07 janvier 2009 - 07 janvier 2010




05/06/09 nuit

Du voyage en Uqbar et des occurrences du mot labyrinthe











soit ceci - écrit par Philippe Rahmy au 05/03/09 - ce qu'il y aurait à écrire se présente comme une succession de zones. le mouvement est donné du dehors - le livre comporte huit récits relativement courts - ce sera autant d'arrêts à pratiquer dans l'enceinte ville - nous pouvons nous retirer dans huit lieux aux géométries variables mais qui diffèrent aussi par le temps - et selon notre temps indéfini le schéma de base pourra être répété - s'il s'agit de revenir sur les lieux - croiser les énigmes entrevues une première fois - ou prolonger le questionnement vers d'autres étapes - ou fleuves - écrire nécessite peut-être un lieu clos - et encore - mais lire peut monopoliser les énergies renouvelables à l'air libre du double continuum ville-monde et livre-ville - c'est le jardin aux sentiers qui bifurquent.

luminosité et solitude.

un lieu défini par tout ce qu'on y fait - en temps réel comme on dit.

on réécrirait les huit lieux - ce serait la fidèle traduction du livre - le miroir qui permet de lire à l'endroit et dans le texte le reflet à l'envers du texte même dans le miroir.

à maintenir l'édifice de notre lecture la construction du livre-même en dépend.

ces jours-ci soleil au matin mêmes répliques nuageuses l'après-midi et fin retour couverture solaire - on plante un décor - ou sa météorologie - ou l'imbrication des deux en mythologie - ou les mythologies réciproques aux deux entités restantes.

phrases - des phrases en indication de parcours.

voyage en Uqbar - ligne 7 direction La Courneuve - 16h24.

16h45 sortie Quatre-Chemins côté Pantin - nous y voilà - à tourner les pages qui enferment les cosmogonies de Jorge Luis Borges.

retour en prolongement planète Tlön - où la succession temporelle prime sur l'espace - comme cette histoire de baignades dans le fleuve Divers.

remonté avenue Jean Jaurès nationale 2 vieille gallo-romaine direction Senlis - après l'église et avant le carrossier passé dans un square fermé de quatre tours - les tours Zherfuss - une musique ou distorsion de rythmes tapageurs lourds à faire tanguer la caisse aux vitres teintées non loin le continuum de l'ancienne route royale N2 les deux sœurs rentrent de la sortie des classes primaires la plus grande tient le cartable dans les érables des akènes vert-plus-clair ces petits hélicoptères de l'enfance un type avec un sac Champion on se salue une mère de famille dans l'autre sens même sac Champion les caïds voix fortes attroupement sur un banc à trois bancs de distance on se salue on fait groupe autour du banc je dois partir - depuis la cinquième tour je vois atterrir un moignon de pain dur à un mètre de mon ombre - on visait la tête je m'en vais.

17h35 via avenue Edouard Vaillant quitté les Quatre-Chemins vie des écoles quartier enfantin aussi par le pont menant à la mairie vu les Grands Moulins aux façades de verre couleur du canal non loin - un square devant la gare RER on construit façade encore bétonnée grise des silhouettes échappées des fenêtres je vois un ouvrier avec mise à niveaux rouge un mètre - l'homme qui se déplace modifie les formes qui l'entourent - est-ce-qu'on ne peut pas imaginer Funes ou la mémoire comme faisant partie intégrante ou sorti des logiques Tlön Funes étant un des habitants - les enfants au ballon il tire sur la grille de protection malmenée hauteur basse moins d'un mètre les parents à l'intérieur de l'espace jeux au sol en fibres synthétiques amortissantes sur les bancs non loin les poussettes parfois lèvent les yeux du journal rappellent à l'ordre le petit sortant du champs de vision moi repoussant la balle on vient lire à mes côtés et flux des travailleurs en majorité provenant du centre administratif peut-être des entreprises de la rue Delizy et ouvriers des Tubes Pouchard tous à leurs trains quai C direction Paris quai A la voie inverse terminus Chelles-Gournay ou Villiers-sur-Marne un petit en roller les autres lui demandant s'il peut sur l'herbe deux filles une chevelure frisée blond naturel une natte remarquablement noir brillant elles courent d'un bord à l'autre de l'étendue d'herbe où il tapait le grillage avant d'éloigner la balle et s'asseoir à côté de l'accompagnateur adossé au banc il y a le petit en roller c'est le même à chaque butée la chevelure dit un mot espagnol que je ne sais pas traduire l'autre chevelure suit ça se finit sans concertation la mère se lève à l'intérieur de l'espace jeux elle lève un bras dit le prénom.

