entrées.

on y rencontre des aides qui vous demandent de vous déchausser en échange de quelques cerceaux de mots liés, c'est ainsi qu'on s'exécute, eux libérant les manches d'écritures.

dedans, l'impression diffuse que les repères, les régimes variés qu'on a connu avant, ici sont abolis, cet intérieur où on peut lire jusqu'à l'abolition de cette même impression.

dans le temple il y a l'auteur et dans l'auteur il y a le livre et dans le livre il y a l'obscurité qu'il y a dans le temple.

l'obscurité, partout à poser ses mains, sans connaître ce mur par rapport à cet autre.

chaque mot de l'auteur déplace l'aiguillon du temps, ou notre lecture, c'est pareil, mains à tâtons dans l'obscure, sur le commencement perpétuel et le perpétuellement fini.

chaque nouvelle percée est déterminée par des gestes obscures, très précis, au couteau, et qui rejoignent tout factuel, aller à la gare, ouvrir un livre, rentrer à la maison, écrire.

seulement nous savons l'auteur derrière les murs qui gratte lentement un autre mur.

une fois l'affaire terminée il se met dans un coin et fait silence, les aides comprennent alors que la voie est libre, on les entend à l'intérieur qui déposent le seau d'argile destiné à faire un moule du mur, avant de le poncer entièrement, repartir.

essai de lire un livre en marche, circumnavigation, puisqu'il y a un temple autour duquel tourner avant de se déchausser, entrer, percer.

un livre ouvert, les aides se passent les mots, les délient à leur façon, vos paires de chaussures en alignement devant chaque entrée.

on a gagné une salle, mais elle est dans le noir.

on ne voit rien.

on récapitule, toujours, on peut lire, suivant l'avancée de l'aiguillon, mains à tâtons sur les murs.

quelqu'un commet quelque chose, ceci consigné quelque part dans le livre que gardent les aides qui tournent autour du temple où sont entreposées les chaussures des curieux lecteurs.

c'est étrange comme cela n'avance pas, tout en donnant l'impression d'un déplacement, autour de la pointe sèche continuent les choses extérieures, tout le factuel, écrire une lettre, aller à la poste, rentrer à la maison, écrire une seconde lettre.

on poursuit, dans ces miroirs à rendre une vierge folle, on dort, ce qui se répercute ensuite en zones blanches, on ne dort pas, on traduit que quelque chose bouge, et c'est un livre.

là-bas, quand un aide trépasse, les cérémonies à n'en plus finir sont interdites, en revanche chacun est prié de lire pour soi une des manches d'écritures qu'a laissées derrière lui le défunt.

ensuite il est interdit de faire état de sa lecture personnelle, celle-ci étant déjà consignée quelque part, dit-on, dans le livre des aides.

dans la chambre des moules, les aides qui parcourent le livre antérieur sont de grands taiseux, prenez cela comme il vient, comme un aide me la dit sans autre forme de procès.

le jour où on quitte les lieux, les aides se détournent comme au premier jour.

la poussière reprend sa place et la lumière s'y assoit comme à son habitude lasse.

le livre antérieur prit forme non pas avec le premier aide qui fut, mais avec le visiteur du premier aide qui fut, puis la visitation d'autres aides suivis des curieux visiteurs, suite à la conversation que ces deux-là improvisèrent.

on dit encore de nos jours, que quelques termes de cette généreuse improvisation seraient visibles sur un clou de fondation, mais le temple n'a pas encore révélé l'emplacement de ce dernier.

avant l'heureuse visite à l'insulaire, c'est comme ça qu'on appelle le premier aide, qui ne put être le premier auteur sans le premier visiteur, on sait aujourd'hui qu'il y eut d'autres aides, peut-être un livre antérieur à celui dont on parle, peut-être de ce qu'on en reçoit le rêve multiforme à travers les âges.

pour chaque aide, lire un livre c'est revenir au livre antérieur qui alimente son rêve.

dans ce que nous lisons tout semble exister depuis longtemps, écrit d'une nef possédant l'image de toute chose, et le double de toute image.

peut-être que l'auteur, l'écrivain-lecteur, ne fait qu'écrire une forme d'accompagnement pour retourner dans la nef.

