
je vais rarement au cinéma. ça ne dépasse pas une main par an et c'est plutôt moins de quatre doigts. et puis il y a cette phrase du père Faulkner sur sa préférence pour un bon livre avec un bon verre pour la soirée - mais je vous laisse entreprendre Big Google. soit j'entre en qualité d'accompagnateur, soit je m'invite seul à affronter le grand écran. on m'a offert une place pour Amarcord, et comme je sais que je serai de retour pour la soirée. et puis Lionel m'a parlé toute cette semaine du silence religieux des cinéphiles de la salle Langlois. il y a deux jours il a vu Histoires extraordinaires. pendant le premier sketch signé Roger Vadim il se sentait pas bien. avant le début du deuxième sketch signé Louis Malle il s'est précipité aux toilettes et il a dégueulé de l'eau en chemin. il a eu le temps de passer à la pharmacie et revenir pour le troisième sketch signé Fellini. ensuite il est allé au théâtre. je dois aller chez le coiffeur. ce n'est pas parce que je vais au cinéma, c'est parce que ça fait un mois que je repousse, et sans jeu de mots. je vous raconte j'ai donc pris la première rue passante et j'ai attendu de croiser une enseigne avec des prix raisonnables et pas trop d'attente. mais je n'en ai trouvé que des chères avec ou sans attente. alors je suis rentré chez moi et j'ai réfléchi qu'il n'était pas si urgent de les couper ces cheveux, ils ont pris un beau tour, du volume, il serait dommage de ne pas les laisser encore batifoler un peu là-dessus, je peux attendre d'ici que la pousse ralentisse d'elle-même. et je suis allé dépenser mon argent pour la banque alimentaire. ils me disent qu'ils sont également en manque de dentifrices, savonnettes, brosses à dent, lingettes et couches bébé. au cinéma il y a 415 places. derrière moi il y a un type concentré dans un livre de François Bon, Rock'n Roll, un portrait de Led Zeppelin. à côté sur la gauche il y a le père son fils et le copain du fils. chacun tripote son téléphone portable puis le père laisse son téléphone au fils mais le copain du fils il est complètement dans le sien comme s'il contrôlait quelque chose du monde avec ses deux petites mains crispées dessus. devant, une vieille dame lit sa feuille de soins puis des relevés bancaires. une prof d'art plastique fait mine de chercher une place, la salle encore à moitié vide, et elle demande à la vieille dame si elle ne peut pas se décaler d'une place. la vieille dame range son courrier et se décale de deux places la prof d'art plastique lui dit non juste une place suffit la vieille dame dit tant qu'à faire. le père a les bras croisés. il va commencer à raconter le film mais les deux gosses ont l'air plus concentrés à résoudre de grands problèmes le visage tout écarlate face aux mini-écrans de leurs portables. la prof dit que de toute façon ce sera plein de toute façon on va être obligé de se toucher. elle va chercher son ami à l'entrée et demande à la vieille dame de bien vouloir garder sa place. elle revient avec son ami et redit que de toute façon ce sera plein et on va être obligé de se toucher. la musique du film en fond sonore. un agent de la sécurité vérifie que les portes latérales sont bien fermées. les gens s'affairent de plus en plus. et s'affaissent. depuis les escaliers une femme lève le doigt dans ma direction et dit là là vous voyez il y a deux places. un homme sort de l'issue de secours de droite et marche jusqu'à l'issue de secours de gauche. la musique de Nino Rota continue et il y a aussi cette belle langue italienne, ce grain particulier qui préfigure l'image qui va bientôt nous être dévoilée. et nous submerger. on va bientôt nous descendre l'écran. on va bientôt nous éteindre et nous allumer tout ça. et tout va s'allumer. et je vais enfin pouvoir entendre ce silence dont Lionel m'a parlé toute cette semaine. ils ont rangé leurs portables. il répète à nouveau l'histoire. il reste une place à ma gauche. je lève la main pour le signaler aux ouvreurs. ils lèvent leurs mains et alors je relève à nouveau la main. l'écran ne descend pas. quatre bords tranchants se disjoignent un peu comme l'obturateur à rideaux d'un appareil photo et voilà l'écran dévoilé jusqu'à son terme. le film. on rit. on applaudit. on sort sous la pluie. le ciel d'un gris vert-bleu comme cette couleur cendre sur la peau des oranges pourries. je rentre chez moi. il est dans l'arbre et il crie je veux une femme je veux une femme. ils ont pris leurs barques tout le bourg veille sur l'eau ils s'assoupissent et voilà le Rex le grand paquebot des grands voyageurs qui est notre Italie nouvelle on est en 32 et il s'en va pour New York. c'est la fin de l'hiver on le sait avec l'arrivée des manines ce sont ces folioles vernales tout le bourg se retrouve sur la place devant la façade de l'église toute en marbre de Carrare qu'on doit aux carriers qui hier encore pratiquaient la lizzatura on fait alors un immense feu et on danse et on danse pour fêter le printemps. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. je raconte il lui a bouffé les miches et il soufflait dessus et elle lui disait qu'est-ce que tu fais suce et il lui disait je sais pas c'était sous le profil dessiné du grand poète dont on a scié toute la calotte crânienne c'était la buraliste. ils dansent la Gradisca se marie ils dansent. le prête de notre province comment je vais lui confesser que je me touche comment il ne se touche pas lui-même quand il y a toutes ces croupes la buraliste la Gradisca la Volpina. tout le bourg fête la Gradisca. on a pris oncle Téo on est partis à la ferme il a dit qu'il voulait sortir on s'est arrêté grand-père est allé avec lui mais il a pas ouvert sa braguette ça tombait sur ses grolles et puis quand on est arrivé il s'est réfugié dans l'arbre et à chaque fois qu'on voulait aller le raisonner il nous jetait une pierre faut croire qu'il avait tout prévu alors on a fait semblant de s'en retourner du côté de notre vieille province mais ça a pas marché alors quand le soir a couché ses vieilles ombres grand-père il pleurait et il dit y a de quoi qu'il veuille une femme à 42 ans mon père est mort à 107 ans il disait qu'il faut manger à 11h quand le soleil est bien en haut et à 16h car après le poison agît mon père il me fout de ces torgnoles quand je l'ai rencontré ton père il était manoeuvre il a toujours été manoeuvre quand il t'a embrassé comment c'était ton père lever son chapeau c'est bien tout ce qu'il pouvait faire en présence d'une femme ensuite mon père a gueulé qu'il fallait appeler les infirmiers et c'est la soeur naine qui s'en est chargé oncle Téo il s'est laissé faire on l'a regardé il rigolait il disait qu'on voyait bien le pays de Gigino de là-haut. ils sont venus et on a levé les bras les troupes couraient la rue principale et on levait les bras puis ils ont levé le serviteur c'était son portrait fait tout de fleurs rouges et blanches et on s'est tous mariés avec le portrait de notre serviteur et puis ils ont pris le père et ils lui ont fait boire de l'huile de ricin et à deux heures du matin maman attendait toujours et elle l'a porté jusque dans la bassine d'eau chaude je n'avais rien compris je passais et je lui rigolais à la face qu'est-ce qu'il puait mais lui il savait pas quoi leur répondre il savait pas qui avait mis ce foutu gramophone jouant l'Internationale tout en haut du clocher jusqu'à ce qu'ils le trouent avec leurs balles et que la fête s'arrête avec le gramophone éclaté par terre mais nous nos pétards quand on fête le retour du printemps sur la place où on déflore la Volpina pour la millième fois autour du grand bûcher ils pètent aussi forts que leurs fusils quand on saute dessus même que la Gradisca elle s'en est cassé un talon. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. au cinéma on mime les actes d'amour. au cinéma tout notre bourg se rue. au cinéma on rugit comme les lions sur l'image. au cinéma je raconte j'étais au balcon j'ai pissé sur le chapeau du notaire j'aurais pas dû on était à table quand il a sonné père était déjà bien remonté à nous traiter d'assassins pendant que maman pleurait on ne fait pas trop attention ça se passe tout le temps comme ça le grand-père lui il simule l'acte d'amour avec son poing d'avant en arrière tout en sifflotant et de s'en reprendre un verre en tâtant les fesses de la Titine pendant que maman menaçait de se tuer d'une telle vie et il répliquait qu'il se tuerait avant et il ouvrait la bouche et essayait de la déboîter avec ses deux mains maman était dans la salle de bain quand il a sonné père s'est levé on en a profité pour piquer dans le poulet comme des affamés et comme oncle Patacca quand père est revenu il m'a demandé ce que j'avais vu au cinéma je lui ai dit l'histoire des américains et des indiens et la pourchasse fantastique et je rigolais et il rigolait puis il a pris sa serviette et j'ai fait trois tours de maison avant qu'il m'attrape mais il est revenu parce que maman lui a fait comprendre en trois mots qu'ils ne méritaient pas d'être la risée de tout le voisinage parce que lui il voulait ébouillanter les couilles de son assassin de fils. au cinéma je raconte j'ai suivi la Gradisca elle était seule à entrer et elle était seule dans la salle j'ai changé de place et je me suis rapproché j'ai encore changé de place et je me suis rapproché puis j'ai encore changé de place et j'étais si prêt de la Gradisca qui était seule et fumait devant le grand écran que j'ai à mon tour voulu y goûter et j'ai mis ma main sur sa cuisse elle était fraîche sous les doigts et elle ne disait rien alors j'ai senti la légèreté de la robe blanche de la Gradisca elle a fini par tourner le visage elle a vu la main elle n'était pas surprise elle m'a dit qu'est-ce que tu cherches et elle a continué de tirer sur sa cigarette et lancer la fumée vers l'écran. c'était plus tard encore avec la buraliste elle fermait tout juste boutique et je lui ai dit qu'il me fallait un paquet de cigarettes je lui ai dit que je pouvais la soulever elle a baissé le rideau métallique jusqu'à terre elle s'est retournée et elle m'a jeté alors vas-y c'est ce qu'on va voir j'ai pris la gironde elle était énorme je l'ai reposée puis je l'ai soulevée une deuxième fois je n'en pouvais plus la gironde s'est ruée vers moi qui ahanais avec ses énormes seins elle a pressé ma tête jusqu'au mur où il y avait l'image de Dante avec tout le haut du cerveau sectionné ensuite elle m'a filé un paquet j'étais soufflé je me suis senti mourant durant une semaine maman venait me porter de la soupe au lit. puis à son tour elle est devenue pâle. on est allé la voir avec père et c'est là qu'elle m'a raconté comment ils s'étaient rencontrés dehors il neigeait père a dit que c'était beau ce manteau de neige dans le jardin qu'elle était bien là à rester au lit par un temps pareil. quand on me l'a annoncé je me suis enfermé dans ma chambre. à l'église oncle Patacca il pleurait tellement que père après que je lui ai rappelé de faire le signe de la trinité et pour ne pas changer sa manière de pester sur tout père m'a glissé qu'il fallait emmener oncle Patacca aux bordels bien sûr qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait. y en a qu'un pour rouler sa moto dans tout le village. on a fini par fêter les noces de Gradisca on a fêté son départ avec ce militaire tout le bourg dansait et on dansait tout le bourg parmi les manines de cette nouvelle année.
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29/11/09 nuit
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