07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




28/11/09

toporama











ce matin un homme, dans un bus, le bus est seul, non, plutôt l'homme est seul, dans le bus, non pas comme tout le monde est seul dans un bus, mais seul comme il n'y a personne d'autres de seul dans le bus, il se tient debout, au centre de l'appareil, se tient à la barre en acier inoxydable, regarde en direction du chauffeur pris dans sa coque de verre.

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28/11/09

"Cette région secrète, cette solitude où les êtres - les choses également - se réfugient, c'est elle qui donne tant de beauté à la rue, par exemple : je suis dans l'autobus, assis, je n'ai qu'à regarder dehors. La rue descend que l'autobus dévale. Je vais assez vite pour n'avoir pas la possibilité de m'attarder sur un visage ou un geste, ma vitesse exige de mon regard une vitesse correspondante, eh bien, pas un visage, pas un corps, pas une attitude qui soient apprêtés pour moi : ils sont nus. J'enregistre : un homme très grand, très maigre, voûté, la poitrine creuse, lunettes et long nez : une grosse ménagère qui marche lentement, lourdement, tristement, un vieillard qui n'est pas un beau vieillard, un arbre qui est seul, à côté d'un arbre qui est seul, à côté d'un autre... ; un employé, un autre, une multitude d'employés, toute une ville peuplée d'employés courbés, tout entier rassemblés dans ce détail d'eux-mêmes que mon regard enregistre : un pli de la bouche, une lassitude des épaules... chacune de leurs attitudes, à cause peut-être de cette vitesse de mon oeil et du véhicule, est griffonnée si vite, si vite saisie dans son arabesque que chaque être m'est révélé dans ce qu'il a de plus neuf, de plus irremplaçable - et c'est toujours une blessure - grâce à la solitude où les place cette blessure dont ils ont à peine connaissance et où pourtant tout leur être afflue."

Jean Genet, L'atelier d'Alberto Giacometti

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