autour du temple le pas des aides, serré comme les écailles du long reptile, l'intérieur, immobile, est inaccessible où l'auteur gratte, seulement ce mouvement rapproché des murs, marche qui persiste.

parfois le lecteur, le second de l'écrivain-lecteur, passe au travers, du côté des reflets qui trompent l'immobile, il se tourne alors vers les aides qui sont en train de se rallier comme quand on va se concerter, puis on les voit qui extraient une mue luisante comme le jais, leur nouveau mur de renfort.

l'auteur prend immédiatement ses dispositions, il s'agit de ne rien laisser paraître aux yeux de l'intrus, refermer la cache des possibles, monter tout le factuel, et le lecteur poursuit sa marche circulaire, temple oblige, comme si c'était une droite sans déviance, mais il est à nouveau dehors, et il pense marcher quand ce sont les aides qui se meuvent.

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15/08/09

14/08/09










on m'appelle à l'étage. mais on m'a habitué à un lieu sans urgences? quand je redescends la chambre est vide.

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14/08/09

13/08/09

Chambre avec vues


quelque chose comme un réquisitoire du rêve, c'est l'expression qui me vient, sotte expression procédurale, limite on se croirait en pleine perquisition, probablement que répertoire, ou écritures du rêve aurait suffi pour dire ce dont je rêve, encore, dans le train qui s'achemine lentement vers la capitale et la route qui m'achemine lentement vers la gare, mais c'est trop maniéré, plutôt compilations, mais alors prendre ce pluriel et préciser du rêve ça fait lourd et je ne cerne plus ce qui m'intéresse en premier, encore que, non, je vais reprendre, rêve intégral et chambre avec vues sur le rêve intégral, trop long, j'arrête là le massacre, je voudrais seulement faire suivre quelques vues imagées qui ont fait et défait cette nuit-là, passant de rue en rue puis de gare en gare, réalimentant mon texte directement et indirectement, d'une manière qui ne trompe mais qu'il me faudrait trouver et de suite mettre au point et va pour la pratique, remontant sans cesse l'ensemble de l'histoire insensée, sans débuts ni fins que le réveil involontaire qui nous fait sortir par la petite porte matinale, il y aurait ceci et cela, qui ont peut-être déjà été consignés quelque part dans le texte un peu plus long pour avoir commencé il y a sept mois qui dérive comme il peut de faits et histoires parfois antérieures, ceci et cela les images qui viennent par intermittences, vacillantes et qui durent dans le temps avant de s'évaporer telle la réserve d'eau que retient la balane sise sur son rocher, mais je m'écarte beaucoup par des voies que je connais peu et mal, ce que je connais mieux c'est mon image contrariée de cette nuit, les yeux ouverts et d'un noir comme si la pupille s'était diluée toute dans l'iris alentour comme chez ces dieux ou ces eunuques assyriens ou babyloniens où les cavités orbitaires sont bouchées d'une pierre noire opaque, ou encore ces idoles anatoliennes qui se sont vues greffées deux éclats d'obsidienne au milieu du front, je reprends le rêve donc regardant un jeune couple qui ne fait que passer devant le portail ouvert de la maison où je me trouve position à terre donc dans la cour d'entrée, un jeune couple et aussi une poupée qu'ils font marcher suivie de leur petite dernière pas plus haute que la poupée et qui va faire son entrée bien que je ne la voie pas entrer, moi parlant à la mère pendant que le père me suspecte de quelque chose qui m'est inconnu, la mère est plutôt intéressée par ma position terrée au milieu de la cour principale et il se pourrait bien qu'on laisse le conjoint dans la rue avec poupée et petite dernière et de continuer plus à-propos notre causerie silencieuse dans quelque prairie lointaine mais je dois réfréner le rêve dans le rêve, celui-ci disparaît, je ne vois pas la petite, je l'ai déjà dit, je vois un jardin, de l'autre côté, en face du portail et il a fallu que je tourne sur moi-même ou mon corps par terre puisque c'est la même chose, je salue des individus qui deviennent ces connaissances pas-vus depuis un bail, ceci passant la gare rénovée de Noisy-le-Sec, Seine-Saint-Denis, passant la passerelle Pantin qui est de la belle ouvrage récemment repeint, ils sont sur une terrasse pleine de pampre ils gesticulent et je comprends qu'ils sont en train de se lancer la balle par-dessus la pampre, comment ça se peut c'est ainsi, pendant que d'autres connaissances finissent un repas, les digestifs de la nuit-venant avec ses étoiles visibles comme des clous phosphorescents à l'aplomb de la terrasse, accédant maintenant à la gare Saint-Lazare et sa ligne Météor, celle qui parle et se conduit à distance, à distance, voilà peut-être ce que je cherchais en vain tout à l'heure sur le chemin-aller de la gare, l'autre expression vers quoi je dois retourner, porter à distance les images décomposées du rêve, c'est-à-dire depuis le lieu où elles reviennent disparaître une seconde fois.