18h49 sur le canal - au fil de l'Ourcq voyant bien tout ce que je ne sais pas photographier - acte manqué oublier son appareil - au demeurant assez belles trouées urbaines mais P. me dirait d'attendre la disparition prochaine du neuf en façade - Pierre Ménard, auteur du Quichotte j'ai quitté les enfants un fou sur sa mob-rallye sur un banc en fer l'assise basse le genou plus haut que le bassin et pli de laine il passe deux chiens dont je repère assez vite le propriétaire en vélo il passe deux vélos il passe une poussette il fume un arbre et un banc plus loin ne verrai pas le visage fripé sous le pare-soleil arrondi il revient gare la mob-rallye devant le chantier des trouées urbaines ils le rejoignent deux arbres et deux bancs et une passerelle plus loin des vélos se croisent mal il y a des gros mots dans l'air plus loin les gros mots veulent se justifier mais le père à la poussette ne dit rien qui tire sur la cigarette il passe un bout-chou monté sur roulettes l'accompagnateur la pousse depuis la descente-vélo de la passerelle elle prend vitesse il lâche le père à la cigarette tourne sur lui-même et regarde la fusée je regarde son dos ils se garent voiture sportive derrière la rambarde il sortent ils sont quatre l'un saute la rambarde à pieds joints un peu comme sur un cheval d'arçon les autres l'imitent l'un doit mal le faire ça chambre le père s'en va ils rigolent et il dit ça chambre grave il se forme un conciliabule incompréhensible puis l'un reprend la voiture conduite sportive on les retrouve plus loin avec le fou à la mob pétaradante et quelques canettes de bière grand volume puanteur assurée les ruines circulaires impression de croiser plusieurs fois le même type parfois à pied parfois sur deux roues entendant les métaux qu'on transforme en blooms ou autres dans l'entrepôt en briques rouges les Tubes Pouchard situé sur l'autre rive 19h41.

pensé à cette phrase - tout ce qui précède oublier - en faire une transcription à la Pierre Ménard - tordre la phrase qui dirait tout ce qui suit oublier mais bien sûr en gardant les cinq mots de l'original - avenue Jean Lolive face Église de Pantin prolongement suite sur la nationale 3 tombée des couleurs épanouies du soir ça commence à se voir un peu dans les arbres sur les façades et au-dessus.

chez le coiffeur - qui ferme à 20h - à côté de l'Europe Tabac - quasi face à la maison de quartier Les Limites - Pantin nord limite Bobigny passé le métro Raymond Quenaud je lis Bobigny sur Ourcq sur une affiche pour le 14 juin fête en ville continué lu un panneau Bobigny la folie rue de Paris c'est encore la N3 où passe le 147 je n'irai pas marcher comme à mon habitude dans la zone blanche qui fait face à la déchetterie Syctom aux masses de papiers cartons emballages couleur pré-recyclage vomies par les camions Veolia sous les éternelles lumières jaune-puant la zone définitivement rasée des ex-rassemblements provisoires de ceux qui vivent sous la tôle et les cartonnades de tout bord ce site donc étant sous surveillance 24h sur 24 j'ai repéré la twingo le type habillé de sombre et le chien muselé pour l'instant pas de chantier excepté qu'on y amène l'eau potable.

un arrêt de bus tagué - vieux modèle armature en acier peint qui fait penser à ces tristes cellules de mise en dégrisement qui sont au sein de nos services d'ordre public - Bobigny la folie avec senteur grillée du trafic routier laissant passé les bus à l'ouest le ciel de 20h44 j'indique à un passant que le précédent bus étant passé depuis une dizaine de minutes le prochain ne devrait pas tarder quand il arrive justement ce ciel a la couleur rose des gencives de léopards à 20h58 devant la câblerie Daumesnil puis la loterie à Babylone.

une ZI avec relents industriels - en fait la Z.A de l'Ourcq - marchant en parallèle d'une ligne de peupliers rappelant la présence du canal non loin au 45 il y a marqué veuillez vous présenter au 49 - mais au 43 on renvoyait déjà à l'entrepôt 47.

