un livre en commencement perpétuel, perpétuellement fini, sans qu'on ait soupçon des points de ralliement où l'auteur se trouve, des vitesses où il fixe ses lenteurs.
un temple à plusieurs entrées, elles-même sont des ouvertures sur d'autres entrées.
on y rencontre des aides qui vous demandent de vous déchausser en échange de quelques cerceaux de mots liés, c'est ainsi qu'on s'exécute, eux libérant les manches d'écritures.
dedans, l'impression diffuse que les repères, les régimes variés qu'on a connu avant, ici sont abolis, cet intérieur où on peut lire jusqu'à l'abolition de cette même impression.
dans le temple il y a l'auteur et dans l'auteur il y a le livre et dans le livre il y a l'obscurité qu'il y a dans le temple.
l'obscurité, partout à poser ses mains, sans connaître ce mur par rapport à cet autre.
chaque mot de l'auteur déplace l'aiguillon du temps, ou notre lecture, c'est pareil, mains à tâtons dans l'obscure, sur le commencement perpétuel et le perpétuellement fini.
chaque nouvelle percée est déterminée par des gestes obscures, très précis, au couteau, et qui rejoignent tout factuel, aller à la gare, ouvrir un livre, rentrer à la maison, écrire.
seulement nous savons l'auteur derrière les murs qui gratte lentement un autre mur.
une fois l'affaire terminée il se met dans un coin et fait silence, les aides comprennent alors que la voie est libre, on les entend à l'intérieur qui déposent le seau d'argile destiné à faire un moule du mur, avant de le poncer entièrement, repartir.
essai de lire un livre en marche, circumnavigation, puisqu'il y a un temple autour duquel tourner avant de se déchausser, entrer, percer.
un livre ouvert, les aides se passent les mots, les délient à leur façon, vos paires de chaussures en alignement devant chaque entrée.
on a gagné une salle, mais elle est dans le noir.
on ne voit rien.
on récapitule, toujours, on peut lire, suivant l'avancée de l'aiguillon, mains à tâtons sur les murs.
quelqu'un commet quelque chose, ceci consigné quelque part dans le livre que gardent les aides qui tournent autour du temple où sont entreposées les chaussures des curieux lecteurs.
c'est étrange comme cela n'avance pas, tout en donnant l'impression d'un déplacement, autour de la pointe sèche continuent les choses extérieures, tout le factuel, écrire une lettre, aller à la poste, rentrer à la maison, écrire une seconde lettre.
on poursuit, dans ces miroirs à rendre une vierge folle, on dort, ce qui se répercute ensuite en zones blanches, on ne dort pas, on traduit que quelque chose bouge, et c'est un livre.
là-bas, quand un aide trépasse, les cérémonies à n'en plus finir sont interdites, en revanche chacun est prié de lire pour soi une des manches d'écritures qu'a laissées derrière lui le défunt.
ensuite il est interdit de faire état de sa lecture personnelle, celle-ci étant déjà consignée quelque part, dit-on, dans le livre des aides.
dans la chambre des moules, les aides qui parcourent le livre antérieur sont de grands taiseux, prenez cela comme il vient, comme un aide me la dit sans autre forme de procès.
le jour où on quitte les lieux, les aides se détournent comme au premier jour.
la poussière reprend sa place et la lumière s'y assoit comme à son habitude lasse.
le livre antérieur prit forme non pas avec le premier aide qui fut, mais avec le visiteur du premier aide qui fut, puis la visitation d'autres aides suivis des curieux visiteurs, suite à la conversation que ces deux-là improvisèrent.
on dit encore de nos jours, que quelques termes de cette généreuse improvisation seraient visibles sur un clou de fondation, mais le temple n'a pas encore révélé l'emplacement de ce dernier.
avant l'heureuse visite à l'insulaire, c'est comme ça qu'on appelle le premier aide, qui ne put être le premier auteur sans le premier visiteur, on sait aujourd'hui qu'il y eut d'autres aides, peut-être un livre antérieur à celui dont on parle, peut-être de ce qu'on en reçoit le rêve multiforme à travers les âges.
pour chaque aide, lire un livre c'est revenir au livre antérieur qui alimente son rêve.
dans ce que nous lisons tout semble exister depuis longtemps, écrit d'une nef possédant l'image de toute chose, et le double de toute image.
peut-être que l'auteur, l'écrivain-lecteur, ne fait qu'écrire une forme d'accompagnement pour retourner dans la nef.
autour du temple le pas des aides, serré comme les écailles du long reptile, l'intérieur, immobile, est inaccessible où l'auteur gratte, seulement ce mouvement rapproché des murs, marche qui persiste.
parfois le lecteur, le second de l'écrivain-lecteur, passe au travers, du côté des reflets qui trompent l'immobile, il se tourne alors vers les aides qui sont en train de se rallier comme quand on va se concerter, puis on les voit qui extraient une mue luisante comme le jais, leur nouveau mur de renfort.
l'auteur prend immédiatement ses dispositions, il s'agit de ne rien laisser paraître aux yeux de l'intrus, refermer la cache des possibles, monter tout le factuel, et le lecteur poursuit sa marche circulaire, temple oblige, comme si c'était une droite sans déviance, mais il est à nouveau dehors, et il pense marcher quand ce sont les aides qui se meuvent.
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15/08/09