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13/08/09

12/08/09

le poisson. le seul animal mort que j'aime tenir dans mes mains. attristé de le voir changer de couleur à la cuisson, l'œil surtout, tout le monde sait cela, vire au blanc. mon horreur d'avoir participé à la modification de l'image du poisson, qui ne m'en tient rigueur, elle resurgit aux étals.

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12/08/09

11/08/09 nuit

j'étais dans la ville, la grande matérielle, la toute temporelle. je regardais ceux qui assujettis à un mouvement nous apprennent à les suivre.

tenant ton couvre-chef à la main, quand il n'est pas sur ta tête, reprenant tes rangs dans la foule, et ce jusqu'à l'angle de la rue du sergent B. où nous savons que le soleil s'attarde avant d'entamer l'autre versant.

un contingent d'écoliers dût bien mal apprécier mon manteau râpé sur toute la longueur de mon bras droit, je devais m'en écarter au plus vite, mais ils tiraient à l'autre bout de la manche, jusqu'à l'emporter toute entière.

tu dis que faites-vous et ils t'entendent vous promenez le temps voilà ce que vous faites vous là en ce moment vous promenez le temps c'est tout.

les autres passaient, ne faisaient que ça, passer, toujours passer, passer devant, quand il n'y en avait plus il en revenait.

avec la nuit tu reviens à la ville-basse, la fantôme. là, tu déposes ton blanc bonnet sur une grille d'aération, et il est temps pour toi de te mettre au travail.

il est temps d'alpaguer un à un les habitants du rêve. c'est comme ça que tu dis. un à un les habitants du rêve.

ainsi de suite. tant qu'il y en a.


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11/08/09 nuit

10/08/09 nuit

dans le carcan périphérique de la ville, disons ante-cellae faite en murs-glissières-sons, droite bien que circulaire. sous les tunnels prière d'allumer ses feux, les éteindre à la sortie. au niveau du quai d'Ivry vue sur les pans jaune-soupe des quatre tours d'angle de la BNF, soit la tour 1 dite tour des Temps la tour 2 dite tour des Lois la tour 3 dite tour des Nombres la tour 4 dite tour des Lettres. ces pans, je l'ai vu, sont en fait d'un bien mauvais composant laminé-collé souffrant mal la chaleur et l'humidité. peu de temps passe et déjà vision des deux tours-pivot dites Les Mercuriales qui annoncent la sortie Porte de Bagnolet, comme chacun sait. leurs façades vif-argent renvoient un fugace bleu Ile-de-France découpé sur fond de nuages reposants, gris et blanc, vers quoi on s'enfonce. fin du jour dans cette indécision des couleurs. elles s'accorderont à passer au noir.

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10/08/09 nuit

09/08/09 nuit

dans ce rêve elle tient un livre petit volume, titre à rallonge mais qui se lit bien. on découvre l'intérieur, les premiers mots. quelques pages se tournent, disparaît le livre, et celle qui tient le livre. maintenant mon levé rapide avec d'un côté tout reconstruire à déconstruire, de l'autre saveur des circonstances à venir.

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09/08/09 nuit

08/08/09

évocation











la journée passée le soir et l'abondante nuit. tu passes de salle en salle je te regarde entre nous le silence comme il y a la bête apprivoisée. la journée n'est plus, que la nuit et ce silence en partage d'une ville qui n'a jamais été. tu marches inclinant la tête aussi je pourrais réapprendre à marcher en regardant comment tu fais. on était allé plus loin que ce jour las. sur ton visage les reflets perdus de la ville éteinte. je les regarde par quelques-unes de nos vitres ils surgissent inconnus. blancheurs intermittentes comme aux flancs d'une pierre noire.