une ribambelle de petits - mais suis passé de Bobigny en Bondy puis sous l'A86 - avant le prochain Pont de Bondy où tient en suspension l'autoroute A3 qui fait la jonction avec l'A1 en amont sortie Aulnay-sous-Bois avec l'A86 en aval direction le Pont de Nogent et Créteil ou encore la même A3 menant à Bagnolet et l'entrée périphérique du Nord-Est - pas moins de six plus un chien à deux couleurs poils courts comme certains chats elles marchent ils se coulent sur le peu d'herbe devant l'entrepôt Decathlon elles continuent au pas lent elles dépassent mon banc la marmaille les dépasse qui reprend un peu d'herbe à se rouler dessus comme le chien à la queue levée elles ramassent les jouets et bouts de tissus qu'ils laissent traîner derrière ils prennent à droite sous le pont de l'autoroute suspendue A86 j'avance je le vois remontant son bras du fond d'une poubelle je le suis puisque c'est mon chemin il s'arrête et je pense il pisse contre le béton et non il ouvre une grille c'est chez lui sous le pont à 21h22 assis sur le banc où je verrai passer la marmaille et les deux mères aux cheveux longs moi en A fixe eux en B mouvant autour de A vers le pont C un autre type s'approche dangereusement de mon livre ouvert ses mains ont une couleur marneuse il a veillé la pierre l'a transportée a manié les fontes tourné les vannes agrippé les treuils manipulé les tonneaux les cribleurs les godets déposé la pioche malaxé le mortier remué les gravats dirigé le béton frais sorti de la goulotte du camion-toupie.

y-a-t-il un lieu propice à chacun des huit textes qui tournent en permanence ainsi que le désigne le chiffre 8 - les mots labyrinthe 1001 nuits infini revenant régulièrement dans ces cosmogonies JLB - la bibliothèque de Babel 21h45 passé le pont de l'A3 début de pénombre via les nuages infusés bleu-perdu maintenant gyrophare bleu-sonore d'une voiture de police conduite sportive sur l'avenue de Rosny soit la ville de Bondy phares blancs des voitures qui commencent à éclairer le sol en néon vert-pomme HOTEL surplombe le pont d'Aulnay soit la ville du même nom passé devant les multiples halles aux chaussures les concessionnaires les vendeurs de grosses voitures les grossistes ou entrepôts ramassés du confort domestique moderne proposition de crédit pour achat futon et autre intérieur design les parkings sont vidés à 21h55 les réverbères s'allument blanc à jaune-orangé maintenant vue astrale sur des néons publicitaires de SALONS CENTER clignote rouge SAL CENTER il y a des colleurs d'affiche non loin le Mac Donald du coin et face au Mac Do il y a le néon rouge BYBLOS c'est un restaurant cuisine traditionnelle mais je ne sais pas le pays.

la nuit - et sa senteur spéciale - à côté des lumières artificielles que les métaux renvoient - les feuilles de platane allumés jaune des réverbères - l'examen de l'œuvre d'Herbert Quain Carrefour de la Fourche 22h15 dans un autre bar de l'Europe avec jeu de fléchettes dans le fond mais il faut repousser les tables et les chaises derrière la serveuse chevelure platine un jeu de bouteilles plus verres éclairés en vert et rose je ne vois plus bien des silhouettes qui marchent au devant les chez-soi sont en veille-T.V. les murs bleu-froid - s'imposer un avenir irrévocable comme le passé - la nuit s'épanchait et la lune basse et ronde semblait accompagner - la soirée était intime - infinie - je repense au personnage invisible qui du haut de son balcon irrespirable me balança un morceau de pain rassis - il visa ma tête et la manqua - continuant vue néon rouge Les Délices de Bombay c'est un autre restaurant le vent s'est levé ou alors c'est la chaleur disparue qui me le rappelle maintenant la rue après le bar vert et rose et de plus en plus d'éblouissements dans cette rue une mère je crois tenant une pastèque et la petite fille toujours pas couchée est-ce qu'un jour je pourrais être comme ça pousser le landau m'asseoir lire un journal et regarder les enfants la petite tient la main de sa mère qui tient la pastèque dont la tranche rouge à pépins noires colle sur le sac plastique SAL CENTER caractères que je vois scintiller seuls au-dessus des façades SAL CENTER caractères que j'isole volontiers pour n'entendre plus que ce grésillement rouge SAL CENTER témoin à sa manière que l'univers ou disons la bibliothèque est illimitée et périodique SAL CENTER ce rapprochement aléatoire sans signification apparente n'est pas fait pour me surprendre la période existe au sein d'un continuum plus vaste où la mesure perd toute mesure au profit de la Mesure ici l'aléatoire se change en mesure - je lis le jardin aux sentiers qui bifurquent - tout est consigné quelque part dans la ville.

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05/06/09 nuit

1 commentaire(s):

Phil a dit…

"l'aléatoire pour mesure" injectue l'adrénaline pure dans l'écriture de l'espace traversé que plus personne n'appelle plus paysage, comme on dit "pommier", ou "plage", simplement embrassé du dehors - adrénaline de la plongée et du rebond, de surface en surface, avec alternance d'horizontales et de verticales, de plaques dressées ou posées en équilibre plus ou moins précaire, pour être renversées, comme pour nous repousser -

cette boîte l'appeler ville, peu importe finalement, compte le hiyatus, le rbond, l'expérience en somme, toujours de la langue sur la tranche

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