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08/08/09

07/08/09

histoire à détruire


comme bon vous semble, je dirais cela, par ma pauvre loquacité, par mon manque de retenue, l'autre jour j'ai vu un vieux moine trappiste buveur de cervoise ou d'abbaye, et figurez-vous ceci, ce frère de silence s'employait à déplacer religieusement les rayons de Babylone et autres grands formats d'antiquités précolombiennes du niveau -1 de Gibert Joseph, Paris Centre, librairie d'occasions où encore récemment on pouvait trouver l'Atlas de Jorge Luis Borges, mais c'est là dévier du chemin, pas complètement me direz-vous, et je le laissais à sa recherche, le vieux moine, pour le retrouver rue de l'École de médecine qui se fichera bien du composé incomplet qui le colle des yeux-durant sur vingt mètres, moi, suffit comme ça, je ne veux pas en faire tout un plat roman, c'est temps réel, rien de plus, c'était il y a trois ans, c'est consigné quelque part dans Aller, je n'ai rien à ajouter, Monsieur, si, qu'il me soit permis de ne plus jamais revenir sur cette rencontre silencieuse en plein Paris avec le vieux moine trappiste, ceci n'est pas un rêve qui n'est pas une fiction, ou est-ce un rêve dénudé de fiction, je ne sais plus, Monsieur, histoire à détruire.

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07/08/09

06/08/09 nuit

sorti la tête un peu cuite par les contractuelles 7h12, mais c'est quand même beau être rémunéré pour communiquer tout livre au lecteur, du reste ce mot sonne différemment quand on est dans une bibliothèque, une salle de lecture, on se retrouve dans une même chambre garnie en plats de couverture et tranches de tête pour tous, non dans sa sphère de lecteur habile à s'environner de fétiches à soi. dehors, la seule chose qui me reste, c'est marcher, avancer dans la ville, déblayer les rues, surtout aérer cette tête-là un peu cuite, aller dans un parc, se poser sur un banc, se prendre une rasade de frais, regarder la tête d'un cheval de trait, commencer une phrase, éjecter les verrous de cette phrase-là, chercher les quelques mots ou suites de mots qui pourraient servir pour plus tard, mots sortant du silence des pas, suites de mots jalonnant la phrase qui s'arrêtera au soir, et encore marcher dans la ville désertée, s'approchant la tête de cheval qui dépasse de la stalle, les naseaux de cette bête-là qui respire, même un merle fouissant la terre, l'œil rouge à pupille noir du biset, et d'autres choses que ces oiseaux, le procédé inepte d'un agent des forces de l'ordre, la parole en hausse à tue-tête pour rien relevant un délit très-mineur, un jeune couple qui exhorte bizarrement leur petite dernière à jouer à la maman avec la poupée enfoncée dans la poussette, à peine sortie de là et déjà des devoirs, éducation insolite peut-être courante, peut-être un procédé allomatique d'identification à la mère, le père au-dessus de la tête en celluloïd appelant sa fille au loin reviens t'occuper de Poupée, elle pleure Poupée, la fille se détournant des jupes de maman fixant la poussette puis la tête du père au-dessus reviens voir Poupée, elle t'attend, elle attend, regarde le père gesticuler des bras et bouger les maxillaires et les zygomatiques, fait un pas en avant lâchant les jupes de maman celle-ci ne la retenant pas tout le monde attend le père continue à capter l'attention de la petite qui commence à lever un doigt maintenant tourne la tête du côté des jupes de maman qui se tait et regarde en direction de la poupée, attendant que sa fille l'imite, s'en retourne de même à l'objet coincée au fond de la poussette, sa fille qui l'attend, là-bas sous la tête du père, après cela marchant encore, regardant un quart d'heure la tête de cheval comme on dispose d'un quart d'heure pour frayer une voie avec les outils de la langue écrite, dans la langue écrite, au soir dans la piaule où respire le temps mort de cet été, temps distendu, temps dilaté, évaporant les 7h12 contractuelles en une infinité de minutes et de secondes sans plus le décompte obstiné de l'horloge, seulement respirer dans la piaule au soir, la nuit à entrecouper de petits sommes de récupération avant de s'attacher au quart d'heure de ferrage langue, la nuit à respirer, attendre et encore faire passer du silence avant de revenir à sa feuille, comme on se retirait d'un somme pour allonger une note brève, rêvée, évasive dans son peu de réalité suivant l'instantané du réveil, différente de ce qu'on projette la ville en marche, pourtant on aimerait cette note comme un habitat où circuler à nouveau, marcher et sortir du dehors, aller à l'intérieur, puis tomber de bonne fatigue où construire petitement son livre à rebours, toutes fenêtres ouvertes sur la ville éclairée des réverbères, un livre qui incorporerait son épuisement-même dans sa forme, pour exemple à mes lecteurs je recommanderais volontiers - Les Nuits de Paris - dudit Nicolas, mais en cette matière je suis hautement qualifié pour me taire, et céder la place au président de salle.

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06/08/09 nuit

05/08/09

un vrai problème











tu prends une direction - rien ne nous dit - c'est la bonne direction - même phrase en inversée - plus tard quelqu'un entre - on ajoute que c'est la bonne - et la mauvaise.

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05/08/09

04/08/09 nuit

géographies du verbe











plusieurs paysages. notre passé. passant de l'un à l'autre. ils portent chacun un nom, débris du temps s'il en est, évoquant d'autres noms satellites d'autres villes et ainsi de suite remontant aux dénominations de la première ville, vieille comme Çatal Hüyük, et plus vieille encore.

dans ceci regarder, voir et se souvenir, c'est remorquer un peu de ce qu'on a fait ou tramé une fois dans ce qu'on est de nouveau en train de projeter, ce qu'on appelle regarder, voir et se souvenir.

je reprends une dernière fois le schéma suivant. chaque paysage est composé de plusieurs lieux, dépositaires de plusieurs noms, tributaires de plusieurs syllabes à leur tour composées de plusieurs lettres, l'ensemble est articulé pour écrire la ville, qui ne s'en tient pas à cette réduction dans le nombre pour se recomposer un paysage plus loin - quitte à tarder comme une phrase tarde dans notre mémoire.

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04/08/09 nuit

03/08/09

treuil grand vent - 2


j'aurais aimé disposer d'un modèle, quelque passant anonyme pour prendre la pose et rendre visible l'échelle, comme chez les photographes primitifs, et cette pointe qui semble là pour percer et retenir le petit nuage.



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03/08/09

02/08/09










un pianiste. d'emblée un pianiste. mais il s'agit de parler des terres. ces terres dont il s'occupe au quotidien. pas un mot sur la musique, surtout pas. mais ses terres, s'employer à le reconnaître par ce biais. aucune ouverture autre. c'est ce que me dit le rêve qui s'échappe, aigre au réveil, cette coupure affligeante doublée d'un réel à reconstruire, alors qu'on nous allongeait des distances de partout, pour une fois des distances sans préoccupations d'aller et de retour, pleines de visibilités à leurs façons, sans contrariétés, sinon des injures qui n'atteignent jamais tout-à-fait, même les énormités qui frappent notre endroit de regardeur, le tout-venant des drôles, ils se passaient en revue, suspendus et sans menaces sur ces distances, ici le corps nous est épargné, ou c'est chose mentale, et sensation d'avancer constamment sur le retrait, ou plutôt d'avancer constamment dans un miroir, enfin ici rien est remis en question, c'est, une fois, qui s'éloigne. le pianiste est un planteur. qu'on ne lui parle pas de musique. ceci se passe quand il est devant un piano. mais nous nous fichons de ce qu'est un piano. il plante. le rêve, ou son évanescence pour celui qui se réveille, me fait l'effet de ces bandelettes qu'on retire tout autour d'une tête. la tête reste comprimée par des jours de pansement tiède. elle est toute rouge et toute neuve. on va bientôt voir si tout fonctionne bien. on en a l'occasion. il s'agit de se lever et de ramasser les bandelettes livrées avec l'ouvrage. on en prend une, puis deux, mais on n'arrive pas à trois que toutes gerbes se changent en eau qui ruisselle de la main tout au long du sol et puis plus rien.

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02/08/09